Et si la gentillesse était d'abord de la bienveillance ?

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Depuis 2009, Psychologies Magazine lance chaque 13 novembre la journée de la gentillesse. Sacré pari dans notre pays peu enclin à regarder d'un bon œil cette expression classée d'emblée comme mièvrerie. Pourtant. les recherches en psychologie montrent combien être gentil apporte une profonde gratification psychique et un véritable sens de la coopération. A condition de porter un autre regard sur les relations humaines.

Moins d'efforts, plus de résultats : voici en deux mots l'équation portée par tous ceux qui font désormais l'expérience de la "gentillesse". Parce qu'ils cherchent et trouvent la contribution de leur environnement, parce qu'ils élèvent leur regard au-dessus du marais des malveillances, et leur ambition au-dessus de la mêlée des conflits et des egos, ceux qui pratiquent au quotidien la gentillesse, l'élan du coeur, découvrent bien souvent le courage et l'intelligence dont l'ambition a besoin.

En témoignent ceux qui s'investissent désormais dans l'économie du partage, fondée sur l'entraide et la coopération.

Un mouvement né au Japon en 1963

Telle une nouvelle philosophie de la vie, le Small Kindness Movement (« Mouvement de la petite gentillesse ») prend son envol. Il est né au Japon en 1963 après des affrontements entre policiers et étudiants. Il s'est transformé en 1997 en World Kindness Movement, un mouvement mondial importé en 2009 dans l'Hexagone à l'initiative du magazine Psychologies.

Depuis 2011 le magazine a également emporté dans ce sillage plus de 350 entreprises au travers de son "Appel à plus de bienveillance au travail".

Si la gentillesse a aussi mauvaise presse chez nous, c'est qu'elle est encore perçue comme une naïveté confondante. Si la course au profit existe toujours, si la souffrance au travail est une réalité dans nombre d'entreprises, si la société de la défiance est partout perceptible, il n'empêche qu'un mouvement est en marche.

Réhabiliter l'importance du collectif

Mouvement qui tend justement à inverser celui en vigueur et qui cherche à réhabiliter la place de l'humain et des échanges dans la société, en un mot : l'importance du collectif. Cette nouvelle culture du "nous" qui prend sa source dans plusieurs courants, de la psychologie positive à l'économie positive en passant par l'économie sociale et solidaire et tous les mouvements citoyens, défend une aspiration à plus de solidarité qu'animent les réseaux sociaux. Une communauté de "partageurs" s'échange objets, services, savoirs, financements.

La collaboration en marche n'est pas une simple expression de gentillesse au sens de la négation de soi. Ce qui reviendrait d'ailleurs à la négation de l'autre. Cette gentillesse-là s'éclaire à la lumière de la bienveillance et au respect des uns et des autres. Elle permet de savoir coopérer avec les difficultés inhérentes à la vie. Elle les voit alors plus comme des tremplins pour s'élancer que des obstacles infranchissables. C'est la recherche de la meilleure solution possible à une situation qui s'annonce difficile.

Loin de tout angélisme

Une bienveillance qui offre à chacun de gagner la liberté de réussir et de faire ce qui est en son pouvoir et à sa mesure. Loin de tout angélisme et de faiblesse, mais à l'opposé de la méfiance. Pour mesurer l'ampleur du mouvement en train de naître, il nous faut changer notre angle de vue et de perception des relations humaines.

« Les guerres du siècle dernier, les crises économiques ont secoué les esprits, explique Christine Marsan, psychosociologue, auteure d'Entrer dans un monde de coopération, une néo- RenaiSens. L'humanité aspire à en finir avec les valeurs guerrières, avec un système libéral qui produit de l'exclusion et de la destruction. Cela s'est manifesté, ces soixante dernières années, à travers l'explosion des psychothérapies et des pratiques de développement personnel, mais aussi par l'affirmation d'une conscience écologique à l'ampleur inédite. Chacun aspire à participer à une nouvelle manière de faire société en préservant l'écosystème auquel nous devons la vie ».

Selon la dirigeante de "Mute&Sens", les problèmes que nous avons à affronter sont aujourd'hui trop complexes pour que nous puissions les régler seuls. Nous devons nous épauler.

