Boues rouges dans les calanques : Ségolène Royal s'en prend à Matignon

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Il y a plusieurs mois, la demande d'une poursuite des rejets par l'usine avait déclenché la colère de plusieurs associations de défense de l'environnement et de riverains, qui dénoncent depuis des années la toxicité des boues rouges.
Il y a plusieurs mois, la demande d'une poursuite des rejets par l'usine avait déclenché la colère de plusieurs associations de défense de l'environnement et de riverains, qui dénoncent depuis des années la toxicité des boues rouges. (Crédits : © POOL New / Reuters)
Le préfet de la région Paca a autorisé l'industriel Altéo à poursuivre ses rejets en mer encore pendant six ans. Ségolène Royal déplore "une mauvaise décision" dictée, selon elle, par Matignon.

Nouvelle controverse à l'intérieur de l'exécutif. Une décision du préfet de la région Paca rendue publique mardi 29 décembre, autorisant la poursuite d'activité de l'industriel Altéo et les rejets en mer, pour 6 ans, d'effluents aqueux dans le parc des Calanques (Bouches-du-Rhône), a en effet provoqué la protestation de Ségolène Royal.

"L'ordre est venu du Premier ministre au préfet, direct", a déclaré à l'AFP la ministre de l'Ecologie, qui s'était déjà exprimée sur le dossier fin novembre. Et d'ajouter:

"Je désapprouve cette décision, je n'ai pas du tout changé d'avis, je pense que c'est une mauvaise décision qui est essentiellement suscitée par le chantage à l'emploi".

Le préfet "a signé le lundi 28 décembre 2015 un arrêté autorisant la société Altéo à continuer à exploiter à compter du 1er janvier 2016 ses usines sur le site de Gardanne et autorisant, pour une durée de six ans, le rejet dans la mer d'effluents aqueux dépassant les limites réglementaires", avait annoncé un peu plus tôt la préfecture de Paca.

Les effluents liquides sont-ils comme les boues rouges?

Depuis près de 50 ans ce site de production d'alumine (qui sert à fabriquer de l'aluminium), situé à Gardanne, près d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), bénéficie d'un droit d'expédier en mer des résidus, à 7 km au large de Marseille et Cassis. Plus de 20 millions de tonnes de boues rouges ont été ainsi déversées sur les fonds marins de la fosse de Cassidaigne. Il y a plusieurs mois, la demande d'une poursuite des rejets par l'usine avait déclenché la colère de plusieurs associations de défense de l'environnement et de riverains, qui dénoncent depuis des années la toxicité des boues rouges.

Celles-ci seront interdites au 1er janvier 2016.  Altéo affirme d'ailleurs ne plus avoir besoin de déverser de tels rejets solides, mais uniquement des effluents liquides, grâce à une amélioration de son procédé de production. Dans un communiqué, Frédéric Ramé, le président de la firme, souligne: "Un premier défi a été relevé, arrêter le rejet des boues rouges avant le 1er janvier 2016". Avant de promettre :

"Nous entendons relever un second défi, celui de la qualité des rejets liquides d'ici au 31 décembre 2021".

Pour Altéo, la décision préfectorale, qui "confirme l'arrêt définitif de tout rejet de boues rouges en mer" et "permet le maintien de l'activité industrielle de l'usine", va justement "permettre à l'usine d'engager les recherches et développements pour améliorer la qualité des rejets liquides".

"Une pollution dangereuse pour la santé"

Mais les ONG ne sont pas rassurées. "Il s'agit de rejets d'effluents liquides, chimiques, toxiques et radioactifs, c'est toujours le dossier des boues rouges, même si les rejets n'en n'ont plus la couleur", a indiqué à l'AFP Alain Matési, président de l'association "CoLLecT-IF environnement". Une analyse partagée par Ségolène Royal, qui a souligné:

"Les dernières enquêtes de l'Anses publiées il y a quelques jours ont bien montré qu'à l'endroit des rejets, il y avait une contamination beaucoup plus forte, notamment en mercure, une pollution dangereuse pour la santé".

