HEC et autres écoles consulaires sont-elles sur le point d'être privatisées ?

Par Isabelle Boucq  |   |  559  mots
Ce nouveau statut inscrit dans la loi Mandon de 2014 sur la simplification de la vie des entreprises a été taillé sur mesure pour la grande école de Jouy-en-Josas.
Le mois dernier, en janvier, HEC a été la première école à adopter le nouveau statut d'établissement d'enseignement supérieur consulaire (EESC). Ce statut sera étendu à d'autres écoles parisiennes et permettra à des investisseurs privés d'entrer dans leur capital.

La Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Paris Île-de-France gère quatre écoles de management aux profils très différents: HEC, classée deuxième meilleure business school au monde par le Financial Times ; l'Essec, qui est devenue l'école de management de Paris-Saclay ; l'ESCP Europe, qui brasse les cultures sur ses campus européens, et Novancia, orientée vers les besoins des entreprises franciliennes. Tout récemment, en janvier, HEC a été la première école à adopter le nouveau statut d'établissement d'enseignement supérieur consulaire (EESC). L'ESCP Europe lui emboîtera le pas en janvier 2017. Ce nouveau statut inscrit dans la loi Mandon de 2014 sur la simplification de la vie des entreprises a été taillé sur mesure pour la grande école de Jouy-en-Josas.

« Il s'agit de rendre ces écoles plus autonomes dans leur gestion pour plus d'agilité et de rapidité », explique Xavier Cornu, qui était directeur général adjoint enseignement, recherche et formation de la CCI Paris Île-de-France jusqu'à sa retraite, il y a quelques jours.

Endettement potentiel et absence de dividendes

« La CCI reste majoritaire et aucun actionnaire ne pourra dépasser 33%. Il n'y aura pas non plus de dividendes. C'est une sorte d'économie mixte entre État et privé, une société à but non lucratif avec une mission d'intérêt général. Ce n'est pas du tout une privatisation », décrit Bertrand Léonard, le président de la Fondation HEC.

Il énumère les principaux enjeux de ce changement de statut :

« Avec la pleine propriété des actifs corporels et incorporels, HEC possède désormais une capacité d'endettement potentiel. L'autonomie lui donnera une réactivité plus forte pour prendre des décisions, jouer dans la cour des grands et participer au marché des professeurs. Enfin, HEC se dote d'une gouvernance équilibrée avec un conseil d'administration représentant tous les intéressés, y compris les anciens élèves. »

Au printemps, Toulouse Business School sera la seconde école à adopter le statut d'EESC.

« Le statut ne nous donne pas la latitude de changer les droits de scolarité », précise son directeur, François Bonvalet.

« Nous constatons que nos écoles sont devenues plus grosses que la chambre elle-même. Pour être agiles, nous avons besoin d'autonomie. Avec ce statut, nous allons pouvoir nous développer plus facilement, ouvrir un campus à Londres plus rapidement, recruter des professeurs étrangers. Privatisation douce ? On ne peut pas dire le contraire. Mais dans l'esprit, nous restons un service public et il ne s'agit pas d'enrichir les actionnaires », estime le directeur.

« Trois grandes entreprises ont fait connaître leur intérêt pour entrer au capital. L'avantage est qu'elles aideront à la réflexion sur le devenir de l'école et qu'elles apporteront de l'argent sonnant et trébuchant sur la table », ajoute-t-il.

"Nous sommes clairement dans la lucrativité"

Grenoble École de management (GEM) et le groupe ESC Dijon Bourgogne devraient être les prochaines écoles à suivre l'exemple de HEC et TBS. Un phénomène qui ne plaît pas à tout le monde.

« Cela va assainir le paysage et assurer la transparence financière. Nous sommes bien clairement dans la lucrativité. Mais il s'agit quand même d'un détournement aberrant et d'une distribution de privilèges digne de la chute du mur de Berlin » , se fâche Philippe Grassaud, président du groupe d'enseignement privé Eduservices.