Croissance : vers un second semestre plus dynamique ?

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La prévision 2016 de Bercy est-elle atteignable ?
La prévision 2016 de Bercy est-elle atteignable ? (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2010. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Après un début d’année encourageant, l’activité économique s’est brutalement tassée au printemps. Et après ? Les dernières enquêtes de conjoncture sont mi-figue mi-raisin. La préparation du projet de loi de finances 2016 pourrait s'avérer plus délicate que prévue.

Les sourires se figent à Bercy. Après un premier trimestre dynamique, au cours duquel le PIB a augmenté de 0,7 %, la croissance a stagné au deuxième, surprenant la plupart des économistes et notamment l'Insee qui visait une augmentation de 0,3 % du PIB. En cause ? Le tassement de la consommation des ménages qui est le seul moteur de la croissance, tant que le commerce extérieur et l'investissement restent dans le rouge. En effet, en dépit d'une hausse de 0,4 % en juin, la consommation a reculé de 0,1 % entre avril et juin. La production industrielle a reculé de 0,7 % sur la période.

La mesure de la croissance en question

La performance observée au premier trimestre peut-elle se répéter ? Ce serait formidable, même s'il faut rappeler que celle-ci s'expliquait essentiellement par la révision à la baisse de la croissance au quatrième trimestre 2014, et par une forte variation positive des stocks. De fait, si ce 0,7 % constituait facialement une bonne nouvelle, sa composante n'était pas véritablement porteuse d'espoirs, notamment pour les chômeurs. Une statistique encourageante ne témoigne pas forcément d'une véritable accélération de l'activité. Le débat sur la mesure de la croissance n'est pas prêt de s'achever.

Le second semestre sera-t-il plus amène ? Manuel Valls, le Premier ministre y croit. "Aujourd'hui, la croissance est là ; c'est ainsi que nous ferons baisser le chômage. Oh pas de triomphalisme ! Il y a les incertitudes de la crise financière asiatique. Mais il y a aussi des facteurs positifs : la croissance américaine, la baisse du prix du pétrole, ce qui est bon pour le pouvoir d'achat, la baisse des taux d'intérêt, la baisse de l'euro - bonne pour nos exportations - grâce à la politique favorable de la BCE pour laquelle nous nous sommes battus. Les premiers résultats sont là. Ils sont encore insuffisants pour combattre le désespoir de nombre de nos concitoyens, mais suffisants pour affirmer que nous sommes sur la bonne voie, pour raviver l'espoir, pour réussir ", a-t-il déclaré aux militants socialistes à La Rochelle dimanche lors de son discours de clôture de l'université d'été du Parti socialiste.

Pourtant, les dernières statistiques ne permettent pas encore de l'affirmer tant elles sont contradictoires. Certes, en août, le climat des affaires mesuré par l'Insee n'a jamais été aussi bon depuis l'été 2011. Dans le secteur manufacturier, le climat des affaires est également en hausse. Seul le secteur du bâtiment reste plombé par la morosité.

L'investissement ne sera pas aussi élevé que prévu

Pourtant, en dépit de cette amélioration de l'environnement, des allègements de charges contenues dans le Pacte de responsabilité et la montée en puissance du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), l'investissement reste en panne. Une fois de plus, les chefs d'entreprises ont révisé à la baisse leurs prévisions d'investissement établies en début d'année dans l'industrie manufacturière. Rappelons-nous, en janvier, les chefs d'entreprises prévoyaient d'augmenter leurs investissements de 7 % ! En juillet, ce n'est plus qu'une augmentation de 2 % qui est attendue, en dépit de la faiblesse des taux d'intérêt et des mesures annoncées en avril par le gouvernement, notamment celle portant sur le suramortissement, censées stimuler l'investissement. De fait, celui-ci sera moins élevé cette année qu'en 2014, année au cours de laquelle il avait progressé de 3 %...

Quant au commerce extérieur, il est chroniquement déficitaire. Le faible niveau de l'euro face au dollar et la chute des matières premières, parmi lesquelles le pétrole, n'ont pas provoqué le coup de fouet escompté sur l'export. " L'amélioration du solde commercial de 5,3 milliards d'euros, soit - 21,7 milliards d'euros au premier semestre 2015, vient surtout de l'allègement de la facture énergétique ", expliquent les Douanes.

Dans ce contexte, établie à 1 %, la prévision de croissance du gouvernement est-elle encore réaliste. Il faudrait une véritable panne de l'économie pour que cet objectif ne soit pas atteint, l'acquis de croissance fin juin s'élevant à 0,8 %.