Denez L'Hostis, président de France Nature Environnement, précise pour sa part que "l'enjeu de la période actuelle est qu'on dépasse les seuils légaux de rejets pour trois éléments, notamment l'arsenic et l'aluminium", car Altéo "ne sait pas encore filtrer tous les éléments toxiques avant de les rejeter en mer". Les défenseurs de l'environnement craignent par ailleurs qu'une nouvelle autorisation de rejets ne remette en cause le statut même du Parc national des Calanques, une aire de protection créée en 2012.

En espérant "qu'il y aura des recours pour que toute la clarté soit faite", Ségolène Royal a promis: "Je vais mettre en place des surveillances pour être sure qu'au bout de deux ans, il n'y ait pas une reconduction laxiste du processus".

"Il va falloir continuer à réfléchir à une mutation de site", a ajouté la ministre.

Un cas "relativement classique de désaccord entre deux cabinets ministériels"

Matignon est pour sa part intervenu mardi soir, en déclarant à l'AFP que la décision du préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur était fondée sur l'avis d'une commission indépendante et non sur intervention du Premier ministre, Manuel Valls.

"Le Conseil supérieur de prévention des risques technologiques (CSPRT) - un conseil indépendant composé d'experts rattachés administrativement au ministère de l'Ecologie - a planché le 22 décembre et a soumis l'arrêté d'autorisation au vote", a-t-il expliqué.

La réunion s'est conclue par "un vote assez large d'une autorisation pour six ans du processus industriel proposé par Altéo" et le préfet a suivi cet "avis consultatif", selon Matignon, qui a encore précisé:

"Il n'y a pas eu d'ordre du Premier ministre au préfet. La procédure est claire. Matignon, qui suit ce type de dossier complexe, a confirmé au préfet qu'il n'y avait pas d'objection à suivre l'avis de la commission d'experts".

Pour les services du Premier ministre, il s'agit d'"un cas relativement classique de désaccord entre deux cabinets ministériels, ceux de l'Economie et de l'Ecologie". "La décision du préfet se fait sur le fondement d'avis de commissions dans ce genre de dossiers", a-t-on précisé.

Lorsque, il y a une dizaine de jours, attendant un dernier avis pour prendre son arrêté, le préfet de Paca avait déjà annoncé qu'il était favorable à la poursuite d'activité de l'usine, il avait expliqué: "c'est la position du gouvernement et je l'applique".

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Commentaires
a écrit le 31/12/2015 à 12:02 :
Les poissons votent pas + les ecolos sont inaudibles
on s'en fout
a écrit le 31/12/2015 à 11:17 :
SI LETAT ET LE DEPARTEMENT VEUT SAUVEZ SES EMPLOIS ILS DOIVENT CONTRUIRES DES STATIONS D ERATIONS AUSSI BIEN POUR CETTE USINE QUE POUR LES EGOUT DE LA VILLE? QUE FONT LETAT ET LA REGION DES IMPOTS DES FRANCAIS? ET C EST VALABLE POUR TOUTE LES USINES POLLUENTE ? CAR NOUS MANGEONS TOUS DES PRODUITS DE LA MER???
a écrit le 31/12/2015 à 10:37 :
Si l'on comprend bien

Manuel Carlos Valls Galfetti né le 13 août 1962, dans le quartier d'Horta à Barcelone. Naturalisé français en 1982, ............... organise la pollution en France,

