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Le parti d'extrême droite allemand AfD placé sous surveillance

reuters.com  |   |  506  mots
Le parti d'extreme droite allemand afd place sous surveillance[reuters.com]
(Crédits : Michele Tantussi)

par Andreas Rinke

BERLIN (Reuters) - Les services de renseignement intérieurs allemands ont placé sous surveillance le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (Alternative für Deutschland, AfD), le soupçonnant d'actions possiblement contraires à la Constitution du pays, a-t-on appris mercredi d'une source informée de la décision.

L'AfD, formation anti-immigration selon ses propres termes, est le premier parti visé par cette mesure depuis la Seconde Guerre mondiale.

Alternative pour l'Allemagne est entré au Bundestag en 2017, porté par le mécontentement d'une partie de l'électorat vis-à-vis de la politique migratoire du gouvernement d'Angela Merkel, qui avait décidé d'accueillir plus d'un million de réfugiés lors de la crise de 2015. Les autres partis allemands dénoncent son discours qui contribue selon eux à un climat de haine encourageant des actes de violence contre les migrants.

La décision de l'Office fédéral de protection de la Constitution (BfV) fait suite à l'examen pendant deux ans du programme politique de l'AfD. Elle permettra aux services de renseignement de placer des membres de l'AfD sur écoutes et d'examiner les financements du parti.

Contactée par Reuters, une porte-parole du BfV n'a pas souhaité commenter l'information, tandis que l'AfD laissait éclater sa colère.

"Le programme est clair. D'abord nous avons été un 'cas d'enquête', maintenant nous sommes un 'cas suspect' sous surveillance et ensuite, il y aura une requête pour interdire le parti. Mais grâce à Dieu, ce sera une décision de la Cour constitutionnelle et non du BfV", a déclaré sur Twitter Alexander Gauland, le chef du groupe parlementaire AfD.

Lors d'une conférence de presse, Gauland et Tino Chrupalla, autre dirigeant de l'AfD, ont dit avoir appris la décision, révélée par l'hebdomadaire Der Spiegel, par les médias. Ils ont accusé le BfV de vouloir nuire à ses chances lors des élections législatives fédérales de septembre prochain.

RECOURS EN JUSTICE

L'AfD est devenu le troisième parti représenté au Bundestag lors des précédentes législatives de 2017, avec 12,6% des voix, mais ses intentions de vote ne s'établissaient plus qu'à 9% environ dans de récents sondages.

Le parti, hostile aux mesures de confinement mises en place pour lutter contre l'épidémie de coronavirus, est notamment miné par des divisions internes.

L'AfD a obtenu devant la justice le droit de ne pas être qualifié publiquement par le BfV de parti soumis à une enquête, en faisant valoir que cela le désavantagerait en cas d'élections. Une autre procédure est en cours pour tenter de mettre fin aux investigations des services de renseignement.

Le mois dernier, le BfV s'est engagé devant le tribunal administratif de Cologne à ne pas surveiller d'élus nationaux ou régionaux de l'AfD ni d'eurodéputés appartenant à la formation, ce qui pourrait suggérer que la surveillance formelle ne sera pour l'heure limitée qu'à des membres de rang subalterne du parti.

(version française Jean-Stéphane Brosse, édité par Jean-Michel Bélot)