Certains préfèrent parler de bienveillance

Si la gentillesse reste encore une valeur en proie à la dévalorisation, il serait alors plus juste de lui adjoindre sa cousine germaine, la bienveillance, pour réconcilier les opposants. Les Français en font presque d'ailleurs une nécessité. Pour preuve, le sondage Viavoice qui révèle que 93% des Français estiment qu'ils ont besoin de manière "prioritaire" pour l'avenir de "respect entre les gens". Sous-entendu de plus d'attention accordée à l'autre.

Pas question ici de philanthropie?: les travaux de la psychologie positive en France montre combien la bienveillance et l'écoute dans le monde impitoyable de l'entreprise font preuve d'efficacité.

La science s'intéresse de plus en plus à la thématique de l'« altruisme », de l'« empathie » ou de la « bonté ». Ces recherches, aussi bien chez les psychologues, les biologistes que chez les économistes tendent à montrer que l'aptitude à se tourner vers autrui apporte du bien-être à l'individu.

Une affaire d'économie et de politique

Valoriser les comportements coopératifs, ce qu'Aristote appelle l'amitié, sans laquelle on ne peut bien vivre, serait le plus sûr moyen d'améliorer la productivité globale. Egalement notre démocratie. C'est donc aussi une affaire d'économie et de politique et pas une simple histoire de bons sentiments.

Le psychologue et mathématicien Anatol Rapoport estimait que « le développement moral d'une civilisation peut se mesurer à l'étendue de son sens de la communauté ».Avant lui Hegel considérait la lutte pour la reconnaissance comme l'origine des progrès dans la moralité.

Quant à Cynthia Estlund de l'Université de New York, elle a montré comment l'atelier et le bureau étaient le lieu où des personnes d'origine différentes qui ne se seraient jamais rencontrées pouvaient développer des relations de coopération et d'amitié. Or les traités de management des équipes sont restés à l'écart de ces considérations sur l'amitié.

"Marcher chacun son chemin original en compagnie"

À l'encontre des théories économiques les plus libérales, des recherches récentes établissent que des individus sont prêts à sacrifier une partie de leurs gains monétaires en échange d'une meilleure estime d'eux même.

Juliette Tournand, auteure de "la stratégie de la bienveillance", précise que "dans cette rencontre de l'autre, il n'est donc absolument jamais question de renoncer à soi-même en suivant aveuglément les pas d'un autre. Mais bien au contraire de créer sa propre route à côté de l'autre qui crée la sienne propre". En bref, résume la coach et consultante : "Marcher chacun son chemin original en compagnie, se rencontrer tant que notre route est commune, et se réaliser un peu plus à chaque pas et à chaque rencontre".

Au final, chacun prend dans ce domaine ses responsabilités.

"Il reste que la coopération suppose que quelqu'un commence par y croire, quitte à ce que ce soit en univers hostile (où la bienveillance est à la fois insolite et précieuse), quitte à ce que ce soit par un stratège débutant qui prend le risque de faire exister le premier ce qu'il espère", conclut Juliette Tournand.

Après tout, croire à la coopération à priori possible, c'est l'esprit même de la civilisation. Ce qui fonde la vie sociale, l'industrie et le commerce, la philosophie, les arts les jeux et les sports. En sachant, comme le dit Edgar Morin "qu'il n'est pas de pilotage automatique en éthique -on ajoutera comme en bienveillance et en gentillesse-, qu'elle apportera toujours choix et pari, qu'elle nécessitera toujours une stratégie".

