"Rush" high-tech à Barcelone

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Pour la neuvième année, Barcelone accueille l'industrie du mobile au Mobile World Congress 2014. / DR
Pour la neuvième année, Barcelone accueille l'industrie du mobile au Mobile World Congress 2014. / DR (Crédits : Reuters)
Avec sa main-d’oeuvre jeune, multilingue, diplômée et peu chère, la ville catalane attire les leaders de l’informatique et du conseil du monde entier.

Elles viennent toutes à Barcelone. Les européennes comme les américaines. Et pas seulement pour le Barça ou la douceur des jardins de la fondation Miro… Forte de toutes ses entreprises high-tech, la capitale catalane est en passe de réussir une nouvelle révolution informatique et numérique.

Symptomatique de cette métamorphose : l'histoire de l'opérateur de télécoms Colt.

Colt tire son épingle du jeu

Avec l'explosion de la bulle Internet, au début des années 2000, la société d'origine britannique est sur les rotules, terriblement endettée, au bord du gouffre. Pronostic vital engagé.

À ce moment-là, elle restructure et délocalise : une filiale Colt India est créée et un petit millier d'Indiens formés par la société se retrouvent à répondre au téléphone aux clients du monde entier. La délocalisation permet la survie, la multinationale reprend des couleurs.

Mais le patron de l'époque, Jean-Yves Charlier (aujourd'hui PDG de SFR), commence à avoir des doutes sur la stratégie de délocalisation : l'Inde n'est pas un pays simple, l'anglais n'y est pas parfaitement parlé, les autres langues encore moins…

Les clients montrent des signes d'insatisfaction

Les stratégies de protection des données, engagées par la Cnil et la Commission, se développent : Colt s'imagine mal demander à tous ses clients la permission de transférer leurs données en Inde. Jean-Yves Charlier parvient, en 2005, à convaincre ses actionnaires (le fonds de pension américain Fidelity, qui appartient aux Johnson, une famille de Boston) d'installer un double du site indien quelque part en Europe.

Irlande, Roumanie, France, Allemagne. Ces pays sont étudiés à la loupe et… c'est la Catalogne qui emporte le morceau !

Première raison, selon Michel Calmejane, directeur stratégique de Colt Europe :

« Barcelone est la seule ville d'Europe où nous avons trouvé autant de gens hyperformés et multilingues. Or, tous nos retours terrain montraient que nos clients voulaient des natifs de leur pays pour discuter.

À Barcelone, on a trouvé immédiatement des bilingues parfaits pour toutes les langues dont nous avions besoin sur le marché européen ; en plus diplômés au moins BAC+2. Nous n'avons eu aucun mal à recruter. Cisco est arrivée un peu après nous, SAP, Microsoft… Et ces entreprises n'ont eu aucun mal à trouver les mêmes bilingues à BAC+4. »

À ses débuts, en 2006, l'implantation est prudente. Colt observe et tout se passe bien. La hausse des salaires en Inde, en même temps que leur baisse en Espagne du fait de la crise, rend la comparaison de plus en plus favorable à Barcelone : le ratio de salariés, qui était de 1 pour 10, passe de 1 pour 3,5.

Et comme Colt se porte de mieux en mieux, les effectifs explosent. En quelque sorte, pour Michel Calmejane, « la croissance de Colt a été absorbée par Barcelone ».

Colt est passé en 7 ans de 50 à 700 salariés

Steve Cahill, le directeur de Colt à Barcelone, confirme :

« Berlin, Londres, Paris, Dublin et Barcelone sont toutes des villes avec une ouverture internationale. Nous avons de plus en plus privilégié Barcelone pour des raisons économiques. Clairement en raison du coût salarial.

Certes, un salarié espagnol coûte encore à Colt 35% plus cher que son homologue en Inde, mais la différence est largement compensée grâce aux multiples nationalités représentées. »

Michel Calmejane estime, lui, que seul Berlin avait rivalisé avec Barcelone, au moment des premiers choix, sur la question des talents et des nationalités.

« Nous avons ouvert à Barcelone en 2006 avec 50 personnes, il y en a près de 700 aujourd'hui, de 44 nationalités différentes, et qui couvrent 15 langues et répondent à 1 million d'appels entrants et sortants par an, plus les mails. Et nous avons encore plus de 100 nouveaux jobs ouverts.

