La Cenerentola : plaisir des yeux

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Copyright Reuters (Crédits : Opéra national de Paris/ Christian Leiber)
L'Opéra Garnier redonne jusqu'au 25 mars 2013 la version mise en scène par Jean-Pierre Ponnelle; Symboles et féerie sont au rendez-vous. Les voix des principaux rôles sont parfois masquées par l'orchestre. Dommage.

Ecrite en 24 jours par un Rossini, comme d'habitude, en retard (le théâtre de Rome lui avait passé commande d'un opéra et moins d'un mois avant la date de la première ni le thème ni la musique n'en étaient encore esquissés), la Cenerentola n'en n'est pas moins brillantissime. Transposition relativement fidèle du conte de Charles Perrault, Cendrillon, ce nouvel opéra du compositeur italien très en vogue depuis le succès un an plus tôt du Barbier de Séville concentre tout ce qu'il affectionne par dessus tout : tempo endiablé, technicité vocale extrême, dextérité quasi intenable pour certains protagonistes, superposition des échanges. Musique tour à tour "bouffe" et "sérieuse", ode à l'amour et critique de la vanité, conte de fée enfantin et fable philosophique, elle ne cesse de nous tourner la tête (y compris celle de mon voisin d'en face qui ne cessait de dodeliner du chef...). Qui mieux que Stendhal qui a nourri une véritable passion pour Rossini peut d'ailleurs parler de sa musique ? "Cette musique peint les nuances de passions les plus fugitives, des nuances qui échapperaient à la plume des plus grands écrivains, on peut même dire que son empire commence où finit celui de la parole".
La mise en scène de Jean-Pierre Ponnelle, grand serviteur de l'art lyrique, présentée à l'Opéra Garnier jusqu'au 25 mars est une reprise. Créée en 1968, elle était entrée au répertoire parisien l'an passé. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Les hasards de la vie sans doute, le génial Jérôme Savary lui ayant notamment grillé la politesse en 1996. Les choix de Ponnelle pour mettre en lumière ce conte de fée à la gloire de la bonté sont tout en symboles. La demeure de Cendrillon, tout d'abord ressemble à ces maisons de poupées avec lesquelles des milliers de petites filles ont joué. Les protagonistes (son beau père et ses deux demi soeurs) s'y meuvent sans vraiment passer d'une chambre à l'autre, chaque case leur étant définitivement dévolues. Le château du prince est tout en profondeur. L'endroit se veut majestueux car c'est là que se révélera la véritable richesse de Cendrillon, celle du coeur puisqu'elle pardonnera à sa méchante famille toutes les misères qu'elle lui a fait subir. Les costumes sont là aussi pour témoigner de cette évolution. De couleur grise au début, celle des cendres qu'elle est censée nettoyer chaque jour près de l'âtre où elle demeure, sa tenue virera au noir lorsqu'elle se retrouvera au bal du château. Noir comme le secret de son identité, noir comme l'angoisse de ne pas réussir à séduire le prince dont elle est tombée amoureuse, noir comme la mort avant de renaître à la vie lorsque l'homme qu'elle aime finira par la retrouver et la demander en mariage. Retour à la vie manifeste avec cette immaculée robe nuptiale arborée par une Cendrillon délivrée de ses tourments. On est ici complètement en phase avec l'idée que l'on se fait d'un conte de fée, fable philosophique, certes, mais aussi et surtout histoire pour les petits et les plus grands, ravis de se replonger dans leurs chers souvenirs.

La distribution est assez réussie avec toutefois quelques faiblesses : l'orchestre dirigé par Riccardo Frizza est assez monocorde et masque parfois la voix des chanteurs, surtout dans les parties virtuoses où ils n'ont pas la possibilité de donner toute leur puissance. Du coup, plusieurs passages nous semblent faibles alors qu'ils sont surtout affaiblis par les instruments trop sonores. Ainsi le jeune russe Maxim Mironov, dans le rôle du prince, est parfois brillant, mais à d'autres moments inaudible. Idem pour Marianna Pizzolato dans le rôle titre, tour à tour brillante et comme mise en difficultés. Le final est toutefois un régal. Surtout pour tous ceux qui ont conservé une âme d'enfants.

La Cenerentola
Rossini
Opéra Garnier
Jusqu'au 25 mars
Prix de places : de 5 à 180 euros
réservations : www.operadeparis.fr

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