"Le potentiel de recherche de l'Ile de France est aussi important que celui de la Silicon Valley" Pierre Veltz

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Pierre Veltz est, depuis octobre 2010, PDG de l’établissement public de Paris-Saclay. Il est polytechnicien, spécialiste de l’organisation des entreprises et des dynamiques territoriales. Son excellent dernier livre (Paris, France, monde : repenser l’économie par le territoire, éditions de l’Aube, 202 pages, 9,20 euros) vient d’être publié en poche. / DR
Pierre Veltz est, depuis octobre 2010, PDG de l’établissement public de Paris-Saclay. Il est polytechnicien, spécialiste de l’organisation des entreprises et des dynamiques territoriales. Son excellent dernier livre (Paris, France, monde : repenser l’économie par le territoire, éditions de l’Aube, 202 pages, 9,20 euros) vient d’être publié en poche. / DR (Crédits : DR)
Le PDG du conseil d’administration de l’établissement public concède que la marque Paris-Saclay n’est pas encore installée, et regrette d’inutiles guéguerres. Les avancées sont néanmoins réelles , les délais seront tenus, Métropole du Grand Paris ou non

Un potentiel de recherche publique énorme, des grandes entreprises qui s'installent autour de l'université, des grues en action, la reconnaissance du MIT et un métro annoncé… Paris- Saclay émerge enfin sur la scène internationale comme un des clusters mondiaux les plus importants. Un travail de Romain pour son PDG qui regrette encore les tensions avec la mairie de Paris ou le manque d'empressement des grandes entreprises à s'investir dans le développement du territoire francilien.

Le MIT a fait entrer Paris-Saclay dans son top 8 des clusters mondiaux, avec la Tech City de Londres et Skolkovo en Russie. Mais en regrettant son côté work in progress, comme s'il avait du mal à s'imposer sur la scène internationale.

Nous sommes heureux de cette reconnaissance, même s'il y a quelques erreurs dans les données du MIT [il sourit]. Et puis chacun sait que dans la Tech City, la part de la communication est forte…

Implanter 600.000 m2 de bâtiments scientifiques, plus quelques milliers de logements et des entreprises, cela ne se fait pas en claquant des doigts. Le plateau de Saclay est habité par des scientifiques depuis les années 1950, avec le CEA, la faculté d'Orsay, puis les grandes écoles (HEC, X, Supelec). Il rassemble aussi de très nombreuses entreprises technologiques. L'idée de valoriser et d'organiser mieux cet ensemble très fragmenté est ancienne.

Elle a été fortement boostée par Christian Blanc et Nicolas Sarkozy, et avec les financements du grand emprunt. Depuis, on avance. Les grues sont déjà là et l'année prochaine, elles vont pulluler. Nous sommes dans les temps.

Où en est-on concrètement ?

Parmi les très gros projets, Centrale, Mines-Télécom, Ensae ont passé le cap du choix de l'architecte. L'ENS Cachan va suivre prochainement, ainsi qu'un très grand pôle de Paris Sud en biologie, chimie, pharmacie, écologie. Le chantier d'EDF Recherche a démarré. Sincèrement, je ne suis pas certain que tous les projets d'Île-de-France avancent aussi vite… Nos contrats de développement territorial sont prêts et font consensus.

Les élus portent le projet avec conviction, avec l'État qui vient de réaffirmer son engagement. Le conseil régional, longtemps réticent, est désormais en phase. La Silicon Valley, c'est 50 ans d'histoire…

L'autosatisfaction n'a jamais été mon genre, mais nous avançons vraiment. Il est vrai aussi que nous devons beaucoup nous battre dans un contexte politique et universitaire très éclaté.

Paris-Saclay souffre quand même d'un manque de reconnaissance au niveau mondial ?

Je concède que la marque Paris- Saclay n'est pas vraiment installée : nous ne sommes pas encore sur les radars des étudiants brillants des pays émergents qui postulent en masse à Stanford ou Harvard. Mais notre potentiel scientifique est absolument énorme.

Nous jouons dans la cour des plus grands. Presque personne ne le sait, mais l'Île-de-France est l'une des toutes premières régions du monde pour les enseignants chercheurs : il y en a autant qu'à Londres, Oxford et Cambridge réunis, autant que dans la Silicon Valley, plus qu'à New York. C'est un potentiel majeur. Il n'y a pas de prise de conscience de cette réalité.

Si une Silicon Valley doit un jour émerger, ce sera toute l'IDF avec ses et Paris-Saclay, qui concentrera plus du tiers de la recherche publique française. La création en 2014 de l'université de Paris-Saclay, rassemblant tous les acteurs académiques, projet porté par la Fondation de coopération scientifique dirigée par Dominique Vernay, est un vrai tournant dans l'histoire de l'enseignement supérieur en France.

La concurrence contre-productive entre les différents pôles de recherche va-t-elle s'atténuer ?

Bien sûr. Comme nous manquons d'une vision d'ensemble, une pseudo-concurrence a germé. Mais elle est plus dans la tête des politiques que dans celle des chercheurs et des industriels. Il est grand temps que le bipôle Paris-Centre / Paris-Saclay soit porté en tant que tel. Les deux pôles sont très complémentaires, et beaucoup de chercheurs sont multilocalisés. Pierre-Gilles de Gennes en a été le meilleur exemple. Cela renvoie au problème de fond : qui porte cette métropole dans son ensemble ? Il n'y a pas la puissance politique nécessaire.

Je trouve parfois un peu insensé d'avoir un projet de cette envergure, avec autant d'argent investi, qui ne soit pas défendu d'une seule voix. Les Anglais réalisent un projet comme la Tech City et font une communication monstrueuse. Nous, nous réalisons des choses formidables et nous ne savons pas les vendre. La mairie de Paris a accusé Saclay de lui prendre ses chercheurs. C'est absurde, car les écoles transférées n'entament que très peu l'immense potentiel de Paris-Centre. L'Agro serait quand même mieux à Saclay que dans le Ve arrondissement de la capitale, non ?

C'est du passé désormais ?

Ces bagarres sont en train de se terminer. On comprend enfin que l'économie, c'est des réseaux et pas uniquement des pôles. Les entreprises le savent. Nous sommes dans leur ligne de mire, le rassemblement des centres R&D des grandes firmes commence à être impressionnant. Ces entreprises prennent toutes le même virage vers l'« innovation ouverte », qui est le mot-clé de Saclay.

Leur R&D interne s'ouvre sur des PME qui amènent des technologies pointues et sur les laboratoires publics. Le pôle de compétitivité Systematic s'est structuré comme cela, et marche très bien. Thales et EDF, parmi d'autres, ont choisi le plateau dans cette perspective. Air Liquide va ouvrir une partie de son site à l'accueil de PME partenaires. Les réseaux humains sont fondamentaux.

Dans les grandes écoles, les liens avec le monde industriel sont denses, mais dans les labos universitaires, on trouve des physiciens brillantissimes qui n'ont aucun carnet d'adresses ! Il n'y a pas de miracle, il faut du temps et des dispositifs adaptés pour tisser les réseaux. Nous avançons vite, mais la nébuleuse de PME ou de start-up que l'on trouve autour des universités américaines, nous n'y sommes pas encore.

Comment comptez-vous avancer ?

Il faut le faire en souplesse, ne pas trop structurer, cela doit rester vivant. Il y aura une société d'accélération des transferts de technologies, mais aussi des structures plus informelles. Un vieux bâtiment de Paris XI, le 204, va devenir un lieu branché pour les jeunes porteurs de projets atypiques. Un autre bâtiment, le 503, accueille des start-up très dynamiques, travaillant par exemple avec James Cameron sur le cinéma 3D, etc. Les neurones se connectent. Le monde politique raisonne sur son territoire et le défend. Les entreprises et la recherche travaillent en réseau et n'ont pas le même patriotisme territorial. Pour elles, l'important est que ça marche.

Croyez-vous, comme d'autres, à la tentation pour certaines grandes entreprises d'installer leurs pôles R&D ailleurs dans le monde, là où elles se sentent mieux accueillies ou plus proches des marchés ?

Il est vital que nous gardions les pôles R&D de ces très grandes entreprises. Mais je ne crois pas aux risques de délocalisation. D'abord parce que c'est un bon choix économique et fiscal de maintenir sa R&D à Paris, la France est très accueillante. Ensuite, je trouve très encourageant que des industriels commencent à utiliser la marque Paris- Saclay. Le fait d'être connecté à ce pôle et de l'afficher devient un enjeu pour elles. Air Liquide par exemple, pour consolider son ancrage, utilise la marque Paris-Saclay. Idem pour Alcatel-Lucent qui rassemble sa R&D à Nozay, très près du campus. D'autres projets, encore confidentiels, sont dans la même démarche.

Du patriotisme industriel ?

Peut-être. À Londres, à travers Business for London, les entreprises se sont approprié la capitale, qui est en quelque sorte leur outil commun. Chez nous, les très grandes entreprises ne se sont pas approprié Paris de la même manière. Pour l'industrie militaire, le luxe, l'automobile, la pharmacie, on n'a pas le sentiment que le devenir de la capitale soit un enjeu majeur.

Est-ce plus facile pour vous de faire travailler ensemble les grandes entreprises ?

Louis Gallois rappelle souvent qu'il n'y a guère de tradition de coopération dans l'automobile, très présente en Île-de- France. Mais cela change. Un pôle sur l'automobile communicante et décarbonée, VeDeCom, avec Renault, PSA et Valeo, se monte à Versailles. Nous avons un institut en création où Air Liquide et EDF travaillent ensemble sur l'efficacité énergétique. Total, EDF et Polytechnique vont travailler sur le photovoltaïque, etc.

Les réformes se succèdent et dans celles en cours on constate que, d'une part, Paris-Saclay comme Roissy n'est pas inclus dans la métropole et que, d'autre part, la gouvernance de l'établissement public va être modifiée. Dans le bon sens ?

Saclay exclu de la métropole ? On survivra. Je trouve plutôt positif qu'il y ait un projet de métropole ambitieux et qui secoue un peu. Mais je suis sûr aussi que cette métropole ne sera pas gouvernable si on ne recrée pas un échelon intermédiaire entre la méga-intercommunalité et les communes : il faut que les « territoires » aient un vrai rôle, autrement ce n'est pas raisonnable. Et puis, problème de fond : quid de la grande couronne (Saclay, mais aussi et peut-être surtout Roissy) ? Quant à la nouvelle gouvernance politique de l'établissement public de Saclay, elle va renforcer le rôle des élus. Le nouveau président du conseil d'administration, celui qui me succédera, sera un élu. Mais les missions seront très voisines. Il est essentiel que ce changement permette un accrochage fort aux enjeux métropolitains et nationaux.

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a écrit le 02/05/2014 à 13:55 :
IDEX, LABEX, Paris saclay, Paris-Tech, polytechnique, pôles de compétitivités, Noms des grandes écoles (lequel changent tous les six mois), CEA, CNRS, instituts machin, institut bidule chouette....

Et je ne parle pas des acronyme, car évidement chacun de ces "machins " à son acronyme incompréhensible. Prenons l'university Paris-Saclay. Ils ont d'abord pensé à UPSA. Maos comme l'acronyme faisait trop penser à des cachets d'aspirine, ils viennent de rechanger en UPSAy. 9a sonne quand meme moins bien que Caltech , MIT, ou que UCLA....

Tous ces noms oui je dis bien tous ces noms sont censés représentés plus ou moins la meme chose: Paris Saclay. Rajouter à cela les futurs départements, les schools of engineerings... C'est le grand grand n'importe quoi et l'usine à gaz, et on y comprend rien! C'est le bordel total, excusez moi de l'expression!!

En tout cas, c'est rigolo tous ces noms: quand on écrit un article scientifique, on doit mettre tous les noms , donc notre adresse fait 5 lignes! Le moins rigolos c'est que ces noms et acronymes n’arrêtent pas de changer, bonjour la visibilité.... lol


Une chose est sure: tous ces services/administrations, ont leur boss, souvent sortant d'une grande école parisienne, ultra bien payé, par l'argent public évidemment, et chacun de ses boss a sa sécretaire et le service administratif qui va avec!

Voila comment est gaspillé tout l'argent public dans ce machin qu'est Paris-Saclay et plus généralement la recherche Française....

Pendant ce temps là, on paie au lance pierre les chercheurs, on les surcharge d'heures de cours, et on s'étonne qu'on a du mal à en recruter des bons!

Quel chercheur Français est assez stupide pour aller habiter dans la région la plus chère de France (Saclay est la banlieue chique de Paris), en étant payé trois fois rien, embauché pendant 3 à 6 ans en CDD (car tout chercheur commencent en tant que CDD dans ce écoles)?

Enfin cela n'est que mon point d'humble chercheur..... Je laisse les grands de notre pays décider..... Ils sortent des bonnes écoles donc ils ont surement raison...
a écrit le 02/05/2014 à 13:42 :
FAUX et ARCHIS FAUX Monsieur !

1) les chercheurs Français doivent enseigner 192 heures de cours par an au minimum. Aux USA c'est 40 heures au plus. Les CNRS n'ont pas de cours à donner , mais sont payés au lance pierre. Dur d'attirer les meilleurs avec un salaire de 2000 euros nets / mois , en étant locataire à vie de son appartement parisien T3, quand on peut en gagner 3 à 5 fois plus aux USA et se payer une belle villa ....

2) les chercheurs Français gagnent en moyenne 3 fois moins qu'au USA et l'immobilier en Ile de France est le triple de celui des USA. Pourquoi faire autant d"études pour être un chercheur pauvre en Ile de France et locataire à vie?

3) En France, le clientélisme dans l'enseignement supérieur est de mise: les élèves notent les profs, les commentent, et quand les notes des profs sont mauvaises, la direction leur tombent dessus comme la misère sur le monde! Bref c'est le monde à l'envers, et les profs doivent mettre que des bonnes notes aux élèves... Tous les cours sont par option... Bref c'est le grand n'importe quoi la recherche Française!

4) La France, pour mieux figurer dans les classements des universités, ne misent que par l'enseignement et la nombre d'élèves: ils attirent du coup de nombreux élèves , pas mal de l'étranger, et le niveau est en chute libre. Les profs sont plombés par la charge de cours et le nombre d'élèves a gérer et n'ont plus de temps pour la recherche. Le pire, c'est que tout cet argent public est gaspillé à former des étudiants étrangers qui pour la plupart repartent chez eux une fois les études finies. Car évidemment, les frais d'inscription pour les étrangers sont les mêmes que pour les étudiants Français, et proche de zéro.. Les USA eux, savent attirer les meilleurs du monde, tout en les faisant payer dur... Pourquoi? Parce leurs universités sont réputées pour leur RECHERCHE avant tout! Et cela, le gvt Français a du mal a le comprendre!

Mr Pierre Veltz, comparez Paris-Saclay à L'université de Caltech: la bas, il n'y a que 300 enseignants et 2000 élèves, soit l'équivalent ou presque de l'école polytechnique.

Malgré ces faibles effectifs, Caltech est classée 6eme au classement de Shangai, et l'école Polytechnique, l"élite Française soi-disant? 200eme... Cherchez l'erreur, Monsieur Veltz, cherchez bien.... Ne serait-ce parce que Caltech ne mise que sur la recherche de pointe, et non pas sur les fameux effets de tailles critiques, et l'autosatisfaction qui est de mise en France ?
a écrit le 02/04/2014 à 17:43 :
Si on extrapole l'évolution des recrutements dans la recherche, il manquera juste les chercheurs ...

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