Environnement : la France vit de plus en plus au-dessus de ses moyens

Par Dominique Pialot  |   |  963  mots
La France creuse sa dette vis-à-vis de l'environnement (Crédits : Reuters)
Le pays artisan de la COP21, qui se présente à l’international comme le héraut de la lutte contre le changement climatique, fait piètre figure sur son propre territoire. Comme le montre un rapport publié ce 4 mai par le WWF France avec le Global Footprint Network, si la pression qu’elle exerce sur ses ressources a toujours été plus importante que leur capacité à se régénérer, la situation se dégrade depuis trois ans après une décennie de progrès.

A l'échelle mondiale, tout allait bien jusque dans les années 1970. Mais depuis, chaque année, le « jour du dépassement », le moment à partir duquel la planète vit au-dessus de ses moyens écologiques, avance un peu plus. L' «overshoot day », ce moment de bascule calculé par l'ONG britannique Global Footprint Network, qui en 1985 survenait le 5 novembre, s'est produit l'année dernière le 2 août. A partir de cette date, la pression exercée par les activités humaines sur les ressources renouvelables mondiales est supérieure à leur biocapacité, c'est-à-dire leur capacité à absorber les émissions de CO2 et à se régénérer.

La France parmi les cancres européens

Pour la première fois cette année, le WWF s'est associé au Global Footprint Network pour adapter l'exercice à la France. Résultat : le pays hôte de la COP21 et artisan de l'accord de Paris, en dépit de multiples réglementations dédiées à l'environnement (Grenelle de l'Environnement, loi pour la transition énergétique et la croissance verte, etc.), figure parmi les plus mauvais élèves européens. Du même niveau que l'Angleterre ou l'Allemagne, elle fait certes mieux que le Canada, les Etats-Unis ou la Russie, mais moins bien que l'Italie ou l'Espagne. Surtout, depuis 2015, pourtant année de la COP21, ses performances ne cessent de se dégrader après une décennie de progrès, avec une empreinte écologique alourdie de 5% .

Cette année, c'est à partir de ce samedi 5 mai que nous nous trouvons en situation de dette écologique. Et si tous les pays adoptaient le mode de vie français, ce n'est pas 1, mais 2,9 planètes qui seraient nécessaires à satisfaire les besoins de la population mondiale.

Transition écologique trop marginale

Sous l'effet notamment d'une baisse des prix du pétrole, les émissions de CO2, principal facteur pris en compte par le Global Carbon Footprint et premières coupables, sont reparties à la hausse après des années de stagnation - sans doute en grande partie liée au ralentissement économique. Les transports et le bâtiment, respectivement responsables de 23% et 24% de ces émissions, sont en cause. Pour le WWF, c'est le signe que la transition écologique française demeure trop marginale. Déforestation, sécheresse, érosion, perte de biodiversité, réchauffement climatique illustrent cette situation.

Nicolas Hulot lui-même, ministre de la transition écologique et solidaire, a confirmé les conclusions de ce rapport.

« Nous devons réapprendre à produire, et à consommer, pour vivre en symbiose avec notre environnement, car la poursuite des comportements actuels conduira inexorablement à des effondrements d'écosystèmes qui auront des conséquences tragiques sur notre économie, notre santé, notre alimentation. Nous ne pouvons pas vivre à crédit, car nous détruisons et gaspillons des ressources qui manqueront cruellement aux générations futures. »

Peser sur les nombreux textes en cours d'élaboration

D'ailleurs, le gouvernement a ouvert de multiples chantiers, et l'ONG veut précisément profiter de cette hyperactivité législative pour suggérer de multiples propositions concernant les transports, l'énergie, l'alimentation ou les forêts, à intégrer notamment dans la stratégie nationale bas carbone (SNBC) en cours de révision. Celle-ci devrait afficher une trajectoire compatible avec l'accord de Paris et la neutralité carbone à l'horizon 2050, déjà évoquée par Nicolas Hulot. Des ajouts à la loi alimentation, à la révision de la politique agricole commune (PAC) ou encore à stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée permettraient de réduire de façon significative les émissions liées à l'alimentation et aux forêts, tout comme pourrait le faire la loi d'orientation sur les mobilités dans le domaine des transports.

En matière d'énergie, le WWF préconise d'établir une programmation pluriannuelle de l'énergie - PPE actuellement en cours de discussion - qui "honore les objectifs de la loi pour la transition énergétique et la croissance verte à travers une programmation claire, crédible et détaillée de l'énergie pour la première décennie", "tenant compte de la compétitivité accrue des renouvelables" et visant notamment 100% d'énergies renouvelables en 2050.

Hulot veut « réparer la nature et les écosystèmes »

« Ce rapport pointe un modèle de développement qui conduit à une aggravation de notre dette écologique », a commenté Pascal Canfin, son directeur général.

Contrairement au déficit public sur lequel le gouvernement a fait le nécessaire pour repasser sous la barre des 3%, celle-ci ne fait l'objet d'aucun critère de Maastricht.

Europe Ecologie les Verts a directement mis en cause Emmanuel Macron.

« Le président Macron néglige l'accord de Paris, méprise la loi de Transition énergétique, et ignore ses propres promesses pour l'environnement, ont accusé les porte-parole du parti dans un communiqué. Alors que nous nous rapprochons toujours un peu plus du point de rupture, l'inaction climatique et environnementale est criminelle. Il est urgent de passer des paroles aux actes. »

De son côté, Nicolas Hulot a tenu à montrer que le gouvernement ne restait pas les bras croisés devant cette situation.

« Le Plan climat que j'ai présenté l'an dernier et qui est aujourd'hui mis en œuvre à travers la loi sur l'interdiction de la recherche et de l'exploitation des hydrocarbures, les actions pour la rénovation énergétique des bâtiments, le développement de l'économie circulaire et celui des véhicules « zéro émissions » doivent nous permettre d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050 car le réchauffement climatique est la principale menace pour les écosystèmes », a-t-il rappelé.

« Mais nous devons changer de logique, et « réparer la nature et les écosystèmes » pour ne pas laisser de dette écologique à nos enfants. C'est le sens du Plan biodiversité dont je présenterai les grands axes le 18 mai. »