Un MOOC pour apprendre à faire... des MOOC !

 |   |  1318  mots
(Crédits : Reuters)
La montée en puissance des MOOC en France a donné une idée à notre spécialiste de l'éducation en ligne : et si on apprenait à faire des Moocs grâce à... un Mooc ?

Après des mois de travail acharné, je lance avec quelques collègues « Monter un MOOC de A à Z » sur France Université Numérique. Un MOOC pour apprendre à faire des MOOC. Je n'étais pas particulièrement enthousiaste à l'origine du projet, car l'investissement est somme toute conséquent pour un public relativement restreint ; mais la montée en puissance du phénomène en France, en particulier dans le monde de l'entreprise, m'a convaincu qu'il y avait peut-être un intérêt au projet, tout compte fait. Retour sur le fonctionnement et l'intérêt de la formation.

 

Programme pédagogique 

Le cours est divisé en cinq semaines, qui correspondent peu ou prou aux différentes étapes de la conception d'un MOOC. Première semaine: le cadrage du projet. Quel est l'objectif recherché en termes de pédagogie ? Transmettre un savoir, fédérer une communauté, mettre en place des projets de façon crowdsourcée ? Qui est le public cible ? Des managers, des entrepreneurs, des techniciens ? En quelques pages, les participants doivent réaliser un document de cadrage de leur propre projet de MOOC. Deuxième semaine : la scénarisation. D'une part du cours dans son ensemble, d'autre part d'une activité en particulier. Le caractère massif et ouvert du MOOC impose tout de même quelques adaptations en termes de pédagogie. L'évaluation par les pairs par exemple, qui implique un minimum de réflexion au préalable.

Troisième semaine du MOOC, les ressources pédagogiques. Le focus est mis sur les différents formats de vidéos pédagogiques, mais nous discutons également un peu de propriété intellectuelle et de droit d'auteur. Quatrième semaine, la gestion de projet : comment préparer, promouvoir, et piloter la formation. Enfin, le MOOC termine sur les enjeux de recherche et la question des modèles économiques. En termes de livrables, nous avons fait dans la diversité : une scénarisation d'une activité, réalisation de la page de présentation, et du teaser. Ceux qui auront réalisé l'ensemble des devoirs demandés auront fait une grosse partie du travail. Il n'y aura que de l'huile de coude pour porter le projet jusqu'à son terme.

 

Pas besoin de studio pour faire un bon MOOC

Au cours de ce MOOC, très peu a été investi dans la qualité technique des vidéos. Si quelques séquences comme le teaser ont été tournées sur fond vert pour rentabiliser un peu les achats de matériel, l'essentiel a été fait avec Camtasia, un logiciel qui permet de faire des vidéos calées sur un Powerpoint. Le message derrière cette approche est simple. Il faut arrêter de croire qu'un MOOC nécessite forcément d'avoir accès à un studio haut de gamme, d'avoir un cameraman et un monteur professionnel.

Pour faire un bon MOOC, ce qu'il faut, ce n'est pas tant du matériel qu'un niveau d'exigence élevé, et donc beaucoup de temps. Par ailleurs, il faut réunir de nombreuses compétences dans des domaines aussi variés que le webmarketing, la pédagogie, la vidéo, le droit d'auteur ou la gestion de projet. Mais là encore, pas vraiment besoin d'être un professionnel non plus, un minimum de bon sens et de volonté suffisent. Le reste, on peut l'apprendre sur le tas (et dans ce MOOC).

 

Tout le monde peut faire un MOOC

Un simple ordinateur, une webcam HD et un bon micro (et des centaines d'heures de travail) suffisent pour faire un bon MOOC. Honnêtement, tout le monde peut faire des MOOC à condition d'en avoir le temps. En revanche, ne réussit pas qui veut. Il faut choisir un sujet porteur, être capable de travailler avec acharnement, et faire preuve de perfectionnisme. Quand on s'expose ainsi sur la Toile, on ne peut pas se permettre d'être approximatif. Le choix de l'enseignant et de l'équipe est donc fondamental.

Du fait de l'effet « viral » du numérique, l'impact de la qualité du cours sur le nombre d'inscrits est considérable, et à sujet égal l'audience d'un cours peut varier de plusieurs ordres de grandeur. A budget équivalent, un MOOC peut tout aussi bien faire un flop et terminer avec vingt participants qui se battent en duel sur un forum, ou dépasser les 50.000 inscrits et faire la une des journaux, comme le MOOC « Du Manager au Leader », qui a eu le droit récemment à un article dédié dans Le Monde.

