Il y plusieurs manières d’être protectionniste…

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Comme Alstom et malgré les mesures annoncées par Montebourg, nos entreprises  phares qui réalisent plus de 80% de leurs activités hors du périmètre domestique continueront à rechercher le financement de leur croissance externe ou organique à l'étranger. | REUTERS
Comme Alstom et malgré les mesures annoncées par Montebourg, nos entreprises phares qui réalisent plus de 80% de leurs activités hors du périmètre domestique continueront à rechercher le financement de leur croissance externe ou organique à l'étranger. | REUTERS (Crédits : reuters.com)
Les moulinets du gouvernement pour tenter d'empêcher le rachat d'Alstom par GE au profit d'une solution européenne sont la preuve qu'ils ne connaissent pas les faiblesses de l'économie française. Par Claude Gruffat, banquier d'affaires et membre du Club Praxis.

De New York nous découvrons avec stupeur et peine les décisions récentes du gouvernement français de publier une liste d'activités dites stratégiques sujettes à revue avant acquisition par des intérêts « étrangers », c'est à dire hors Communauté Européenne.

Ce n'est pas la première fois que notre pays se précipite dans cette direction, .on se souviendra du « patriotisme économique » de Dominique de Villepin, a l'occasion de rumeurs d'une offre hostile de Pepsi Co sur Danone .

 

Une décision mal venue

Et le gouvernement dirigé par Francois Fillon s'était également engagé dans la même voie. Toutefois la décision présente est particulièrement mal venue :

On légifère dans l'urgence et « ad hominem », rien de pire qu'une mesure à prétention générale pour bloquer une transaction spécifique ; on réagit « a posteriori » , face à une offre acceptée par les instances compétentes de la cible, sans proposition alternative formulée à ce stade.

On brouille le message adresse encore récemment par le Président Hollande, à Washington en Février lors d'une réunion privée organisée par US Chamber of Commerce , et immédiatement après à Paris, en face d'un Conseil de l'Attractivité de la France convie avec large publicité pour indiquer a de grandes investisseurs directs internationaux que  "France is open for business" ; on agit dans l'urgence pour des raisons de politique intérieure, avant une consultation européenne qui s'annonce mal pour les partis institutionnels, pour tenter d'apaiser les dérives populistes de droite et gauche.

Enfin et surtout en éditant une liste à la Prévert d'activités sujettes à revue préalable on se limite dans nos capacités de bloquer des tentatives futures d'acquisition autrement plus  dangereuses pour notre sécurité intérieure et extérieure.

 

Urgente et discriminatoire 

A cet égard nous suggérons au Gouvernement de s'inspirer plutôt d'une procédure bien rodée aux Etats Unis dite CFIUS, pour Counsel for Foreign Investment in the United States, qui au travers d'une revue, a l'initiative et sous l'autorité du Président,  par un certain nombre d'agences fédérales, de toute tentative de prise de contrôle par des intérêts étrangers d'une entreprise  américaine, permet  de s'assurer que l'opération n'est pas réalisée au détriment de la sécurité du pays.

Cette procédure a notamment permis,  à Chevron d'acquérir Unocal cible par une entreprise d'Etat chinoise, et de bloquer une tentative de Dubai Port sur une certain nombre d'infrastructures critiques pour la sécurité des frontières maritimes. Par une mesure d'urgence, discriminatoire, contraire aux intérêts économiques réels du pays, on interfère dans un processus sans offrir de véritables alternatives.

 

Une politique de gribouille 

Notre République est impécunieuse, il y a quelques années elle a poussé Areva à recéder l'ancien Alstom T&D car elle ne souhaitait pas ouvrir son capital, ni n'était capable de soutenir capitalistiquement la croissance organique de l'entreprise. Comme ni Alstom ni Schneider n'étaient en mesure financièrement d'acquérir la totalité, et que l'administration Sakorzy ne souhaitait pas céder l'activité aux repreneurs potentiels GE ou Toshiba, on a démantelé cette division 2/3 Alstom 1/3 Schneider, sur des critères unanimement rejetés par le comité exécutif.

Le gouvernement Valls prend le risque de bloquer une reprise non menaçante pour l'emploi pour favoriser une solution « européenne », avec beaucoup plus de recoupements et sans doute une plus grande casse sociale ultérieure, politique de Gribouille, qui permet les effets immédiats de tribune.. a effet électoral court termiste..


Le symptôme d'une économie à réformer 

Bref au-delà de cette affaire et de cette mauvaise décision politique, réapparait une des faiblesses structurelle de notre économie, un capitalisme sans capitaux permanents, compte tenu du nombre limite d'investisseurs institutionnels domestiques susceptibles d'investir en fonds propres. On le voit bien, Bouygues mandate par le gouvernement de droite comme « investisseur de référence d'Alstom », ne peut ni suivre la reprise de l'ensemble d'Areva T&D, ni  accompagner le développement organique de sa participation.

En dépit des mesures  annoncées par le ministre Montebourg, nos entreprises  phares qui réalisent plus de 80% de leurs activités hors du périmètre domestique continueront à rechercher le financement de leur croissance externe ou organique à l'étranger.

Déjà ce sont les investisseurs financiers extérieurs qui détiennent une part substantielle de leur actionnariat et les pousseront à des regroupements qui transfèreront hors de France les centres de recherche,  les organes de décision et ultimement le contrôle économique et culturel.

Décidément il y a plusieurs formes de protectionnisme, celui qui défend effectivement et intelligemment les intérêts supérieurs d'un Etat et de ses ressortissants, et le nôtre que j'abstiendrai par décence de qualifier..

 

 

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a écrit le 24/05/2014 à 10:00 :
Nos enseignants et nos politiques ont une vision franco-française du monde non seulement sur l'économie mais surtout sur tout! L'état de notre pays n'en est que la conséquence et cela ne va pas en s'arrangeant avec des démagogues à la tête du pays, démagogues mis en place par le peuple.
a écrit le 24/05/2014 à 9:59 :
Nos enseignants et nos politiques ont une vision franco-française du monde non seulement sur l'économie mais surtout sur tout! L'état de notre pays n'en est que la conséquence et cela ne va pas en s'arrangeant avec des démagogues à la tête du pays, démagogues mis en place par le peuple.

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