Halte à la procrastination

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On l'a tous croisée un jour... dans notre vie d'étudiant. Et parfois elle continue à nous poursuivre au bureau et particulièrement en septembre et en janvier, dans les moments de reprise et de bonnes résolutions. De quoi s'agit-il ? De la procrastination, cet art de remettre au lendemain ce que l'on peut faire le jour même. 50 % des étudiants en seraient atteints, 20 % à 30 % des actifs... selon les psys.

Devant la somme impressionnante de choses urgentes et d'e-mails à traiter nous vient tout d'un coup une envie folle de reprendre notre clé des champs au grand air. D'autant que les vacances nous ont « mal élevés », habitués à ne pas différer nos frustrations et à nous adonner au plaisir.

Pour David d'Equainville, le fondateur des éditions Anabet, éditeur de « Demain, c'est bien aussi », qui a lancé une journée mondiale de la procrastination tous les 25 mars, « la procrastination est une défense immunitaire face à une société extrêmement rude, un moyen positif de se défendre des assauts du monde contemporain ». Un propos qui relève plus de la méthode du bon docteur Coué que d'une réelle intention de résoudre le problème. Parce que « procrastiner » ne doit pas être pris à la légère. Certes, cela permet d'évacuer une tâche déplaisante et peu enthousiasmante. Mais elle a ceci de désolant qu'elle sape insidieusement l'estime de soi et fait le lit des stratégies d'échec les plus redoutables. Ça commence généralement au collège ou au lycée. C'est à ce moment-là que l'on développe tous les prétextes fallacieux - ranger sa chambre, tailler ses crayons - pour ne pas se mettre à faire ses devoirs. Jusqu'à ce que le temps qui reste ne permette plus de faire son travail correctement. Dès lors, il est inutile de s'y mettre puisque maintenant toutes les conditions sont réunies pour échouer. « C'est parce qu'on imagine simultanément tous les pas qu'on devra faire qu'on se décourage, alors qu'il s'agit de les aligner un à un », disait Marcel Jouhandeau.

Peur de l'échec, peur de ne pas être à la hauteur, mais aussi peur de la réussite, la procrastination croît et embellit à l'âge adulte au point de parfois nous dévier de la voie qui nous rendrait heureux. C'est une réponse à l'angoisse qui devient elle-même une angoisse par la suite. Il ne s'agit en aucun cas d'un poil dans la main comme on l'entend souvent mais plutôt d'un comportement témoin et source de stress. Car celui qui procrastine fait autre chose à la place de ce qu'il devrait faire, chose qui peut s'avérer être tout à fait utile et important. Les conséquences immédiates étant le plus souvent positives - en substituant une tâche à une autre, on trouve une satisfaction sans délai -, elles renforcent le comportement, les conséquences négatives arrivant, elles, beaucoup plus tard. Pour s'en défaire, il faut donc s'attaquer au subtil équilibre entre gratification et sanction. Mais aussi savoir se protéger contre les stimulations et sollicitations susceptibles de créer des distractions. La coach Sylvaine Pascual recommande sur son blog de s'observer pour découvrir ses propres mécanismes. Et de faire le tri entre les tâches que nous n'avons aucun mal à effectuer et celles que nous remettons toujours à plus tard. Publiés dans « Psychological Bulletin » en 2007, les résultats des recherches du professeur Piers Steel, docteur en psychologie, de l'université de Calgary (Canada) voient à l'origine de la procrastination un savant mélange de degré de confiance en soi face à la tâche, de valeur de la tâche accomplie, de sensibilité aux délais et nient en revanche l'influence du perfectionnisme. L'autocritique excessive et la surestimation des difficultés visant à protéger une estime de soi fragile. Sans essayer de lutter contre ces pensées, il s'agit de s'ouvrir à d'autres modes de lectures de la réalité et de s'interroger sur le bien-fondé de notre vision des choses. Une fois remis en question, le système peut s'essouffler. « Faire ce qu'on a à faire en temps et en heure, c'est s'éviter une pression inutile et fatigante tout en se donnant les moyens de réussir : c'est donc prendre soin de soi. Ce comportement "normal" peut être très difficile pour une personne en mésestime de soi qui, plus ou moins consciemment, ne mérite pas de prendre soin d'elle, de réussir. Elle se retrouverait alors en conflit direct avec l'image qu'elle a d'elle-même, en danger, et c'est tout son système émotionnel qui se met en marche pour la paralyser », analyse Sylvaine Pascual.

Bref, autant dire que toutes les recettes de gestion du temps n'y feront rien. Au lieu de tenter de vouloir éradiquer le symptôme, mieux vaut chercher à comprendre la racine du mal et à nous regarder avec plus de bienveillance en développant une estime de soi cohérente avec ses propres valeurs. Allez, c'est la seule bonne résolution qu'on appliquera cette rentrée... et avouez que si on y arrive, ce sera déjà pas mal.

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