Emplois non pourvus : pourquoi Gattaz exagère les chiffres

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Les estimations du patron des patrons sont presque deux fois supérieurs à celles de Pôle emploi.
Les estimations du patron des patrons sont presque deux fois supérieurs à celles de Pôle emploi. (Crédits : © Robert Pratta / Reuters)
Le président du Medef estime à 350.000 les offres d'emplois non pourvues et pointe une inadéquation entre la formation des candidats et les besoins des recruteurs.

De la baisse des impôts au non-plafonnement des indemnités prud'hommales, les combats de Pierre Gattaz sont loin d'être un secret. Pourtant, il en est un qui ne tombe pas sous l'évidence. Invité des matins de France culture mardi, le président du Medef a martelé que l'un des problèmes majeurs des petits patrons français est qu'ils "ne trouvent pas des gens à embaucher" (12'12'' sur le replay).

Le patron des patrons reporte la faute sur le système scolaire français, pointant "un décalage entre l'enseignement de certains métiers et ce qu'on cherche dans l'industrie notamment et dans les services". Pierre Gattaz va même jusqu'à affirmer que 350.000 postes restent non pourvus en France aujourd'hui. Ce qui n'est pas le cas si l'on se réfère aux statistiques de Pôle emploi.

191.000 offres non pourvues en France

Dans le paysage politique, jamais les voix ne se sont accordées sur le sujet. Au sein même de l'exécutif, les informations divergent. François Hollande parlait l'année passée de 150.000 emplois non pourvus, quand Manuel Valls avançait le chiffre de 300.000.

Publiée en avril dernier, l'étude de Pôle emploi sur "les offres difficiles à satisfaire" devrait mettre fin à ces querelles mathématiques. L'agence évalue à 191.000 le nombre d'offres d'emplois non pourvues, soit presque deux fois moins que le montant annoncé par Pierre Gattaz. L'estimation n'est pas uniquement basée sur les offres déposées à l'agence publique, mais bien dans la France entière.

Emplois non pourvus ne signifient pas emplois vacants

Ces approximations viennent souvent d'un problème de lexique. Les emplois non pourvus sont confondus avec les emplois vacants et mélangés avec les difficultés de recrutement estimées chaque année par Pôle emploi.

  • Emplois non pourvus :

Il s'agit des offres d'emplois clôturées sans qu'il n'y ait eu de recrutement. Autrement dit, après avoir déposé une offre et reçu ou non des candidats, une employeur décide de la retirer. Les raisons sont diverses. Le besoin de recrutement peut avoir disparu ou le profil recherché n'a pas été trouvé. La clôture de l'offre ne signifie pas que l'employeur cesse ses recherches.

  • Emplois vacants :

La définition est établie par Eurostat. Il s'agit des postes libres (nouvellement créés ou inoccupés) ou occupés mais sur le point de se libérer, pour lesquels l'employeur a engagé des démarches actives de recrutement. Ces données sont très volatiles, les études correspondent plus à une photographie qu'à une analyse de long terme.

En France on comptait au moins 180.000 emplois vacants en 2012, selon l'enquête de la Dares. Celle-ci exclut plusieurs secteurs de son calcul, notamment les emplois dans les administrations publiques et dans certaines associations.

  • Difficultés de recrutement :

En France, on estime qu'un recrutement prend autour d'un mois en moyenne. Parfois, le processus s'étale sur une période beaucoup plus longue à cause de difficultés de recrutement. Cela ne signifie pas qu'aucun contrat n'a été signé, simplement que l'employeur a mis du temps pour trouver le profil recherché.

Pôle emploi comme le Medef, via son observatoire TEC (tendance, emploi, recrutement), évaluent à près d'un tiers la part des projets difficiles à concrétiser. Selon les employeurs, ces difficultés sont le plus souvent liées à la pénurie de candidats, à l'inadéquation des profils, ou aux conditions de travail. Dans tous les cas, la formation est la solution la plus souvent envisagée pour y répondre.

La formation mais pas que

Afin que les employeurs trouvent candidat à leur offre, la solution pour Pierre Gattaz se trouve dans la formation. Le patron des patrons est prêt à mettre les moyens pour inciter les chômeurs à se former à des métiers en demande. En 2014, la campagne de publicité "Beau travail" du Medef a coûté quatre millions d'euros, financée grâce au Preciput formation, un fonds de financement dont bénéficie chaque partenaire social au titre de la formation professionnelle.

D'après l'estimation de Pôle emploi, près de 43.000 offres non pourvues sont définitivement annulées par les recruteurs. Ces annulations sont dues pour moitié à une pénurie de candidats, ce qui justifie de mettre l'accent sur la formation. Il ne faut pas occulter d'autres éléments comme le savoir-être, la motivation et l'expérience.

