Emmanuel Macron aux jeunes entrepreneurs : "Ne lâchez rien et n'arrêtez pas"

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Emmanuel Macron lors du #PLTJE, lundi soir.
Lundi soir, sur la scène du Grand Rex pour le forum "1.000 startups pour changer le monde" organisé par La Tribune, Emmanuel Macron a tenu un discours à même de galvaniser les énergies de ces jeunes créateurs d'entreprise qui vont faire l'économie de demain et qui, eux, "ne demandent rien" à l'Etat. Voici, in extenso, la retranscription de son allocution.

" Je tenais à venir vous voir et à avoir ce moment d'échange. On a besoin des entrepreneurs et l'on a besoin des jeunes entrepreneurs pour notre économie. On a besoin de votre envie, de votre ambition et de votre goût du risque. Ce goût du risque, c'est ce que vous portez. J'ai vu ces derniers mois des entreprises, des grandes, des moyennes et des petites. Il y a une chose qui m'a beaucoup frappé chez les entrepreneurs et les jeunes entrepreneurs en particulier, c'est qu'ils n'ont jamais rien à demander !

C'est une espèce extraordinaire : pour réussir à être un jeune entrepreneur, il faut savoir pousser dans tous les territoires. Il faut une telle force, une telle énergie, une telle passion qu'on n'a pas pris l'habitude de demander des choses. On sait forcer des portes, ça je l'ai bien remarqué, prendre son risque, insister, ne jamais s'avouer vaincu. Mais on n'a pas l'habitude de demander, ce qui est pourtant une manie française...

"La solution, c'est vous qui l'avez"

C'est formidable quand on est un ministre de la République. Je vais vous dire une chose : ne perdez pas cette habitude. Parce que, au fond, l'état d'esprit qui consiste à penser que les solutions sont chez l'autre, en particulier chez le gouvernement, ce n'est pas la bonne option. La solution, c'est vous qui l'avez.

Par contre, cet entêtement perpétuel, cette espèce de culot invraisemblable que je vois chez vous, cette envie de faire, ne la lâchez jamais. Ne changez rien. Celles et ceux qui entreprennent ont cette envie, cette petite chose en plus dont ce pays a besoin. Vous avez ce qu'on ne vous donnera jamais : l'envie, la confiance en vous. Vous allez vous tromper. Il y a peut-être la moitié d'entre vous qui va échouer. Et vous vous relèverez. Et vous serez plus forts.

Dans notre pays, trop souvent, on a stigmatisé celles et ceux qui à un moment tombaient. C'est une erreur. C'est la plus grosse, d'ailleurs. Vous vous relèverez et vous continuerez, vous tenterez autre chose. C'est cela l'énergie des jeunes entrepreneurs que vous êtes et c'est cela l'essentiel, c'est ce que moi je ne peux pas vous donner.

Le pays a besoin de vous. Il a besoin que vous preniez des risques. Il a besoin que vous ayez de l'ambition et qu'avec cette ambition, vous ayez le sens des responsabilités, que vous tiriez tous les autres avec vous. C'est cela le trésor que vous avez dans les mains.

 "L'État peut quand même aider, faire des choses..."

Je trouve que c'est formidable les soirées comme celles que vous faites ce soir parce que vous venez célébrer. Parce que nous sommes dans un pays où, trop souvent, on parle de ce qui ne marche pas. Et la valeur de l'exemple, de la réussite, la reconnaissance d'un risque qui a été pris, d'un obstacle qui a été franchi, il n'y a rien de plus fort pour entraîner tout le monde, pour entraîner une collectivité. Prendre des risques, aller vite, échouer parfois et puis rebondir, réussir, c'est cela les valeurs que vous portez et c'est cela qui nous tirera collectivement de l'avant.

Alors bien sûr, l'État peut quand même aider, faire des choses. D'abord, dans le financement. Il y a de plus en plus de financements privés et, moi, je m'en félicite. On organise les voies et moyens d'avoir un meilleur financement des startups en créant les bons véhicules, en valorisant l'allocation de l'épargne vers les startups et l'innovation, en mobilisant la Banque publique d'investissement en mobilisant les assureurs, les investisseurs institutionnels en créant le prêt participatif. On a donné un cadre juridique à l'automne dernier au crowdfunding des personnes physiques. On va le permettre aussi pour les personnes morales. Cela sera un changement pour vous. Dans les tout prochains mois, on pourra se prêter aussi entre entreprises.

"Il faut que les grands groupes et les ETI accompagnent ce mouvement"

Ensuite, il y a tout ce que l'État fait pour développer l'écosystème. Il sert de catalyseur. Le fait qu'il y ait des grands groupes et des ETI c'est fondamental, parce pour qu'il y ait des startups qui réussissent, qui aillent encore plus vite, il faut des grands groupes et des ETI qui prennent de plus en plus l'habitude de travailler avec elles, pour leur donner des contrats, les associer à leur croissance, les aider à réussir. Et puis parfois les racheter.

C'est ce nouvel acte dont nous avons besoin, sur lequel nous travaillons avec Axelle Lemaire, parce qu'il faut catalyser l'énergie que nous observons dans les territoires au travers de la French Tech. Il faut que les grands groupes et les ETI accompagnent ce mouvement, le portent à l'international et que toutes ces entreprises apprennent à travailler ensemble.

Et puis, il y a les talents à encourager. Et, là aussi, on va vous donner des moyens, plus de moyens, avec la réforme des bons de souscription d'entreprises et les actions de performances d'attirer les talents sans forcément les payer tout de suite, mais en les intéressant au capital. C'est ce que peut faire l'Etat pour vous, et c'est ce que ce gouvernement est en train de faire parce que nous reconnaissons ce que représentent les startups et les jeunes entrepreneurs.

Aujourd'hui, pour que notre économie réussisse, elle doit aller plus vite. Elle doit procéder à des changements parfois formidablement rapides et ambitieux. Les grands groupes le font aussi, mais ils sont parfois plus lourds, ils ont des contraintes, comme l'Etat d'ailleurs. Vous êtes légers, vous allez vite et vous avez une ambition folle, donc vous pouvez être les moteurs de ce changement. Ne lâchez rien, et n'arrêtez pas."

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Commentaires
a écrit le 17/04/2015 à 10:27 :
Très bon discours. j'adhère totalement. La création du statut d'auto-entrepreneur a permis de dé-diaboliser la situation.

Il reste maintenant aux média d'orienter plus encore leur journaux sur les difficultés et les succès des entrepreneurs plutôt que sur des profanateurs/violeurs etc... car ces derniers sujets sont anxiogènes et inutiles (parler de viols ne va pas diminuer leur nombre, une mention de 30 sec devrait être suffisante, pas toute une semaine dessus). Par contre il faut une réglementation pour cela, car le vulgus gallus va toujours vouloir s’enliser dans les nouvelles de ce type.
a écrit le 15/04/2015 à 16:31 :
C'est vous Mr le Ministre qui viendrez nous aider à tenir quand nous serons devant le mur de l'indifférence, au mieux, de la détestation, au pire, nous épuisant jour après jour, année après année, à faire entendre raison à ce qui n'en ont que faire? Je parle du quotidien des chefs d'entreprises, des créateurs, des indépendants. Ou ne tenez-vous ces discours que pour la galerie? Pour les français qui comprennent que la création d'entreprise est capitale, mais qui ignorent la réalité du quotidien parce qu'on falsifie depuis des années la réalité de l'entreprise par médias sous perfusion interposés?

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