Christian Margaria (Conférence des grandes écoles) : "oui au rapprochement avec les universités, pour une meilleure efficacité"

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Christian Margaria, président de la Conférence des grandes écoles, propose également que tous les étudiants payent une partie de leurs études au-delà de la licence.

Latribune.fr : Comment jugez-vous les relations entre grandes écoles et universités ?

Christian Margaria : Elles sont globalement de bonne qualité. En France, comme dans la plupart des pays développés, nous avons la chance de disposer de deux filières d'enseignement supérieur, très complémentaires, qui ne s'adressent pas tout à fait aux mêmes profils d'étudiants. Il faut que ces deux filières continuent à exister et à emprunter à l'autre ce qu'elle a de meilleur afin d'atteindre l'excellence en intensifiant les rapports et en éliminant les points de frottement qui empêchent parfois certaines coopérations.

Quels sont ces points de frottement ?

Le premier est ce que j'appelle "le crime de sale gueule". Actuellement, il est tout simplement interdit à un établissement d'enseignement supérieur privé de déposer un dossier de demande d'habilitation pour un diplôme national de master (NDLR : diplôme de niveau bac + 4 ou 5). C'est totalement aberrant sur le plan des principes. Que l'on juge une fois le dossier déposé que la candidature n'est pas valable, je l'accorde. Mais encore faut-il que la possibilité de candidater soit ouverte. Heureusement, Valérie Pécresse a annoncé qu'elle allait demander à la direction générale de l'enseignement supérieur de réfléchir à résoudre cette difficulté.

Quelle est l'autre difficulté ?

C'est clairement l'expérimentation des classes préparatoires au sein des universités. Je demeure persuadé que c'est une fausse bonne idée. Les étudiants destinés aux classes préparatoires ne se retrouveront jamais vraiment dans l'univers universitaire. De l'autre côté, les universités affirment que les "prépas" leur volent une partie de très bons bacheliers, ce qui n'est pas totalement faux. En fin de compte que va-t-il se passer ? Ces "prépas" universitaires vont se transformer en licences spéciales. Et les grandes écoles "en voleront" une grande partie des diplômés.

Cette volonté de rapprocher grandes écoles et universités ne répond-elle pas à une volonté d'améliorer leurs dimensions pour leur donner une taille critique à l'international ?

Connaissez-vous l'université de Mexico ? Non. Et pourtant, si la taille de l'établissement était le facteur principal de notoriété, Mexico, avec ses 400.000 étudiants, serait championne du monde. Soyons sérieux. Il n'y a qu'en France qu'on accorde autant d'importance à des classements comme celui de Shanghai, où la dimension physique joue le premier rôle ... Alors, je dis "non !" aux regroupements s'ils ne visent qu'à accroître artificiellement le nombre de publications de recherche afin de gagner des places dans les classements. Et je dis "oui !", s'ils sont cohérents et conduisent à une meilleure efficacité de notre enseignement supérieur. Pour cela, il nous faut regarder concrètement les dossiers où le travail en commun engage une dynamique intéressante. C'est le cas de l'action internationale : écoles et universités d'une même région pourraient mutualiser leurs moyens pour participer à un salon de recrutement à l'étranger ou mieux accueillir des professeurs étrangers.

Le rapprochement entre grandes écoles et universités peut-il passer par les pôles de recherche et d'enseignement supérieur ? (NDLR : les PRES, créés par une loi de 2006, permettent aux universités et grandes écoles de regrouper, sur une base régionale, une partie de leurs activités pour renforcer leur attractivité à l'international).

Il est beaucoup trop tôt pour vouloir placer l'intégralité de l'enseignement supérieur, écoles comme universités, sous la houlette des PRES. Ils ont démarré il y a seulement deux ans ; il faut laisser le temps aux structures de se connaître. Je sais que, pour de très nombreux acteurs de l'enseignement supérieur, les PRES préfigurent les mégastructures de demain qui délivreront tous les diplômes, d'universités et d'écoles. Un tel modèle peut avoir sa pertinence. Mais je reste prudent. Il faut continuer à expérimenter avant de décider que le PRES doit prendre le pas sur les établissements. Toute idée consistant à dire qu'on ne veut voir qu'une tête - et que cette tête est forcement celle de l'université - me paraît négative par rapport à cette recherche d'excellence sur la scène internationale.

Ce rapprochement des deux facettes de l'enseignement supérieur peut-il concerner directement les étudiants ? En clair, les étudiants d'université doivent-ils comme ceux des écoles payer tout ou partie de leur scolarité ?

On peut imaginer que, jusqu'à la licence, la formation supérieure soit un droit et soit donc globalement gratuite. Au-delà de ce niveau, après la licence donc, les frais de scolarité devraient représenter un pourcentage significatif des coûts de formation. Ainsi, toutes les formations de niveau bac + 4 en université devraient exiger des frais de scolarité identiques à ceux des écoles de gestion privées, soit entre 5.000 et 7.000 euros par an. L'éducation est en effet un investissement sur l'avenir. Aussi, les frais de scolarité ne doivent pas être payés par l'étudiant pendant ses études, mais par le diplômé, qui, une fois en activité, pourra mesurer le retour sur investissement. Par conséquent, il convient de développer les prêts étudiants avec des mesures de différé d'amortissement et fiscales qui permettent de suivre sereinement ses études et rembourser une fois le premier emploi trouvé. Aujourd'hui, seuls 6% des étudiants demandent un prêt étudiant. Ce n'est pas suffisant. 

