"L'équité est pour moi dans l'ordre des choses"

Par Lysiane J. Baudu  |   |  475  mots
Copyright Reuters (Crédits : GUILLAUME RAMON)
Entretien avec Sandrine Devillard, directeur associé senior au bureau de Paris de McKinsey

Si elle a un « sens aigu de la justice », ce n'est pas parce que Sandrine Devillard a souffert d'une quelconque iniquité dans sa vie. Au contraire, elle l'avoue bien volontiers, elle s'est toujours « sentie privilégiée ». « Fille unique, j'ai été plutôt gâtée », admet-elle. Elle a en effet bénéficié d'un soutien familial sans faille. Quand ce n'était pas une certaine forme de pression... « Mon père, qui avait dû faire ses études d'ingénieur en cours du soir, voulait que je fasse polytechnique. Il a été presque déçu que je choisisse HEC. » Elle s'amuse encore aujourd'hui de cette « trahison ». Pourtant, elle est restée fidèle à la tradition familiale, qui valorisait l'éducation, en particulier les maths et les sciences - et le mérite. Elle l'applique toujours avec ses propres enfants, en veillant à donner autant d'ambition à sa fille qu'à ses deux garçons.

Entrée chez McKinsey à l'occasion d'un stage, il y a dix-sept ans, elle y retrouve ces valeurs d'apprentissage et de méritocratie qui lui sont chères : « L'équité est pour moi dans l'ordre des choses », affirme-t-elle. À un tel point qu'elle n'a pas réalisé qu'être une femme pouvait être plus compliqué pour une carrière : « La conscience d'être une femme ne m'est venue que progressivement, dit-elle. Personne, dans mon métier, ne m'avait fait remarquer que j'en étais une. » C'est à la naissance de son premier enfant qu'elle comprend que la vie professionnelle d'une femme pouvait s'avérer difficile, en particulier pour celles ayant des fonctions opérationnelles ou exécutives. Son instinct la pousse alors à tenter de comprendre et lever les freins auxquels sont confrontées les femmes. Elle a ainsi identifié très vite que les CV des jeunes candidats étaient plus souvent sélectionnés par le cabinet, du fait qu'ils comportaient un séjour à l'étranger, résultat d'un stage équivalent au service militaire, ou qu'il était difficile de retenir les femmes de retour de congé maternité sans aménagement d'horaires.

Sandrine Devillard, soutenue par le cabinet, imagine alors des solutions, propose des mesures pour éliminer ces biais et met en place un véritable programme de développement dédié, qu'elle conduit aujourd'hui au niveau mondial. « Résultat, alors qu'il n'y avait aucune femme directeur associé du cabinet en France il y a dix ans, il y en a huit aujourd'hui, un exemple pour la profession ! » s'enorgueillit-elle. Pas question d'en rester là. Ce qu'aime cette battante, c'est « avoir un impact », voire « changer le monde ». Elle lance, en 2007, l'idée de réaliser « Women Matter », une étude visant à documenter le statut des femmes et leur évolution dans les entreprises. Le thème fait mouche. Depuis, McKinsey publie tous les ans un nouveau « Women Matter ». Avec la même ambition de la part de Sandrine Devillard : changer le monde.