"L'État doit réparer l'injustice faite aux femmes"

Par latribune.fr  |   |  468  mots
Copyright Reuters (Crédits : Olivier Blouin)
Entretien avec Christiane Pelchat, présidente du Conseil du statut de la femme du Québec

A voté ! » : Christiane Pelchat avait à peine 8 ans que ses parents l'avaient déjà embauchée pour cocher des noms sur les listes électorales. La passion, familiale, de la politique ne l'a pas quittée depuis. Elle se souvient de tous les combats menés dans sa province du Québec, catholique et conservatrice. « Dans les années 1970-1980, quand les femmes divorçaient, elles n'avaient plus rien. Et elles se retrouvaient à la charge de l'État », raconte-t-elle. Impact inique sur les femmes et impact négatif sur les finances publiques... C'est ce lien, toujours de mise aujourd'hui, qu'elle cherche à faire évoluer en tant que présidente du Conseil du statut de la femme du Québec. « Féministe, je le suis depuis que je suis née », affirme-t-elle, en relatant diverses anecdotes, comme le choix de son père de mettre en avant son frère, qui avait gagné - comme elle - un concours scolaire, ou les remarques des appariteurs, lui précisant que le couloir d'accès à l'Assemblée était réservé... aux députés.

Cette juriste utilise désormais son poste pour alerter les autorités québécoises de l'impact de leurs politiques économiques et sociales sur les femmes, afin qu'il soit pris en compte dans les décisions, ou corrigé s'il est négatif. Les exemples sont nombreux. Ainsi, « le plan de relance décidé dans le sillage de la crise a privilégié la construction d'infrastructures, ce qui implique de fait la création d'emplois typiquement masculins », pointe-t-elle. Le Conseil a donc suggéré des mesures pour accroître la création d'emplois féminins supplémentaires, ainsi que la rétention des salariées dans les sociétés de construction bénéficiant du plan de relance, tout comme la loi oblige les entreprises recevant des subventions étatiques ? sous forme d'incitations fiscales, par exemple ? à mettre en place un plan visant à la parité hommes-femmes dans leur conseil d'administration.

Au nom du droit des femmes

« L'État doit réparer l'injustice faite aux femmes. Nous demandons que les budgets et les politiques adoptées soient donc sexo-spécifiques », résume Christiane Pelchat. Le Conseil s'intéresse également à des problèmes de société, comme la laïcité. « Notre avis concernant l'impact négatif de la polygamie sur la dignité des femmes a été pris en compte par un tribunal devant statuer sur la demande de mormons fondamentalistes, en Colombie-Britannique, qui revendiquent la polygamie au nom de la liberté de religion », s'enorgueillit-elle, même si la cour n'a pas encore rendu son verdict. Le sien est sans appel : si le gouvernement québécois affiche autant de femmes que d'hommes dans ses rangs (alors que l'Assemblée n'en compte que 29 %), la lutte doit se poursuivre - au nom du droit des femmes.