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Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
On nous parle toujours des universités américaine.
Il est bon de rappeler qu'à l''intérieure de ces universités, il y a souvent des business ou law school qui fonctionnent en semi-indépendance !
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
la dernière question est manifestement orientée afin de faire croire que toutes les grandes écoles sont payantes et privées. Une majorité des grandes écoles est encore publique et gratuite (bien que les frais d'inscription soit de plus en plus important, dérive des politiques actuelles) et fort heureusement, celles-ci sont encore les plus prestigieuses.
Dériver vers un système payant met à mal le tant vanté ascenseur social à la Française (bien que celui-ci à du plomb dans l'aile depuis un bon moment). Encore une fois, et c'est caractéristique des mentalités actuelles, on nivelle vers le bas afin de détruire un petit peu plus le service publique, en voulant faire payer l'éducation supérieure.
De plus, ces frais d'inscriptions servent dans les écoles privées à faire du matraquage publicitaire. Il sera bien triste le jour ou l'X se vendra aux heures de grande audience sur les chaînes télévisées privées. L'éducation n'est pas un produit de consommation et ne s'achète pas (comme le laissent entendre un certain nombre d'écoles PRIVEES), mais c'est un droit pour chacun.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :

Bref, Monsieur Margaria ne demande rien. Il demande qu?on fiche la paix aux GE et qu?on les laisse faire leurs petites affaires - ou un peu plus svp ("des diplômes nationaux quand même !") ? entre elles.

Il souhaite continuer à assécher en toute impunité les universités. Il demande des mesures profitablement unilatérales avec un sans gêne et une morgue de rentier repus.

Il ne parle pas du niveau globalement très faible de la recherche dans les GE françaises. De tout cela, il n?a cure. Il ne veut qu?une chose : que ses étudiants de GE de rang A + parlent bien anglais comme les étudiants de petites sup de Co pour pouvoir embobiner tout le monde à l?international. Le problème, c?est qu?en dehors du marketing, de la « business administration », il n?y a plus personne question vraie recherche dans les GE françaises !! Il ne suffit pas de bien parler anglais pour être un chercheur ou un ingénieur réellement innovant.

Disons-le une fois de plus : si les bons élèves sont dans les GE, les bons enseignants-chercheurs sont à l?université, peu ailleurs. Il n?y a pas de très bonne recherche dans les GE et il n?y en aura pas si on ne forme pas les étudiants de grande école A la recherche et PAR la recherche en lien étroit avec ceux qui en font réellement (les universitaires ET le CNRS).

A tel point, qu?il faut dire deux choses très fortement aujourd?hui :

1)Aucune GE ne devrait être accréditée sans un adossement à une école doctorale sélective.
2)Aucun CPGE ne devrait être ouverte sans être statutairement rattachée à un premier cycle d?université.

Le discours sirupeux et soi-disant pudique du « ces deux systèmes ne s?adressent pas aux même type d?étudiants » se traduit ainsi : « laissez-nous faire ce que l?on veut avec nos enfants, avec nos enfants à nous que l?on veut voir battre les enfants des pauvres ou des mal lotis, que l?on veut voir obtenir les meilleures places dans une société qu?on leur a amoureusement déjà préparée comme bien durablement et profitablement clivée ».


La mentalité de rentier pépère des présidents de GE françaises est saisissante et fait peur, pour tout dire !!

Ce monsieur demande d?ailleurs rien d?autre que ? le statu quo ! Il se félicite même de la non visibilité des GE françaises !! Rassurons-le : encore un paramètre qui va rester bien stable pour longtemps !! Un placement de père de famille.

Il ne croit même pas dans le classement de Shanghai ! Voilà au moins un point de discordance - et de taille - avec le ministère ! Alors pourquoi on nous embête avec, dans les universités ?? Dites ?

Bien à vous amis
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
On a du mal à imaginer que "Ingénieur et Maître de conférences" soit un universitaire. L'argumentation est nulle et submergée par une haine absurde.
Quand au style...passons.
Belle promotion pour l'université et ses valeurs !
Merci
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Merci de ne voir de la haine que là où il y a des faits. Répondez sur les arguments,SVP.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Enseignant-chercheur travaillant dans une grande école depuis près de dix ans, parmi près d'un millier d'enseignants-chercheurs et chercheurs (dont plusieurs dizaines de chercheurs CNRS, INSERM, INRIA, etc.), dans des laboratoires associés au CNRS, évalués par l'AERES, producteurs de plusieurs dizaines de millions d'euros de contrats (ANR, PCRD...) chaque année, je commence à en avoir marre du discours si facile des universitaires sur les grandes-écoles-qui-ne-feraient-pas-de-recherche. Si, il y a de la recherche dans des grandes écoles, et là où il n'y en a pas, ce sont le plus souvent dans les écoles "internes" aux universités, dont les enseignants-chercheurs font leur recherche dans leur labo -- à 10 minutes de la grande-école-qui-ne-fait-pas-de-recherche. Donc s'il vous plaît, arrêtons le délire sur ce point. Nos centaines de doctorants, qui vont ensuite souvent travailler dans les facs (là où ils ne sont pas barrés par le localisme...) méritent mieux !
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Le seul que les professeurs, les conférenciers, les maîtres n'ont jamais eu en classe c'est le corps humain de toutes les ères enseigné dans toutes les fac internationales de médecine. Pourquoi ? Demandez leur.

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