In finé, Manuel Carlos Valls Galfetti né le 13 août 1962, dans le quartier d'Horta à Barcelone. Naturalisé français en 1982, ............... est délibérément LA pollution qui va tuer le PS et tuer les enfants de la France.
Réponse de le 01/01/2016 à 19:21 :
"Manuel Carlos Valls Galfetti né le 13 août 1962, dans le quartier d'Horta à Barcelone. Naturalisé français en 1982, ." Ce n'est pas la première fois que vous nous sortez l'extrait de naissance de Valls et cela est devenu lourdingue . L'effet escompté a disparu et d'ailleurs qu'elle est l'effet escompté?le haïr à cause de ses origines? Vous êtes à côté de la plaque...dommage
a écrit le 31/12/2015 à 9:56 :
on condamne les agriculteurs breton pour les algues verte
et en meme temps ont dresse un tapis rouge
pour les boues en mediteranne
bienvenue en hollandie et cop 21
tous ne vivent pas dans le meme pays
encore un decalage de liberte signe la hollandie
de pays des copins coquins..
a écrit le 31/12/2015 à 8:33 :
Et si l'on parlait des rejets des égouts de Marseille, Cassis et la Ciotat sans quasiment aucun traitement en plein parc national ? Mais là il s'agit de l'incompétence crasse de Deferre puis de Gaudin, alors entre politiques on ferme les yeux.
a écrit le 31/12/2015 à 8:10 :
SCANDALEUX
...allons tous trier gentiment nos déchets
a écrit le 31/12/2015 à 1:12 :
Voilà Ségolène qui s'émeut... Sur des sujets de second ordre. Par contre en ce qui concerne la COP 21 je ne me souviens pas l'avoir entendu...
Je pense que Matignon et l'Elysee lui ont demandé de rester à l'écart....et maintenant elle se venge ! A Ego quand tu nous tiens.
a écrit le 30/12/2015 à 19:06 :
Pour ce genre de rejets dans l'environnement, il y a des normes à respecter. Le sont-elles ou pas? Le reste n'est que de la politique.
On peut supposer qu'elles le sont, le Préfet a certainement diligenté un stock d'analyses et s'il donne l'autorisation, c'est que ces normes sont respectées.
Nota: les normes européennes dans ce domaine sont assez basses mais peut-être pas assez pour l'écolo de service.
a écrit le 30/12/2015 à 16:44 :
Ce que ne comprend pas Mme Royale elle est la pour un souvenir de nuits inoubliables!!!! elle refuse pour son amour propre de penser que sa présence dans un gouvernement n'est pas due à ses compétences mais plus à son côté nuisible hors ministère . La COP 21 a montré qu'elle était la ministre de l'écologie sur un strapontin et pour cause en plus de sa nullité en tout, elle est capable des pires bourdes. Dire que le contribuable paie ce parasite politique, sa consolation elle n'est pas la seule dans ce cas.
a écrit le 30/12/2015 à 16:13 :
La capacité de notre "bon" gouvernement à prendre des mesures consensuelles et à déminer en interne les problèmes délicats est merveilleuse. Merci encore pour le spectacle, et ce pugilat permanent !!!
a écrit le 30/12/2015 à 15:35 :
bonjour
et bien il est beau le cop21 bien sur il faut protégé l emploie mais ni a t il pas d autres endroit pour mettre ces déchets toxiques .et bien je plein ceux qui se baigne dans une mer aussi pollué il sont ou les écolos? coucou ou est te vous
a écrit le 30/12/2015 à 13:47 :
Elle est formidable la Ségo du Poitou, d'abord elle ne sait pas estimer sa maison de Mougins, ne connait pas le prix du ticket de métro ou de la baguette de pain, ensuite elle dit "essentiellement suscitée par le chantage à l'emploi". Pour une élue qui ne risque pas de se retrouver sans ressource et au chômage face à des agents de pôle emploi un peu paumés par la situation. Je me demande comment elle irait expliquer aux 400 salariés d'Alteo que sa vision des choses c'est avant tout de sauver l'environnement. Mais l'environnement sans être humains capables de subsister à leurs besoins, c'est quoi? Le pire c'est qu'elle va avoir un porte-feuille en or avec le prochain remaniement de tout mou 1er en 2016. Tenir jusqu'en mai 2017 et ensuite on les chasse à grand coup de pied au derrière !!!
Réponse de le 30/12/2015 à 17:23 :
C'est vrai, quoi, il y en a marre de voir sans cesse supprimer des emplois, dans la fabrication de l'amiante, dans le rejet des boues dangereuses, dans les règlementations diverses et variées qui contrarient le commerce et l'emploi. Pour compléter le raisonnement de mike, continuer à détruire l'environnement serait bon pour l'emploi ... des survivants.
bonne et heureuse année
a écrit le 30/12/2015 à 12:54 :
Marrant cett histoire de boues rouges qui viennent polluer...On ne peut s'empêcher d'y voir une métaphore avec les débats qui agitent la "gauche" actuellement...C'est un bon résumé du psychodrame actuel
a écrit le 30/12/2015 à 12:06 :
cacophonie , déni de concertation ,manipulation d'une expertise d'une "commission prétexte ", bref,toute la panoplie d'un passage en force anti-démocratique dont est coutumier Manolo Vocifero .
et en plus il veut donner des leçons d'exemplarité républicaine !

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