Ascoval : quelles chances de survie pour l'aciérie ?

Par Gaëtane Deljurie et Olivier Mirguet  |   |  968  mots
Le 22 octobre, Vallourec a officiellement refusé de soutenir le projet de reprise d'Ascoval par Altifort, spécialiste des pièces de haute précision basé dans la Somme et candidat a priori le mieux placé parmi les repreneurs. (Crédits : Benoit Tessier)
En redressement judiciaire depuis janvier dernier, le sort de l’aciérie Ascoval à Saint-Saulve près de Valenciennes (281 salariés), est désormais entre les mains du tribunal. Lors de l’audience de ce mercredi 24 octobre au matin, les juges ont reporté l’audience au 7 novembre. Le dossier reste politiquement brûlant.

Dès l'annonce du renvoi de la décision au 7 novembre, les représentants des salariés dépêchés à Strasbourg ont élaboré leur plan de bataille. « On va mettre la pression sur Vallourec en bloquant les voies ferrées pour empêcher l'expédition des marchandises. Notre message est clair : Vallourec doit revenir à la table des négociations », a prévenu Olivier Burgnies, délégué syndical CFDT et représentant des salariés devant le tribunal de grande instance de Strasbourg.

Les quatre délégués du personnel présents à Strasbourg ont reconnu que l'arrêt de la production décidé à Saint-Saulve ne pourrait pas durer au-delà de la semaine prochaine, surtout en période de redressement judiciaire.

« Dans l'immédiat, nous voulons provoquer une réunion en présence des banques privées, de la BPI et de Vallourec. Si possible, dès la fin de cette semaine », annonce Olivier Burgnies. « On ne sait pas trop qu'attendre de l'État, on a juste l'impression qu'il suit les humeurs de Vallourec », poursuit-il. « Tout cela transpire de mauvaise foi. On veut que Vallourec revienne en tant qu'actionnaire, pas en tant que démolisseur ».

Vallourec, pièce maîtresse

Vallourec devient ainsi la pièce maîtresse dans ce dossier de reprise d'Ascoval à la barre du tribunal. Car historiquement, Ascoval était l'aciérie de Vallourec. Lors de sa reprise en janvier dernier par Schmolz + Bickenbach, l'aciérie avait été mise de côté car le groupe suisse a préféré faire travailler ses sites outre-Rhin. Ascoval possède pourtant un vrai savoir-faire dans les tubes sans soudure : avec ses 245.000 m² et et près de 150 millions d'euros d'investissement cumulés au cours des dix dernières années, Ascoval est taillée pour couler entre 250.000 à 500.000 tonnes par an.

Face au destin suspendu d'Ascoval, s'en est suivie une vaste mobilisation syndicale et politique autour d'un projet de reprise, autour de Xavier Bertrand, président de la région des Hauts-de-France (ex-LR) qui n'a jamais manqué une occasion de monter au créneau. Pendant la phase de recherche d'un repreneur, le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire avait négocié un accord "take or pay", le client historique Vallourec et Schmolz + Bickenbach s'engageant à maintenir un niveau de commandes d'acier pour sauvegarder l'activité.

Refus de soutenir Altifort

Pourtant, le 22 octobre, Vallourec a officiellement refusé de soutenir le projet de reprise d'Ascoval par Altifort, spécialiste des pièces de haute précision basé dans la Somme (65 millions de chiffre d'affaires en 2017 pour 320 salariés) et candidat a priori le mieux placé parmi les repreneurs (le groupe iranien Boost étant coincé par les taxes sur l'acier imposé par les États-Unis et une troisième candidature surprise étant arrivée en dernière minute de Pascal Cochez, un industriel du Valenciennois, rapportait La Voix du Nord dans son édition du 23 octobre). Altifort est un jeune groupe industriel franco-belge qui mène une politique d'expansion rapide : il a notamment repris deux autres sites de Vallourec à Cosne-sur-Loire (Nièvre) et Tarbes (Hautes-Pyrénées). Son objectif : constituer une chaîne d'aciérie complète.

Sauf que son montage financier (et l'accord des banques) reposait en grande partie sur une négociation avec Vallourec : le groupe sidérurgique devait céder deux bâtiments pour accueillir un train à fil (une machine destinée à fabriquer des produits livrés en couronnes) mais aussi garantir d'acheter pendant 18 mois un certain volume d'acier, avec des prix 30% supérieurs à ceux du marché.

Investisseurs hypothétiques ?

Avec la reprise du passif de 12 millions d'euros, Vallourec aurait ainsi dû débourser 51 millions d'euros, soit une aide « contraire à la préservation des intérêts du groupe », soulignait le leader mondial des solutions tubulaires dans un communiqué pour justifier son refus, estimant par ailleurs que le tour de table n'était aujourd'hui constitué que « d'hypothétiques prêteurs et investisseurs ». En clair, Vallourec semble préférer payer la liquidation d'Ascoval et de ses 281 salariés.

« Vallourec ne peut pas se laver les mains de salariés qui étaient les siens, la dignité, ça compte en économie », a rappelé Bruno Le Maire sur RTL ce matin, annonçant au passage que l'État était prêt à mettre « un euro d'argent public pour un euro d'argent investi. »

Car c'est un autre grain de sable dans le dossier : Altifort propose une reprise d'Ascoval à 140 millions d'euros, soit « des besoins de financement du projet largement sous-évalués », avait avancé Vallourec. Une position confortée par le ministre ce matin : « Altifort propose 10 millions d'euros là où nous estimons qu'il faudra investir 200 millions d'euros. »

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L'État est aussi actionnaire

Reste que l'État, toujours actionnaire de Vallourec à 16% du capital via BPI, porte une responsabilité dans la décision. Et que Bruno Le Maire avait tout misé sur l'option d'un accord de Vallourec... Un jeu de chaises musicales qui fait dire à Xavier Bertrand que « l'État et Vallourec sont en train d'assassiner Ascoval ». Le président de Région n'a pas manqué de souligner qu'Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie en juin 2015, avait lui-même considéré que cette aciérie était « au plus haut niveau de qualité et de qualification ».

En attendant la décision du 7 novembre, une nouvelle réunion avec les élus, les représentants des salariés, la direction d'Ascoval, les administrateurs judiciaires et le repreneur potentiel devrait être organisée dans les prochains jours.

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Par Gaëtane Deljurie et Olivier Mirguet, respectivement correspondants pour La Tribune dans les Hauts-de-France et le Grand Est.