France-Silicon Valley : le choc des cultures

 |   |  1065  mots
Arnaud Montebourg à la conférence LeWeb, a défendu la volonté française d'accueillir l'innovation, mais a gaffé sur la lutte taxis-VTC...
Arnaud Montebourg à la conférence LeWeb, a défendu la volonté française d'accueillir l'innovation, mais a gaffé sur la lutte taxis-VTC... (Crédits : LeWeb)
La conférence LeWeb est chaque année l'occasion pour les politiques de rencontrer les personnalités de l'Internet de la Silicon Valley. Cette année, Arnaud Montebourg a créé le buzz, mais pas forcément de la bonne façon...

La conférence LeWeb organisée depuis 10 ans à Paris par Géraldine et Loïc Le Meur, est un moment à ne pas manquer. Les avions qui relient San Francisco à la capitale française à cette période sont probablement ceux qui transportent le plus de personnalités de l'Internet de la Silicon Valley vers la France. Tout le gratin de la région de San Francisco se retrouve à Paris début décembre pour partager leurs passions, leurs projets, et les grandes tendances de l'internet avec un public français passionné et tout aussi "geek" que nos amis américains.

 

La conférence LeWeb, une délicieuse recette

Géraldine et Loïc Le Meur, tels les chefs cuisiniers qu'ils admirent tant, proposent pendant trois jours au public français une savante cuisine de l'Internet. En Anglais, ils réunissent tous les ingrédients de l'écosystème du web mondial: start up, "géants de l'internet", investisseurs, penseurs, politiques, nouveaux venus, phénomènes et une bonne dose de surprises. C'est parfois expérimental, mais c'est globalement délicieux.

Sur scène se succèdent les plus grands du secteur (Google, Facebook, Twitter, Paypal, Microsoft…), venus directement des Etats-Unis. Ils y rejoignent les grands acteurs européens, surtout français, qui ne manquent jamais le rendez-vous. Le patron d'Orange, ou le génial Henri Seydoux, qui dirige Parrot, et un fameux concours de start-up. De nombreuses idées sont nées au web, dont Uber, la célèbre application mobile qui vous permet de commander une voiture avec chauffeur pour un prix très compétitif. J'ai pu suivre la conférence et j'en ai profité pour filmer quelques uns des participants à l'aide de mes Google Glass, qui ont encore une fois cette année fait sensation. Plus geek, tu meurs!

 

Silicon Valley / France : le choc des cultures

 Mais cette année, c'est surtout le choc des cultures et des approches qui c'est fait le plus sentir. Alors que la France semble ne jamais parvenir à sortir de la crise, et que l'innovation est appelée au secours par le gouvernement et les acteurs du numérique, la Silicon Valley débarque à LeWeb avec une insolente santé. Dopée par l'introduction en bourse réussie de Twitter et la très belle progression de l'environnement économique, la région de San Francisco exulte. Yahoo! vient de s'offrir pour 35 millions de dollars (d'après la rumeur) Summly, la start-up du très jeune Nick d'Aloisio, qui nous donne sur scène une très brillante leçon d'entrepreneuriat. Du coup, avec une certaine insolence, la Silicon Valley devient presque arrogante.

Voilà qui ne rend pas la tache facile au Ministre Français du Redressement Productif, Arnaud Montebourg. Car LeWeb, c'est aussi cela: des hommes et des femmes politiques français qui montent sur scène pour profiter de l'occasion et se montrer "cool" ou "connectés". Nicolas Sorkozy, alors Président, avait fait une apparition remarquée. Mais, vu le contexte (la crise, la gauche au pouvoir, peu suspecte d'amitiés avec les entrepreneurs du net depuis l'affaire des pigeons, les impôts, les supposées lourdeurs sociales de la France, l'affaire Dailymotion…), il fallait une bonne dose de courage à Arnaud Montebourg pour venir se présenter devant les entrepreneurs d'une part, et devant les "français de Californie" d'autre part.

 

Une rhétorique imbattable

Du courage, il en a eu et il est allé jusqu'au bout de la logique: en acceptant de s'exprimer en anglais (plutôt assez bon d'ailleurs, malgré l'accent) et de répondre aux questions du public et de deux entrepreneurs français installés aux Etats-Unis, plutôt que de se lancer dans un long discours. Et nous n'avons pas été déçus.

Au delà des traditionnels poncifs assénés de façon un peu doctorale par le panel sur le thème "la France tue les entrepreneurs par un marché du travail non flexible et des taxes outrancières",  Arnaud Montebourg a systématiquement eu des réponses à la fois claires et fermes. A propos de DailyMotion, alors qu'on lui reprochait le signe négatif envoyé par la France aux investisseurs étrangers suite à son refus de céder l'entreprise à Yahoo!, Arnaud Montebourg réplique: "je suis un actionnaire et quand on me propose un mauvais deal, je ne le prend pas".

On en pense ce qu'on veut, c'est imbattable! Quand au modèle californien opposé au modèle français, Arnaud Montebourg répond simplement:  "je suis français, je défend un modèle français". Là aussi, imbattable! Bref, aux poncifs ont répondu des poncifs bien préparés, et tout le monde s'est retrouvé dans ses buts. Du beau travail. 