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Commentaires
a écrit le 09/03/2014 à 15:22 :
La bienveillance dans le travail..faciliter la vie de nos collègues, aider lorsque l'on peut. Apporter de l'harmonie sur son lieu de travail, prendre soin de ses collègues, voila comment je vois et j apporte ma contribution dans mon milieu professionnel.
a écrit le 19/11/2013 à 11:20 :
pour changer le monde commencer par vous meme le reste suivra . Il est un miroir de votre vie . ASSUMER c'est beaucoup de courage
a écrit le 19/11/2013 à 10:44 :
Et s'il suffisait d'être courtois, d’être considéré, d’être conciliant. Tout simplement d'être poli sans distinction de niveau hiérarchique, de couleur, de poids, de taille et encore de religion.
a écrit le 19/11/2013 à 10:41 :
Et s'il suffisait d'être courtois, d’être considéré, d’être conciliant. Tout simplement d'être poli sans distinction de couleur, de poids, de taille et encore de religion.
a écrit le 19/11/2013 à 10:18 :
Mais mon expérience professionnelle m'a montré qu'il était plus efficace d'être craint que d'être gentil....
Réponse de le 19/11/2013 à 10:35 :
La mienne m'a démontré le contraire.
a écrit le 19/11/2013 à 0:28 :
La bienveillance passe par l'empathie. Le problème est justement que l’empathie fait défaut
chez certains de nos congénères ! Un petit pouvoir et c’est la loi du plus fort prédomine !
Depuis deux mois, j’osais encore croire en mon droit de contribuable de savoir comment mes impôts avaient été calculés tant la hausse me paraît anormale cette année. Impossible ! Ou « ils » ne savent pas, ou « ils » ne savent que trop bien et ont pour mission de ne rien expliquer ! Les Agents de l’Administration Fiscale, d’ordinaire si sympathiquement neutres, durcissent le ton quand il leur faut nous faire taire… Impossible d’être reçue ! Et au téléphone du CIRA, on me dit, « nous n’avons rien à vous dire ! » Décidément, ce monde-là n’est pas le mien car je ne comprends pas ses « nouveaux codes ». C’est comme ça qu’on vient à préférer les gens qui nous ressemblent…La gentillesse, l’écoûte, pourtant peu reconnues, sont des qualités humaines qui font du bien à l’âme, autant à celle de ceux qui les offrent qu’à celle de ceux qui les reçoivent. Ces qualités humaines sont effectivement souvent un gage de réussite dans les entreprises, les meilleurs patrons que j’ai rencontrés dans ma vie, étaient dotés de cette empathie qui faisait d’eux des hommes souvent hors du commun, appréciés de tous.
Réponse de le 19/11/2013 à 7:00 :
l'article le souligne avec Anatol Rapoport à propos du développement d'une civilisation; essor jusqu'à une certaine suprématie. l'hypothèse d'un rapport entre les composantes d'une société, le profil de sa population et celui de ses pouvoirs, et le développement ou le déclin d'un pays, région, continent, est parfaitement envisageable. difficile à évaluer sinon impossible. En tout cas coté la France, les abus et les provocations quotidiennes des divers pouvoirs depuis le plus bas de l'échelle délitent les rapports sociaux dans leur ensemble, s'attaque aux individus et détruisent l'efficacité générale; en conséquence, la nécessité de fuir le système, gentils ou pas (je pense pour ma part que la décomposition française va se poursuivre et même s'intensifiée. point de non retour dépassé. mais le monde est vaste.).
a écrit le 18/11/2013 à 19:09 :
Super ! Quelle gratification pour moi qui suis considérée comme une personne gentille !
a écrit le 18/11/2013 à 18:52 :
Super ! Je peux me sentir gratifiée d'être reconnue comme une personne gentille !
a écrit le 18/11/2013 à 18:28 :
= après avoir bâti les murs (technologie), occupons-nous des fondations (valeurs humaines)...

= ça fait 9.000 ans que j'emmerde mon prochain en ayant une plus grosse charette que lui et non, je ne suis pas sympa, ça m'est égal si lui il n'a pas de charette, du moment que moi j'en ai une, et plus rapide que tous les autres svp.