Barcelone est maintenant une sorte de bulle. Nous avons 60 service centers et cela génère un pool de compétences. Au départ, la moyenne d'âge chez Colt était autour de 25 ans, maintenant nous recrutons délibérément des gens plus diplômés, avec davantage d'expérience.

Cela nous permet de récupérer des activités plus complexes, de créer des process adaptés pour ensuite les transférer en Inde, et de leur offrir une progression professionnelle. Du coup, la moyenne d'âge est maintenant de 34 ans. »

Colt India existe toujours

Pour les 1.600 salariés indiens, fini la relation client. Ils gèrent uniquement le back-office, des achats à la gestion des fournisseurs. Colt, comme toutes les sociétés qui sont arrivées en Catalogne attirées par la main-d'oeuvre qualifiée, travaille pour la formation avec la Generalitat, le Parlement local, et surtout avec Invest in Catalonia.

« Nous les aidons, explique Steve Cahill, en coachant les entreprises qui veulent s'implanter à Barcelone. Cela fait grossir la masse de talents et en génère de nouveaux. Cela peut paraître paradoxal car il y a un risque que l'on nous vole nos talents, mais il y a surtout l'énorme avantage que cela en crée encore plus ! »

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FOCUS

Xavier Trias, un véritable "VRP catalan"

Xavier Trias, le maire de Barcelone, est aussi son meilleur vendeur. Il voyage beaucoup, enchaîne les semaines en Chine avec celles aux États-unis. Et ramène des idées, des contrats, des implantations : avec What's up, il veut créer une messagerie instantanée pour envoyer des informations de la Mairie aux Barcelonais ; avec Chuck Reed, le maire de San José, il va monter des coopérations autour de l'autosuffisance énergétique ; avec Edwin Lee, le maire de San Francisco, il crée une liaison directe régulière entre les deux villes.

xavier trias

Et en plus, il ramène Cisco !

À San José, Xavier Trias vient de finaliser l'implantation de la multinationale à Barcelone, un emménagement préparé depuis deux ans. Cisco va investir 5 millions d'euros pour créer un Centre de l'innovation dans le nouveau quartier « 22@barcelona », à la place d'une ancienne usine textile appartenant à la ville et réhabilitée.

Le pari : faire de Barcelone une smart city de premier rang d'ici à 2020. Cisco et la ville côtière ont déjà créé ensemble le Barcelona Institute of Technology for the Habitat (Bit for the Habitat) qui travaillera avec des partenaires publics et privés sur la croissance durable. La ville devrait être la première à pouvoir mesurer son « QI durabilité » à travers sa capacité à générer une meilleure qualité de vie pour ses citoyens.

Objectif : fusionner urbanisme, écologie et informatique pour optimiser les services de la ville et engendrer de nouvelles sources de revenus.

Barcelone le rendez-vous mondial de la téléphonie

Depuis lundi, Barcelone réunie plus de 50.000 professionnels de l'industrie des communications mobiles, dans le cadre du Mobile World Congress, le congrès mondial consacré aux nouvelles tendances et perspectives du secteur.

Des représentants d'opérateurs de téléphonie mobile, des vendeurs et des professionnels des télécommunications aborde l'avenir des marchés et la stratégie à suivre. Cette année, l'événement du MWC 2014 à Barcelone était la keynote du patron de Facebook, Mark Zuckerberg en personne, face aux acteurs des télécoms.

>>> Lire aussi Au MWC, Zuckerberg justifie le rachat de WhatsApp

Le dynamisme de Xavier Trias est payant

Au premier semestre 2013, les investissements étrangers bruts ont augmenté en Catalogne de 42% par rapport à 2012, alors que pour la région de Madrid, ils chutaient de 28%. Et même si la capitale ibérique continue d'attirer 51,9% des investissements (à hauteur de 3,5 milliards d'euros, toujours pour le premier semestre 2013), contre 24,4% pour Barcelone, l'écart se réduit progressivement entre les deux villes.

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Commentaires
a écrit le 26/02/2014 à 15:32 :
Bravo, des maires comme Xavier Trias à Barcelone, très porté sur l'implantation et la compétitivité des entreprises, en voudrait chez nous dans nos grandes cités.
Réponse de le 26/02/2014 à 23:19 :
chez nous la priorité c'est de faire des rues pietonnes
Réponse de le 24/03/2014 à 12:42 :
...et des tramways...

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