"La clé du succès en Chine ? Ne pas payer de dessous de table"

Par Isabelle Lefort  |   |  409  mots
Copyright Reuters (Crédits : m-restaurantgroup.com)
Entretien avec Michelle Garnaut, présidente des M restaurants group en Chine, présidente du jury des Cartier Women's Awards

Michelle Garnaut a l'esprit aventurier. Il y a vingt-cinq ans, quand cette Australienne débarque à Hong Kong, elle doit y rester quelques jours. Mais, de par les hasards de la vie, elle s'y installe. « J'étais alors la seule femme chef en cuisine. Après avoir travaillé pour des hôtels, j'ai ouvert en 1989 mon premier restaurant M at the Fringe. L'idée était simple : créer un lieu sympathique, avec une très bonne cuisine. » Un bistrot à la « fusion food », comme on en trouve déjà alors à Sydney et Melbourne et que l'Europe bientôt adoptera.

Les cassandre, lui prédisent le pire. M devient « le » restaurant à la mode. « Dans les années 1990, le monde entier venait à Hong Kong, le succès a été immédiat. » Très vite, les investisseurs l'incitent à ouvrir un autre lieu ; mais Michelle ne veut pas se précipiter. « Je voulais faire bien les choses, prendre le temps. J'ai envisagé Singapour mais c'est un pays très dur sous des dehors très policés. Ici, en Chine, la loi est répressive, mais les règles sont claires. »

En 1996, le Peace Hotel l'invite à Shanghai en « guest » chef. Elle découvre le « Bund », ses immeubles longeant la rivière Huangpu encore noirs de pollution et ses embouteillages permanents. « Tout le monde me déconseillait d'ouvrir ici. ?Personne ne viendra... Ce sera un enfer avec les autorités...?, me répétait-on. Je n'ai jamais payé de dessous de table, j'ai toujours travaillé dans les règles. Contrairement à ce que certains pensent, c'est la clé du succès en Chine. En 1999, quand j'ai découvert cette terrasse qui donnait sur Pudong en pleine effervescence, j'ai su que c'était le lieu parfait. »

Une nouvelle fois, Michelle a raison. La « movida » shanghaienne se passe chez elle. Au Glamour Bar qui ouvre en 2002, les fêtes et les dîners ne finissent jamais. Pékin a depuis accueilli un autre M. Bientôt peut-être un troisième ouvrira à Hong Kong. Présidente du jury des Cartier Women's Award pour l'Asie-Pacifique, elle participera à Deauville au Women's Forum dès le 13 octobre pour soutenir les finalistes qu'elle a identifiées avec l'Insead et McKinsey. Engagée, elle ne manquera pas d'y parler aussi de Village People pour aider les Chinoises qui, dans les campagnes, survivent dans un extrême dénuement. Elle le sait, les bienfaits du boom économique ne sont pas encore arrivés jusqu'à elles.