Un projet de loi de finances délicat à élaborer

Pour une fois, le gouvernement a eu raison de ne pas céder à la tentation de la relever, dans l'euphorie des chiffres du premier trimestre. Pour l'instant, la plupart des économistes et des institutions, telles l'Insee et la Banque de France, visent une augmentation de 1,2 % du PIB cette année. En revanche, cette incertitude conjoncturelle complique la tâche du ministère des Finances qui peaufine actuellement le projet de loi de finances 2016.

Si la croissance continue à hoqueter, l'activité progressera-t-elle de 1,5 % comme l'espère le gouvernement ? C'est en tout cas l'objectif fixé par le Pacte de stabilité et de croissance que la France a présenté à Bruxelles au printemps. Si cet objectif n'est pas atteint, c'est toute la stratégie économique de l'exécutif qui est menacée. Comment parvenir à réduire le déficit public à 2,7 % du PIB en 2017 ? Comment financer les 50 milliards d'euros d'économies prévues par le Pacte de responsabilité ? Comment assumer, sans recourir à l'endettement, les baisses d'impôts promises ?

Surtout, comment parvenir enfin à réduire le chômage alors que le nombre de chômeurs continue d'augmenter de mois en mois. Avant la publication des chiffres de la croissance au deuxième trimestre, les économistes tablaient sur un arrêt de la hausse du chômage à la fin de l'année avant sa décrue mi 2016. Désormais, ces prévisions sont malheureusement plus fragiles. N'en déplaise au Premier ministre.

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Commentaires
a écrit le 02/09/2015 à 7:40 :
reconnaitre que les 0,7 % du 1 er trimestre étaient faux ( et dus à un transfer 2014/2015),c'est déjà un progrès ;
mais continuer comme Sapin ( lire son interview ) : 0,7 + 0,0 = 0,8 ....
c'a sent " la voix de son maitre " ;
quant à Valls : " aujourd'hui la croissance est là ..." : c'est la methode Coué !
...à moins que ce ne soit ...de l'intox ?
a écrit le 01/09/2015 à 16:22 :
Que vend-on à l'export? Des Airbus, mais quelle est la part française dans le prix de vente d'un avion? Des voitures, mais lesquelles? Renault fabrique au moins 80% de sa production à l'étranger. Ses seules réussites proviennent de Dacia qui est en chute libre en France. Nous sommes devenus des fabricants de services et non plus de produits finis, quelle est la valeur ajoutée dans ce cas? Ne sachant à quelle sauce nous allons être mangés, nous préférons remplir nos bas de laine plutôt que de consommer. si nous consommons, c'est le plus souvent des produits étrangers, c'est une chance de pouvoir profiter d'un euro faible et de sources d'énergie dont le prix a fortement baissé. Nous exportons de moins en moins de produits agro-alimentaires en raison de l'embargo russe.
Pour diminuer le chômage, il faut injecter de l'argent dans les industries nécessitant beaucoup de main d'oeuvre: travaux publics et bâtiment en particulier. Oui mais qui dit travaux publics nécessite l'argent de nos impôts. Quant au bâtiment, il est tellement facile de sous traiter à des entreprises étrangères et puis, il faut des clients, alors tant que les banques ne font pas d'effort et que les CDD sont chose courante, il y a peu de chance, hélas, que nous retrouvions ,un jour, le plein emploi (5 à 6 % de chômeurs).
a écrit le 01/09/2015 à 16:08 :
Je sais le mois de Juillet et le mois d'Août ne sont jamais favorable pour l'industrie à cause des vacances.
La contraction de l'activité dans le secteur manufacturier français s'est accentuée en août, selon les résultats définitifs de l'enquête mensuelle auprès des directeurs d'achat publiés mardi par Markit. L'indice global du secteur est revenu à 48,3, contre 49,6 un mois plus tôt, un niveau inférieur à la première estimation "flash" (48,6).

Deux pays du G7 sont rentrés en récession, le Brésil et la Canada.

Même Madame Lagarde, FMI, s'inquiète du freinage de la croissance mondiale. Les pays émergents sont fébriles. Les pays producteurs de matières premiers peuvent avoir de sérieux problèmes sociaux dû aux cours très bas. Comment tenir les promesses électorales, les aides et subventions? Comment vont-ils nous acheter nos produits si les rentrées financières sont en chute libres?
a écrit le 01/09/2015 à 11:46 :
Rien d'étonnant ; la loi Macron a fait 0,1% du boulot de déréglementation et de libéralisation qui serait nécessaire, et en plus on laisse des projets utiles comme NDDL, Roybon, Sivens, qui seraient porteurs de développement économique à terme et d'emplois immédiats pour leur réalisation être bloqués par quelques poignées de délinquants. Il n'y a plus un projet, public ou privé, qui ne fasse l'objet de recours et d'arguties juridiques, résultat pratique, tout devient lent et impossible. Il serait temps de poursuivre, au moins financièrement, les auteurs de procédures abusives lorsqu'in fine, ils sont déboutés.
a écrit le 01/09/2015 à 11:01 :
C'est quand même assez révélateur d'un pessimisme bien français de parler des variations de stock pour expliquer le +0,7% du T1...et ne pas dire ensuite que le +0% du T2 est AUSSI lié à ces variations de stock, mais dans l'autre sens.

