Les profits des entreprises sous valorisés par les marchés

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Avec plus de 80 milliards d'euros de bénéfices en 2010, les sociétés du CAC 40 se rapprochent de leur record de 2007. Une résurrection qui ne se lit pas dans les valorisations. Et pour cause, l'avenir reste très incertain.

La précision vaut d'être soulignée. C'est par un retour aux bénéfices qu'EADS a donc conclu mercredi la saison des résultats annuels du CAC 40 au titre de l'exercice 2010. Un retour en grâce qui peut être généralisé à l'ensemble des sociétés de l'indice phare si l'on sait que leurs bénéfices, après avoir touché le fond à 49,6 milliards d'euros en 2009, ont atteint l'an dernier un peu plus de 80 milliards d'euros. Soit 20 milliards de moins que le record de 100 milliards d'euros enregistrés en 2007. Un rebond qui tient tout à la fois aux efforts pour réduire leurs coûts et pour capter au mieux la croissance frénétique des pays émergents.

Mais cette résurrection financière fait parallèlement ressortir un paradoxe criant à l'heure où les marchés fêtaient mercredi, jour pour jour, un anniversaire : celui des deux ans de l'amorce du plus important rally boursier de l'histoire. Si, depuis le 9 mars 2009, nombre d'indices ont largement retrouvé leurs niveaux de valorisation pré-Lehman, le CAC 40, dont les bénéfices flirtent donc avec des plus hauts historiques, peine pourtant à regagner le terrain perdu malgré son rebond de 60 %. Un écart de valorisation qui tient à plusieurs facteurs. « La décennie qui vient de s'écouler a été particulièrement exceptionnelle en raison de facteurs très favorables. Les matières premières et énergétiques bon marché ainsi que des taux d'intérêt très bas ont permis aux entreprises d'afficher des niveaux de marge de 9 %. Cette parenthèse enchantée ne pouvait pas durer. Dès lors, il faut considérer que le niveau moyen de PER sera désormais plus proche de 11 que de 14 ou 15 comme ce fut le cas sur les quinze dernières années », explique Pierre Sabatier, stratégiste chez PrimeView. Un avis en partie partagé par Frédéric Buzaré, responsable de la gestion actions de Dexia AM : « Cette contraction des multiples interpelle. Sans revenir aux excès de valorisation d'avant-crise, la correction qui a ramené les PER de 16 à 10 peut paraître trop sévère. Un marché qui se paierait 12 fois les bénéfices pour 2011 est peut-être plus justifié. »

Manque de confiance des investisseurs

Au-delà des excès de valorisation d'hier, le manque de considération du marché tient aussi aux incertitudes qui pèsent sur leurs perspectives. La surchauffe dans les pays émergents et désormais la flambée des cours du pétrole menacent effectivement la dynamique de la croissance mondiale et assombrissent donc les perspectives bénéficiaires des entreprises. « Les profits des entreprises ont rebondi mais pas les niveaux de valorisation en raison d'un manque de confiance des investisseurs en l'avenir », estime Frédéric Buzaré. Plus généralement, « le monde actuel est en situation de surendettement. Dans ces conditions, il est difficile d'imaginer que les entreprises puissent conserver durablement les niveaux de bénéfices et d'activité auxquelles elles nous avaient habitués, sachant que le désendettement va passer soit par la hausse des taxes sur les ménages, soit par une fiscalité accrue sur les entreprises », souligne Pierre Sabatier. Par-delà la problématique des bénéfices, le retour en force des fusions-acquisitions semble être aujourd'hui l'un des seuls vecteurs de revalorisation.

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