Maintenant que j'ai fabriqué la bombe atomique, je réalise que pas même 9% de mon cerveau est actif, que l'amour est la base de tout (et non la charette et ses évolutions ultérieures), et que je suis dans une impasse si je continue avec cette mentalité de délinquant du cosmos?
Question: dans quelle mesure la compréhension de la neuroplasticité de mon propre cerveau va me permettre de me hisser au rang d'être humain, et non plus "d'animal sophistiqué"?
a écrit le 18/11/2013 à 17:54 :
Etre gentil et incapable de représailles c'est juste invivable, on se fait bouffer tout cru par la société actuelle.
a écrit le 18/11/2013 à 17:23 :
A le lecture de ce texte,j'avais l'impression d'être le bourgeois gentilhomme de Molière qui faisait de la prose sans le savoir. Tout est vrai ! Avec un peu de gentillesse,bienveillance,empathie,appelez ça comme vous voulez ,dans les rapports professionnel ,vous constaterez (pas du jour au lendemain non plus !)l'amélioration des résultats (quasiment tous !) et ce,sans aucun effort !! (a mois d'être très très méchant de nature !...) la vie est si simple parfois ...et contrairement à ma nature,je ne fais ici aucune ironie.
a écrit le 18/11/2013 à 17:09 :
Excellente analyse : la bienveillance au service de la coopération, du collectif et de la performance. Ça marche ! Je l'ai testé pour vous sur mes équipes, pourtant incrédules au départ.
a écrit le 18/11/2013 à 14:33 :
a nos syndicats ouvriers, patronnaux, et à nos rentiers et financiers...
a écrit le 18/11/2013 à 13:30 :
Hé bien oui... Où l'on (re) découvre officiellement les bienfaits de cette vertu. Car seul le monde financier stupide et arrogant (cf Gordon Brown) a tenté d'étouffer cette vertu au sein des entreprises. J'irais même un peu plus loin dans l'analyse: il faut savoir donner pour recevoir.

Donc, empathie et altruisme sont belles et bien des qualités "productives", au contraire de l'égoïsme et de l'avarice, défauts non seulement contre productifs, mais aussi destructifs...
Réponse de le 18/11/2013 à 14:17 :
..."il faut savoir donner pour recevoir..." Ce fut une parole d'un Traider de Wall-Street...."Pour faire de l'argent, il faut commencer à en perdre"
a écrit le 18/11/2013 à 13:26 :
La gentillesse c'est l'art de ne jamais remettre au lendemain ce qu'on peut faire faire par les autres le jour même.
Redoutablement efficace en entreprise.
Le genre :«Paco regarde mon truc, il marche plus.
Au lieu d'expulser l'importun je sors metrix et examine la bête.
Le lendemain
-merci pour mon bidule, au fait je me suis dépanné tout seul sur la ligne, ça t'a évité de venir et d'arrèter la prod;
-au fait je te paye le café.
Le attend je vais le faire!
l'autre con il se démerde moi je m'en vais manger.
La bienveillance? bof ça fait dédaigneux, rien à voir avec la gentillesse qui est nature même de certains individus et pas des autres.
a écrit le 18/11/2013 à 13:09 :
La gentillesse et la bienveillance vont ensemble. Etre gentil, c´est être bienveillant et être bienveillant, c´est être gentil. Tout á fait d´accord avec Psychologies Magazine, être gentil et bienveillant, c´est très gratifiant et rend le monde plus sympathique.
a écrit le 18/11/2013 à 12:22 :
J'ai dirigé successivement deux entreprises de 2000 personnes et j'ai toujours été courtois, bien élevé, poli, bienveillant, respectueux ... avec tout le monde comme dans la rue ou le métro. Cela me semble un minimum par respect pour l'autre. Je ne l'ai pas fait pour l'efficacité mais ça s'est révélé très efficace.
Par ailleurs je révais de créer la journée de la courtoisie ce qui me semble indis^pensable aujourd'hui. Je suis heureux d'apprendre que cela existe déjà.
a écrit le 18/11/2013 à 10:24 :
envoyez cet article par recommandé a Muscovichi et Cassetafiol
a écrit le 18/11/2013 à 10:15 :
Je dirige un cabinet d'expertise comptable de 27 personnes. J'essaie d'appliquer cette méthode depuis 10 ans. Cela marche, tant sur le plan humain qu'économique.
a écrit le 16/11/2013 à 10:26 :
Cela fait du bien de se poser ces questions dans le monde des entreprises. Cela me rappelle un livre sur le système Toyota où ils expliquaient l'importance du respect de l'individu pour la qualité du management. Mais ces approches, qui approtent plus de bénéfices à long teme, ne sont pas dans l'air du temps. C'est plus cher à installer et plus long à rentabilise. Pas en phase avec les logiques de coûts et "quick wins" que certains systèmes nous vendent.
a écrit le 16/11/2013 à 0:15 :
Roulé par terre... Pas un seul commentaire lorsqu'il s'agit de bullshit lobotomiste...

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