Donc je le répète, hors variations de stock, la croissance au T1 est certes moindre qu'annoncée à +0,4% au lieu de +0,7...mais en revanche celle du T2 est à +0,4% aussi et non pas +0%.
Réponse de le 01/09/2015 à 11:48 :
lorsqu'on déstocke, ça veut dire que la production stockée antérieure a du mal à trouver preneur et qu'on a peu confiance dans une remontée de la demande dans l'avenir proche...
Réponse de le 02/09/2015 à 7:51 :
...impayable ...!
vous avez ( surement ) merité votre embauche à Bercy ...;
mais , hors variations de stock , la croissance de T 1 serait alors de 0% ...;
car on lit dans l'article que c'etait en parti du à une croissance POSITIVE des stocks ...alors !
vous parlez de " pessimisme bien français " ...une blague ? non ?
a écrit le 01/09/2015 à 10:35 :
Là, hormis allumer un cierge, comme d'habitude, il ne reste qu'un énième gros qe de la Chine histoire de maintenir ses bulles, ou un passage en taux négatifs de la fed. Sinon, j'aimerai avoir confirmation du vent d’inquiétude des gouvernements actuels...
a écrit le 01/09/2015 à 10:30 :
Les petits patrons ont enfin compris que les risques c'est pour eux,mais le bénéfice s'il y en a c'est pour l'état .Donc ils font le gros dos et de toute façon pour investir il faut de l'argent que l'entreprise n'a pas et la banque ne prête pas d'ailleurs pour vendre quoi et à qui ??
a écrit le 01/09/2015 à 9:34 :
Effectivement avec un matraquage fiscal pareil, la croissance du chômage pourrait être plus dynamique au second semestre. ( bâtiment entre autres).
a écrit le 01/09/2015 à 8:31 :
c'est aussi le son de cloche que j'ai sauf dans le batiment ou la c'est tres tres mauvais, mais finalement on se demande si ca peut encore etre pire!!! ;-))
apres, ft reconnaitre qu'il faut etre idiot pour avoir des projets ' pas rentables' , c'est a dire prendre des risques ou travailler comme un con pour que ce soit l'etat qui rafle la mise
l'urgence est a ne plus rien faire et a laisser filer, on verra ce que ca donne dans 20 ans, donc...
Réponse de le 01/09/2015 à 9:23 :
Cerise sur gâteau .... les banques ne prêtent pas d'argent pour les investissements industriels et commerciaux !
a écrit le 01/09/2015 à 8:02 :
Cher Gouvernement, utilisez à fond les talents de M.Valls et M.Macron et rendez nous service. lancer les réformes de fond. Les élections sont perdues, le chômage ne reculera pas, alors tant qu'à disparaitre, apparaissez comme ceux qui ont eu le courage de réformer en profondeur.
Réponse de le 01/09/2015 à 8:55 :
@Cafeine
Excellente remarque: le moment est opportun pour enfin effectuer les réformes en profondeur et réduire les coûts. Malheureusement, le soutien des députés est très fragile et l'utilisation du 49-3 a été modifié par notre ancien Président (ce qui partait d'un bon sentiment).
Si on le veut, on peut faire évoluer beaucoup de choses en un an et demi.
Pour le budget 2016, le gouvernement n'a qu'à choisir un taux de croissance de 0% (correspondant grosso modo à l'inflation), réduire le budget global (de ? %) faire, le cas échéant, des transferts entre ministères et s'y tenir.
Cordialement
Réponse de le 01/09/2015 à 9:21 :
Attendez vous qu'en dernière main perdu pour perdu il dissolve l'Assemblée Nationale et le tour sera joué???.
Réponse de le 01/09/2015 à 9:59 :
Oui difficile de faire les réformes. La gauche de la majorité y est opposé.....ainsi que l'opposition de droite. Il ne faut pas oublié que si la droite n'a rien fait en 10 ans de pouvoir (Chirac puis Sarkozy), c'est qu'elle n'est pas libérale ou réformatrice pour un sous. D'ailleurs ça me fait marrer quand j'entends certaines personnes naïves croire qu'en cas d'alternance en 2017 il y aura des réformes. Mouhahah!
Réponse de le 01/09/2015 à 11:21 :
cher cafeine ,merci pour votre humour au second degré!cela fait du bien.quand je pense aux bobo-libéraux qui vous répondent en prenant cela au premier degré!

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