Ma Xingrui, le "patron" du programme spatial chinois

Par Jean-François Dufour  |   |  592  mots
Ma Xingrui, un homme aux multiples casquettes qui espère beaucoup de la mission lunaire chinoise... (Crédits : Reuters)
Parmi les millions de Chinois qui ont suivi le succès de l’alunissage de la mission Chang’e 3 samedi 14 décembre, Ma Xingrui est le plus directement concerné. A 54 ans, ce pur produit de la filière aérospatiale chinoise est devenu le principal responsable d’un ambitieux programme spatial chargé d’implications diplomatiques et économiques – et le coordinateur d’un complexe très lié à la Défense nationale.

Ma Xingrui fait partie des dirigeants chinois dont le titre officiel ne reflète pas le véritable poids dans l'appareil du pouvoir. Statutairement vice-ministre (de l'Industrie et des Technologies de l'Information), il est surtout, depuis mars 2013, directeur de la SASTIND (State Administration for Science, Technology and Industry for National Defense), le puissant organisme chargé de coordonner les industries en rapport avec la Défense.

C'est à ce titre qu'il est également directeur de la CNSA (China National Space Administration), l'agence spatiale chinoise, ainsi que de la CAEA (China Atomic Energy Authority), l'organisme de supervision de l'industrie nucléaire nationale.

Un pur produit du système

Né en 1959 au Shandong, Ma va intégrer la stratégique filière aérospatiale à l'âge de 26 ans. En 1985, diplômé de l'Université de Tianjin, il commence en effet une thèse auprès de l'Institut de Technologie de Harbin, tout au nord du pays.

Or l'Institut est l'un des centres de formation et de recherche qui évoluent sous la supervision de la COSTIND (Commission for Science, Technology and Industry for Nationale Defense), un organisme qui deviendra vingt ans plus tard … la SASTIND, aujourd'hui dirigée par Ma.

Pour en arriver là, l'ancien thésard aura gravi tous les échelons d'un système étroitement interconnecté, passant de la Recherche à l'Industrie, puis de l'Industrie au Gouvernement. Une fois son Doctorat obtenu, il commence par intégrer l'équipe enseignante de l'Institut de Technologie de Harbin ; puis devient directeur de son département d'ingénierie aérospatiale et de mécanique.

De la recherche à l'industrie puis à la politique

En 1996 il franchit la frontière avec l'industrie, en rejoignant la China Academy of Space Technology, une entité essentiellement dédiée à la conception de satellites. Or celle-ci est une filiale de la China Aerospace Science & Technology Corp. (CASC), une des composantes centrales du complexe aérospatial chinois.

En 1999, Ma Xingrui passe de la filiale à la maison - mère, en tant que vice-directeur. Huit ans plus tard, de 2007 à 2013, il devient le patron incontesté de la CASC, dont il cumule les fonctions de directeur général et de Secrétaire du Parti communiste chinois.

L'étape politique de sa carrière commence enfin par sa désignation en novembre 2012 en tant que membre du XVIIIè Comité Central du Parti (le noyau des 205 plus hauts responsables du PCC), préalable à sa nomination à la tête de la SASTIND en mars 2013.

Maîtrise du programme

Du fait de son parcours, Ma Xingrui aura abordé de près tous les aspects déterminants de l'ambitieux programme spatial chinois.

Son passage à la China Academy of Space Technology l'a amené à travailler sur les satellites, à la base notamment du projet Beidou (l'alternative chinoise au GPS). A la tête de la CASC, il a supervisé les programmes de lanceur (LongMarch), de vols habités (Shenzhou et Tiangong) et de modules d'exploration (Chang'e), qui constituent les autres composantes essentielles du programme spatial national.

Coordinateur stratégique

Si les pensées de Ma Xingrui sont aujourd'hui focalisées sur la lune et sur la mission Chang'e 3 - dont la réussite, avec le premier alunissage depuis 1976, constituerait une étape importante du programme spatial -, son influence va bien au-delà. Et concerne des questions beaucoup plus "terre-à-terre".

A la croisée des industries spatiale et nucléaire, mais aussi de nombreuses autres connexes, le patron de la SASTIND est en effet un élément clé dans la coordination de secteurs qui sont étroitement associés, depuis leurs débuts, à la politique de Défense du pays.