Enfin, la faute ne vient pas nécessairement des candidats mais aussi des entreprises. En effet, un tiers des offres sont définitivement annulées parce que le besoin de recrutement a disparu. Des problématiques financières entrent également en jeu, 16% des abandons résultent de budgets insuffisants. Enfin, les conditions des offres, notamment en termes de temps de travail, de rémunérations et de mobilité géographique, ne sont pas toujours en adéquation avec les aspirations des candidats.

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Commentaires
a écrit le 21/09/2016 à 19:35 :
Gattaz c'est la cgt d'il y a 30 ans en pire !!!
Il parle de système éducatif et de formation mais rien n'interdit les branches professionnelles de créer des formations diplômantes à l'exemple de ce que fait la vente réparation automobile en concertation avec le cnpa syndicat représentatif de la profession associé aux constructeurs et à l'éducation nationale ..et oui ...et c'est ainsi qu'ont été créés avec succès plusieurs licences professionnelles à l'université de marne la vallée .
Que le Medef arrête de faire de la politique et encourage des adhérents à se former pour surmonter les défis à venir .
Nous sommes dans une période de rupture qui s'ouvre sur l'inconnu et c'est en faisant preuve d'imagination , d'audace et non en se plaignant et demandant toujours plus d'efforts aux autres que nous surmonteront les défis à venir.
a écrit le 21/09/2016 à 19:27 :
JE SUIS SUR QUE SI L ON PERMETTER AUX REFUGIERS DE TRAVAILLIER PLUS TOT.AU LIEUX DE LES ENBETER PENDANT DEUX AVANT AVEC DES LOIES IDIOTES ? CES EMPLOIES DONT PARLE GATTAZ SERAIS POURVUE? MEME DANS LES CANPAGNES OU ONTTNT A BESOIN DE MAIN D OEUVRES POUR LES RECOLTES OU .POUR NETOYER LES FORETS FRANCAISE QUI EN BIEN BESOIN . CE N EST PAS LE TRAVAIL QUI MANQUE C EST LE SYSTEME POLITIQUE QUI EST PERIME ET IDIOTS???
Réponse de le 21/09/2016 à 21:44 :
La vérité , en France c'est pas le boulot qui manque c'est l'argent pour le rétribuer ...

Quand a Gattaz si on pouvait travailler gratuit il trouverait que c'est anormal et que pour travailler on devrait payer !
a écrit le 21/09/2016 à 19:11 :
...et qui le resteront.

Condtions de travail, exemple : centres d'appels
amplitude horaire de travail, exemple : centres d'appels ( 10-14 puis 16-20) soit 10 heures de présence + le temps de trajet
Harcellement, pouvoir hierachique, drogue, exemple: centres d'appels

J'ai envoyé une LM et CV pour un poste dans un centre d'appels. La personne au bout du fil ( Entreprise de Travail Temporaire ) a tout fait pour me décourager d'aller à l'entretien.
CQFD.
Réponse de le 22/09/2016 à 18:35 :
Il existe d'autres catégories d'emplois qui resteront longtemps sans être pourvus avec une forte rotation de personnels.

L'esclavagisme a encore de beaux jours devant lui. La loi y est souvent encore moins appliquée que dans d'autres secteurs. Même formés les hommes et les femmes ne resteront pas. Le sous emploi est connu des demandeurs d'emploi.

Certains chef (de premier niveau) sont parfois illettrés. Des suggestions sexuelles.
a écrit le 21/09/2016 à 16:16 :
Emplois non pourvus : pourquoi Gattaz exagère les chiffres

Oui, et il faut aussi enquêter pragmatiquement sur un autre phénomène :

le site de Pole Emploi est pollué, infecté, par de nouveaux sites internets pirates qui agrègent les annonces de vrais recruteurs, et les republient sans intérêt sur Pôle Emploi

ainsi une annonce d'un vrai recruteur et republiée de 3 à 5 fois (avec des liens en rebonds) sur Pôle Emploi

dans une alerte mail d'un candidat qui comporte 30 annonces sur un profil de poste ciblé, le candidat n'aura donc que 30 / 4 = 7 à 10 annonces "uniques" et 23 à 20 annonces doublons triplons quadruplons quintuplons ...

généralement, vous répondez sur ces sites pirates affairistes à tous crins, et vous vous retrouvez avec des spams de publicités diverses et variées !!! mais aucun retour emploi

Pour les employeurs, c'est aussi un pure perte de leurs annonces qui n'arrivent pas à passer en tête des listes car les sites pirates sont des spécialistes des spams et du référencement pour occuper les têtes de listes.

Une question centrale : POURQU'OI Pôle Emploi laisse t-il ces voyous en bandes organisées polluer le marché de l'emploi ?

est-ce pour produire des chiffres FRELATéS ?

Peut être faut-il licencier les dirigeants de Pole Emploi pour assainir ce purin ?
a écrit le 21/09/2016 à 15:50 :
Il y a des progrès avec l'aide du gouvernement Mr Martinez a trouvé un job à hauteur de ses compétences !

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