 

Un marché occupé par les PME 

Tout est une question de qualité et d'implication de l'équipe. Il faut voir son MOOC comme une startup du Web que l'on pilote dans l'univers impitoyable d'Internet. A partir du moment où la flexibilité, la réactivité et l'exigence de qualité sont au rendez-vous, tout est possible. Si l'on refuse de s'adapter à la nouvelle donne et que l'on ne fait que transposer en ligne des pratiques développées pour le présentiel, face à un public essentiellement captif, c'est l'échec assuré.

Le marché de la formation, particulièrement fragmenté, est occupé pour l'essentiel par les très petites entreprises et les PME. La numérisation de la formation, et la globalisation qu'elle induit, va nécessairement conduire à une plus forte structuration de ce marché. Je suis persuadé que les petits organismes de formation ont tout à fait les moyens de se lancer dans la conception d'un MOOC ; n'oublions pas que les géants comme Cegos ou Demos, même s'ils disposent d'une puissance de feu considérable, voient peut-être comme une menace l'évolution actuelle du phénomène.

 

Un risque financier réduit 

 

Organismes de formation mis à part, les grosses entreprises feraient également bien de s'impliquer davantage dans le phénomène, car elles auraient beaucoup à y gagner, et pas tant que ça à perdre. Elles disposent de plusieurs avantages, d'une part la marque, d'autre part les moyens matériels et humains, le risque financier de se lancer dans un tel projet est relativement réduit en comparaison avec une PME, dont les ressources sont nettement moindres. Certaines le font déjà, même si leur implication reste modeste en regard de celle des établissements publics (et c'est un comble).

"Monter un MOOC de A à Z" n'est pas destiné uniquement à un public d'universitaires, loin de là. Il s'adresse largement au secteur privé, qui a tout intérêt à se pencher davantage sur le phénomène. Bien sûr les références aux formations universitaires y sont fréquentes, car ce sont les plus nombreuses d'une part, et parce que je suis issu de milieu académique d'autre part. Mais sur le fond, les problématiques des MOOC d'entreprises ne sont pas si différentes.

 

La formation en ligne à de beaux jours devant elle 

A noter que la plupart des concepts abordés ne sont pas spécifiques aux MOOC. Tout le monde est à peu près d'accord pour dire que la forme actuelle des MOOC, essentiellement gratuite et synchrone, ne pourra pas perdurer éternellement, ou alors ne prendra pas une ampleur démesurée, faut de modèle économique. En revanche, la formation en ligne a de beaux jours devant elle.

La récente introduction en bourse de 2U, cette entreprise américaine qui met en ligne des Masters entiers (et payants) en partenariat avec de grandes universités américaines, est une preuve supplémentaire de l'avenir de la filière. Au fond, une fois que l'on dispose des compétences nécessaires, le basculement d'un modèle MOOC à un nouveau modèle de formation à distance n'est pas si difficile. Le MOOC « Monter un MOOC de A à Z » devrait donc en intéresser plus d'un, que ce soit pour développer un MOOC sur le court terme, ou pour réfléchir à l'impact du numérique sur la formation à plus long terme. Alors inscrivez-vous et retroussez vos manches.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 09/06/2014 à 9:58 :
bonjour Matthieu
J’ai vu le mooc « Monter un MOOC de A à Z » mais il n’y a pas des détails sur la plateforme (choix, l’installation….)
a écrit le 18/04/2014 à 20:30 :
Je ne lis pas un article qui prend même pas la peine de donner la définition du mooc
a écrit le 18/04/2014 à 15:30 :
Massive Open Online Courses.
C'est dans l'à propos.
Réponse de le 12/05/2014 à 21:59 :
merci pour le soutien. En effet, au bout de 74 billets sur le sujet je finis par ne plus redonner la définition pour pouvoir faire avancer le schmilblick, mais j'aurais dû au moins mettre un lien, mea culpa. Je ferai plus attention dans les prochains billets
a écrit le 18/04/2014 à 14:03 :
Heu....qu'Est-ce qu'un MOOC ?
a écrit le 18/04/2014 à 13:55 :
Pas une ligne disant ce qu'est un MOOC...
a écrit le 18/04/2014 à 13:20 :
Et si on commençait par nous dire ce que signifie ce sigle : MOOC ? Ce jargon est simplement ridicule!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :