"Le discours contre le livre numérique est un combat d'arrière-garde"

Par Isabelle Lefort  |   |  397  mots
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Entretien avec Danielle Cillien Sabatier, directrice générale de la Librairie Galignani

La librairie Galignani est l'écrin des livres de l'élite parisienne, des créateurs aux designers, en passant par les écrivains et les étrangers en visite à Paris. Chacun aime à pénétrer dans ce repaire aux milliers de références, réputé pour ses livres d'art comme pour son rayon anglo-saxon. Installée depuis 1801 sous les arcades de la rue de Rivoli, la librairie est célèbre depuis 1597, avec la publication du « Geographia » de Ptolémée. Et, fait exceptionnel, elle appartient toujours à la famille des Jeancourt-Galignani. C'est en 2009 que Danielle Cillien Sabatier prend le poste de directrice générale. Née Luxembourgeoise, elle incarne la force tranquille. Elle a grandi en Côte d'Ivoire. Diplômée de l'Essec, son parcours professionnel l'a conduite dans les médias, de France 2 au « Parisien », de la pub au marketing en passant par l'édition chez Emap. « Lorsque le chasseur de tête m'a promis la plus belle librairie de Paris, c'était un rêve. Depuis mon enfance, je vis avec les livres. » À son arrivée, Galignani a tout de la belle endormie. Il faut remettre à plat les services et redonner tout son lustre au lieu. Comment ? En multipliant les événements, avec des signatures prestigieuses, de John Irving à Karl Lagerfeld pour « Chanel, sa vie », mais aussi en décrochant des marchés publics (comme le ministère de la Culture) et privés (comme le Mandarin oriental). Chose inédite, le catalogue de Beaux Livres à Noël dernier a fait un carton. Résultat ? Alors que le panier moyen d'une librairie de premier niveau a baissé de 17 euros à 15 euros de 2010 à 2011, celui de Galignani a bondi de 43,83 euros à 49,67 euros. Quant à la fréquentation, elle varie de 350 à 750 personnes par jour, avec un taux de transformation en acheteurs de 40 à 70 %. « Pour réussir, nous travaillons en étroite collaboration avec les libraires, nos clients leur sont fidèles. C'est un public éclairé. À partir du 10 juin, nous allons leur proposer en plus de notre catalogue numérique, via la plate-forme ePagine (80.000 livres à fin juin). Certains clients avertis, en fonction de leur emploi du temps, achèteront leur livre en papier, ou numérique, voire les deux, selon qu'il s'agisse d'essai, de littérature ou de beaux livres. Le discours contre le livre numérique est un combat d'arrière-garde. Galignani a depuis toujours anticipé son époque, nous allons continuer. »