 

« Sire, c'est une Révolution »

Surtout, c'est une conception bien particulière de l'innovation qu'a défendue Arnaud Montebourg. Nous l'avons filmé avec nos Google Glass, notamment son passage qui a fait polémique sur la nécessité de promouvoir une innovation non destructrice. Au delà de l'idée d'une innovation équilibrée et balancée, on a dû mal à comprendre le discours du Ministre. L'innovation est très généralement perturbatrice, notamment des modèles établis. Une entreprise comme Uber, qui a justement déclenchée la discussion de ce sujet par Arnaud Montebourg, repose entièrement sur la disruption d'un métier régi par une corporation qui limite l'accès à l'offre: celle des taxis. Pour Arnaud Montebourg, il faut trouver un juste équilibre. Pour Uber, c'est un métier à revoir de fond en comble.

L'histoire a systématiquement prouvé que sur le long terme, loin d'être destructrice, cette innovation de disruption est bonne pour tout le monde. Mais les corporatismes et la vision de court terme ont la vie dure en France.

 Arnaud Montebourg a-t-il chaussé les bonnes lunettes pour  comprendre l'ampleur des changements en jeu avec le numérique ? Avec le digital en général, parle -t-on d'innovation ou bien de révolution profonde de notre économie, de notre société ? Arnaud Montebourg n'est-t-il pas dans la situation de Louis XVI qui demande au Duc de Liancourt si "c'est une révolte", et celui-ci de répondre "Non Sire, c'est une Révolution.". Il est peut-être temps d'ouvrir les yeux? Car le choc des cultures pourrait bien se faire au détriment de l'acteur le plus aveugle.

 

 

 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 06/01/2014 à 3:55 :
Le plus drôle sur La Tribune, c'est que les auteurs d'articles ne prennent même pas le temps de corriger les innombrables fautes (de grammaire, de conjugaison, d'orthographe) trouvées par les lecteurs. C'est probablement le choc des cultures.
a écrit le 20/12/2013 à 20:58 :
"qui c'est fait le plus sentir"
S'EST ?
a écrit le 20/12/2013 à 9:20 :
Pour les 99.99% d'américains qui y étaient, forcement, les emploi qui restent en France sont une mauvaise chose. Rétrogrades de français, va !
a écrit le 20/12/2013 à 8:57 :
Le web actuellement se sont de fausses valeurs véhiculées pour une société perdue qui cherche des références.
La précipitation des destructions environnementales par les industries catalysées par les systèmes d'informations très performants inventé par les "Silliconés" ne sont que vaines tentatives de s'enrichir avec cupidité. La vanité sera notre fin car peu de salut dans la vénération du veau d'or. Les géants du web sont incapables de penser à plus de 2 ans...et pendant ce temps la démographie grimpe exponentiellement et les ressources naturelles diminuent d'autant nous précipitant dans la crise des matières premières et de nourritures...on aura beau essayer une tablette ou un iphone ce n'est pas très digeste. Enfin pensons plutôt aux merveilleuses applications que l'on nous propose pour des services plus ou moins utiles et que certains ne pensent qu'a s"enrichir en paix pendant que ce Titanic virtuel coule et ses passagers ont déjà les pieds dans l'eau sans le savoir...Le syndrome du radeau de la méduse approche. La bulle enfle sur les marchés actions et quand ca va exploser on verra que la crise de 2008 était une plaisanterie.
Réponse de le 20/12/2013 à 9:14 :
Eh bien, dépêchez-vous d'annoncer l'apocalypse dans tous les médias, après tout, les "silliconés" vous en donnent les moyens...
a écrit le 19/12/2013 à 20:17 :
"Tout le gratin se retrouve pour partager LEURS passions, LEURS projet... "

Pas terrible le style, ça fait un peu : "Mais où sont passés tout le monde ?"
a écrit le 19/12/2013 à 5:58 :
'je suis français, je défend un modèle français', un argument imbattable? Quelle idiotie oui!
a écrit le 18/12/2013 à 17:56 :
Il
a écrit le 18/12/2013 à 13:26 :
Je pense que Monsieur le Ministre a dit "Je ne le prends pas", et "je défends".
a écrit le 18/12/2013 à 13:16 :
J'étais à LeWeb. Je comprends l'obligation "politique" d'inviter des personnages comme Montebourg, mais son intervention à surtout beaucoup fait rire, car on voit un décalage complet entre des gens qui font, et des politiques, qui ne servent presque à rien en France.
Il suffit de discuter avec des expatriés qui pour rien au monde ne reviendraient pour s'en convaincre.
a écrit le 18/12/2013 à 12:46 :
"on a du mal" avec un accent circonflexe sur le "u". .... quelle bande de charlots !
Réponse de le 18/12/2013 à 13:26 :
L'accent est à sa place.
Réponse de le 18/12/2013 à 15:19 :
@Pol75: non

mon passage préféré :
« L'histoire a systématiquement prouvé que sur le long terme, loin d'être destructrice, cette innovation de disruption est bonne pour tout le monde. Mais les corporatismes et la vision de court terme ont la vie dure en France. »

Ou comment s’ériger en pourfendeur ou théoricien de la vérité « disruptive » en 3 leçons :
-« L’histoire » sans grand H, comme ça on peut toujours se retrancher derrière le dernier potin de Mme Michu pour justifier sespropos
-« a systématiquement prouvé …» on prend des risques, mais «… sur le long terme » comme ça personne ne vous mettra en défaut. Si c’est faux à l'instant t, il suffira d’attendre pour espérer vérifier la chose.
-« innovation de disruption » Ce qui est pratique avec les néologismes, c’est qu’on peut mettre ce qu’on veut derrière sans avoir l’impression de sortir une c*nnerie plus grosse que soit ou de s’enfermer dans un dogme.

A part ça, quid des corporatismes et de la vision court terme aux USA?
Y’a pas d’autre modèle économique que le modèle US qui vaille le coup? Pas très disruptif tout ça, non ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :