"Mailisme" : le nouveau mal qui nous ronge

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Premier réflexe matinal de connexion des deux tiers des internautes français : ouvrir leur messagerie électronique. 65% consulteraient leurs mails toutes les 5 minutes au cours de la journée. Ce «mailisme» rejoint par les réseaux sociaux et la consultation des écrans créent une dépendance qui marque le manque de présence à soi. Les psy tirent la sonnette d'alarme.

«Quelle est la première chose que vous faites en vous connectant le matin?». A cette question posée par ExactTargetFrance dans son étude Digital café, 78% des internautes français répondent contre toute attente ouvrir leur messagerie électronique pour relever et vérifier leur courrier. «A l'heure des réseaux sociaux, l'email conserve une place de choix dans la vie des internautes. Ceci ne signifie pas pour autant que les Français ne vont pas régulièrement sur Facebook ou sur un portail en début de journée. 11% des Français d'ailleurs commencent leur journée sur Facebook, que ce soit pour saluer leur(s) communauté(s) ou découvrir les dernières activités de leurs amis. Bien loin derrière se positionnent à égalité (3%) ceux qui surfent sur un moteur de recherche ou consultent un site d'actualités», souligne Jean-Philippe Baert, directeur général d'ExactTargetFrance. 

Les mails matin, midi et soir

Si le courrier électronique s'invite au petit déjeuner d'une très grande majorité de Français, les proportions les plus élevées se retrouvent aux deux extrémités de la pyramide des âges: 58% pour les 18-24 ans et 86% pour les plus de 55 ans, lié au fait que la messagerie électronique représente pour ces tranches d'âge un véritable outil de communication interpersonnel. Les réseaux sociaux et les sites de divertissement occupent également une place croissante au fur et à mesure que la journée s'achève. Ainsi, le pourcentage d'internautes qui terminent leur journée sur Facebook atteint 22%, soit le double de ceux qui la commencent ainsi. Tous réseaux sociaux confondus (à commencer par Facebook, Twitter et Google), ce pourcentage dépasse 25%, la messagerie restant cependant prépondérante.
Alors qu'il y a peu de temps encore, les actifs se vantaient de mieux gérer leurs priorités en traitant leurs mails au fil de l'eau, y compris le soir dans leur vie privée, ils ont fini par voir leur temps grignoté lentement mais sûrement par cette gestion chronophage. Résultat : la gestion des mails devient un facteur de stress indéniable pour beaucoup. L'ORSE (Observatoire sur la Responsabilité Sociétale en Entreprise) souligne que près de 38% des utilisateurs reçoivent plus de 100 mails par jour et que 65% déclarent vérifier leur messagerie toutes les heures, alors qu'en réalité ils le font toutes les 5 minutes. Sachant que plus on envoie de mails, plus on en reçoit, la gestion de la messagerie peut rapidement grimper, de 30 minutes quotidiennes à deux heures, voire trois. Une tâche que l'on relègue en fin de journée, retardant le retour chez soi, ou avant la phase de sommeil, smartphone dans son lit, perturbant l'endormissement. Personne ne serait donc à l'abri d'une "mailingite aigüe", qui n'a pas seulement des effets sur les individus mais peut aussi enrayer le fonctionnement de l'organisation.

Le stress de l'hypersollicitation

Un sondage Ifop réalisé pour Psychologies Magazine de ce mois note que 59% des Français se sentent déjà dépendants. Et deux tiers estiment que la place prise par les écrans dans la vie quotidienne nuit à la qualité des relations humaines. Un niveau de préoccupation qui bat des records chez les diplômés (90% des Bac+5) et les plus favorisés (77% des professions libérales et cadres supérieurs). Résultat: les psy ont décidé de monter au créneau et signent dans le numéro de février de Psychologies Magazine un Manifeste appelant à la «prudence et la vigilance face à l'utilisation abusive des écrans» qui ont une «emprise préoccupante sur nos vies»: «l'usage abusif d'écrans induit une hypersollicitation permanente, source de stress et de fatigue. Il nous prive du temps de repos, de réflexion et de présence au monde indispensables au bien-être et au bien-penser. Il favorise les pratiques pathologiques et compulsives, notamment chez les jeunes et les personnes fragiles. Il modifie en profondeur les processus d'attention, de mémorisation et d'apprentissage», indiquent les 50 psy signataires (parmi eux Christophe André, Jean Cottraux, Vincent de Gaulejac, Serge Héfez, etc.) qui réclament l'élaboration d'un code de bonne conduite. L'enjeu? Rien moins, selon eux, que «la préservation de notre équilibre psychique et de notre humanité». Difficile équation à l'heure où notre «e-identité» nous forge une reconnaissance jamais égalée, et où ce sentiment d'être reliés les uns aux autres, même par écran interposé, donne malgré tout à nos existences un piment savoureux.
 

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Commentaires
a écrit le 01/02/2013 à 8:53 :
en tant que jeune actif je peux en témoigner je vérifie ma messagerie et mon fb toutes les demi-heures: si le premier m'est indispensable (mess qui se remplit à vue d'oeil) je suis bien consient que le second est problématique. Et c'est intéressant de noter que j'épprouve effectivement plus de difficultés à me concentrer et à mémoriser... à moins que ce soit déjà l'âge... :)
a écrit le 31/01/2013 à 21:12 :
La vraie question c'est pourquoi les gens préfèrent ils mettre un écran entre eux et le reste...
a écrit le 31/01/2013 à 20:28 :
Pourquoi créer un nouveau mot sur un anglicisme ? Essayez courriellisme, plutôt.
a écrit le 31/01/2013 à 19:26 :
tics, dépendance, tocs, ça fait partie du "cognitif" tout ça, mal ou remède du siècle, c'est selon !.....

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