Fin de la seconde mondialisation

Par Philippe Cahen  |   |  431  mots
La première mondialisation s'est terminée il y a un siècle. La seconde mondialisation se termine.

Une telle affirmation est brutale, sans nuance et de fait peu réaliste... mais pas totalement stupide.

Premier élément : les locomotives du monde actuel, les Brics, ralentissent. Tous sont confrontés à une baisse de croissance. La Chine connaît des revendications sociales, politiques, environnementales... en forte hausse et les menaces de bulles financières sont réelles. La Russie subit le contrecoup de la crise ukrainienne, avec des fuites de capitaux des oligarques et une croissance négative. L'Inde attend son nouveau Premier ministre dans un pays en plein doute économique et social. Le Brésil connaît une forte inflation (6%), le pouvoir d'achat ne progresse plus et la Coupe du monde de football est prétexte de soulèvements. Le centre d'intérêt de chacun de ces États est de calmer la nouvelle classe moyenne, le repli sur soi.

Le deuxième élément de cette fin de seconde mondialisation est l'Internet, state centric, centré sur les États. Les Chinois développent depuis de longues années leur système autonome. Baidu, Tencent, Alibaba en sont les éléments phares. La crise ukrainienne conduit les Russes à s'autonomiser davantage, par exemple dans les systèmes de paiement et bien sûr sur Internet. L'affaire Snowden est une accélération des méfiances.

Outre les univers centrés des acteurs Google, Apple, Windows et peut-être Amazon et Samsung, les États - par grands groupes - développeront leurs propres limites. L'Europe en est absente. Le repli sur soi est amplifié.

Le troisième élément est l'imprimante 3D et ses variantes, car la fabrication additive connaît de multiples évolutions. Elles vont développer une industrie locale, quasiment individuelle. On n'est qu'au début de cette révolution industrielle, la troisième après celles du carbone et de la mondialisation par Internet. La révolution de la relocalisation. Une imprimante de 30 m de long sur 6 de large fabrique une maison à 3.500 euros. Certes, l'imprimante 3D ne sera jamais la réponse à la fabrication de masse, mais elle répondra à une fabrication personnalisée, dans des délais très courts. C'est un autre choix économique, une réponse positive au repli sur soi.

Ce sont donc un doute mondial, une réponse aux attentes des classes moyennes, une troisième révolution industrielle, qui vont conduire les États - les groupes d'États - insensiblement à se replier sur soi. Pour mieux reprendre leur élan ?

Je repars en plongée.

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L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013.