L'exécutif a-t-il trouvé la martingale pour accélérer la reprise ?

 |   |  1218  mots
Comment relancer l'économie tout en réduisant le déficit public ?
Comment relancer l'économie tout en réduisant le déficit public ? (Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
Pour relancer l'activité, et parvenir à terme à faire reculer le nombre de demandeurs d'emplois, tout en rééquilibrant les finances publiques, le gouvernement multiplie les mesures pour relancer l'offre mais aussi la demande. Avant les échéances 2017, le pari peut-il être gagnant ?

Azimut 360 : c'est ainsi que les marins pourraient qualifier la politique actuelle du gouvernement pour relancer l'économie, abaisser le nombre de chômeurs tout en réduisant le déficit public. Ce triple pari est ambitieux. Ses objectifs sont-ils atteignables ? Pour François Hollande, le président de la République, la question ne se pose pas. Il a d'ores et déjà déclaré qu'il ne se représenterait pas en 2017 si la courbe du chômage ne s'inversait pas enfin.

Un petit retour en arrière s'impose. En 2013, le gouvernement a commencé par mettre en œuvre une politique de l'offre, s'inspirant en grande partie du rapport Gallois. Le pacte de compétitivité avec le lancement du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), puis le pacte de responsabilité en 2015 et ses 40 milliards d'euros d'allégements fiscaux prévus sur trois ans, témoignent de cette volonté de soutenir les entreprises.

La consommation résiste mais le gouvernement n'y est pour rien

Un soutien appuyé qui a particulièrement heurté la gauche de la gauche. Pour tenter de ressouder les rangs au sein de la majorité, le gouvernement s'est-il lancé dans une vaste politique de relance ? Pas vraiment. La dernière note de conjoncture de l'Insee est claire sur ce point. Si la consommation résiste tant bien que mal, c'est uniquement parce que la baisse du prix de l'énergie, et notamment du fuel domestique et de l'essence, ont chuté, soutenant ainsi le pouvoir d'achat des ménages. Ces derniers seraient-ils oubliés par le gouvernement ? Le gel du point d'indice des fonctionnaires mais aussi de certaines prestations sociales, notamment les retraites, les allocations familiales et les aides au logement pourraient le faire penser.

Mais le verre n'est pas complètement vide. Soucieux de cajoler les sensibilités de gauche, le gouvernement a fait un geste en faveur de la catégorie la plus modeste de la classe moyenne. La loi de finances 2015 prévoit ainsi la suppression en 2016 de la première tranche d'impôt. Le seuil d'entrée dans l'impôt sur le revenu s'élève à partir de cette année à 9.690 euros annuels, contre 6.011 euros jusqu'ici. " Pour la première fois depuis 2010, un contribuable dont la situation ne change pas ne paiera pas plus d'impôt sur le revenu. L'impôt va baisser ou être annulé pour plus de neuf millions de foyers fiscaux. Leurs avis d'imposition porteront la mention expresse indiquant qu'ils ont bénéficié de cette baisse ", a déclaré mardi Michel Sapin, expliquant qu'environ 3 millions de Français sortiraient en 2016 " purement et simplement de l'impôt ".

Le gouvernement soutient surtout les entreprises

Si les gestes en faveur des ménages sont donc dosés avec la plus grande minutie, les mesures de relance en faveur des entreprises, en attendant les détails du plan de la Commission européenne, sont d'une toute autre ampleur. Le 8 avril en Conseil des ministres, Manuel Valls a annoncé une série de mesures pour relancer l'investissement des entreprises, surtout, des collectivités territoriales, un peu, avec une accélération du remboursement de TVA pour les collectivités qui investissent. Notamment.

La principale mesure de ce plan dont le coût s'élève à 2,5 milliards d'euros est un suramortissement de 40% de la valeur des investissements en installations et outillages industriels qui seront réalisés entre le 15 avril 2015 et le 15 avril 2016. Saluée par la CGPME, cette mesure est " favorable à l'activité économique et au renforcement du système productif ", estime Denis Ferrand, le directeur général de COE-Rexecode. Selon ses calculs, elle est équivalente à une baisse de 0,4 point du taux de l'impôt sur les sociétés tout au long de la durée d'utilisation des équipements concernés par la mesure. " Son impact est de 0,2 % du résultat des entreprises, maintenu pendant cinq ans ", estime l'économiste tout en précisant bien que l'impact de cette mesure sur l'investissement dépendra du comportement qui sera adopté par les entreprises bénéficiaires face à ce surcroît de trésorerie.

Ce point est important. Actuellement, les entreprises bénéficient d'un environnement plus favorable que ces derniers trimestres. La dépréciation de l'euro face au dollar et la chute des cours des matières premières, et notamment des hydrocarbures, renforcent la compétitivité-prix du made in France dans les pays situés hors de la zone euro.

Pourtant, en dépit du redressement du taux de marge, l'investissement ne décolle pas. Le commerce extérieur non plus. Pourquoi ? La France compte trop peu d'entreprises exportatrices, environ 121.000 entreprises contre 350.000 en Allemagne, pour que l'export contribue positivement à la croissance. La compétitivité hors-prix des entreprises françaises est aussi plus faible que celle de leurs concurrentes allemandes.

La crise de 2008-2009 a laissé des traces

Ce n'est pas la seule explication. Le tissu productif tricolore se remet difficilement de la crise de 2008-2009 et des années de croissance molle qui ont suivi. Parmi les entreprises qui ont survécu, beaucoup n'ont plus les reins assez solides pour investir, innover, exporter et embaucher. Il suffit, par exemple, de se pencher sur les statistiques de l'Insee portant sur la période 2012-2013 pour s'en convaincre. Entre 2012 et 2013, le nombre d'unités légales a bondi de 10,5% pour s'élever à 4,2 millions. Une hausse qui s'explique essentiellement par le succès de l'auto-entrepreneuriat.

Mais, toujours sur cette période, le chiffre d'affaires de ces 4,2 millions d'entreprises est resté stable à 3.850 milliards d'euros. Quant à l'excédent brut d'exploitation, il n'a progressé que de 1,13% à 265 milliards d'euros...

La politique du gouvernement consistant à tenter de soutenir à la fois l'offre et la demande peut-elle être couronnée de succès ? Il faudrait que les forces vives et les ménages aient confiance en l'avenir. Actuellement, les résultats des enquêtes de conjoncture sont certes mieux orientés que ces derniers mois. Mais de là à évoquer un retour de la confiance...
Or, sans confiance, point de salut. Les Français peuvent-ils retrouver le sourire ? Des bonnes nouvelles sur le front de l'emploi pourraient les aider à retrouver le moral. Il faudrait que les réformes déjà engagées, par exemple celles contenues dans la loi Macron et le pacte de responsabilité, produisent leurs effets. Toujours très optimiste, le gouvernement est sûr de son fait. Dans une évaluation présentée ce mercredi en conseil des ministres, l'exécutif a estimé que les réformes de l'ensemble du quinquennat de François Hollande permettront de gagner 4 points de PIB et de créer entre 800.000 et 900.000 emplois d'ici à 2020.

Le gouvernement est face à un dilemme

Ce volontarisme peut-il convaincre ? Rien n'est moins sûr. Face à un dilemme - relancer à la fois l'économie et rééquilibrer les finances publiques -, le gouvernement a un double langage terriblement anxiogène qui renforce l'incertitude des acteurs économiques. Une semaine exactement après avoir détaillé son plan de soutien à l'investissement, il a précisé ce mercredi les 9 milliards d'euros d'économies qu'il compte réaliser en 2015 et en 2016. Or, abaisser le déficit public de 3,8% à 2,7% du PIB entre 2015 et 2017 ne devrait pas se faire sans effet négatif sur le tissu économique, ruinant en partie les espoirs placés dans les mesures de relance de l'économie.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 17/04/2015 à 14:53 :
record de suppressions de tpe mpe de janvier à avril : 18 000, et toujours 15 000 chomeurs de plus par mois, malgré les augmentations d'effectifs publics "à désorganisation constante", normal !!!! la cible "normale" c'est zéro emplois privés et 20 millions d'emplois publics ... au fait, payés par qui et comment ????? tiens, y'a un bug !
a écrit le 16/04/2015 à 16:28 :
Avec 10 fois plus du suppressions d'entreprises que de créations, et un nombre de fonctionnaires qui continue à augmenter et qu'il faudra payer via l'impôt, la gageure paraît difficile. Ce ne sont que des mots d'encouragement. A force de prédire des sornettes, plus grand monde n'attend de miracle.
a écrit le 16/04/2015 à 15:37 :
L'hirondelle d'hiver socialiste qui annonce ses milliers de chômeurs.
Cambadélis nous l'a bien répété : la reprise est là avec le croissant, pardon la croissance, le bon miel, ...
Pour une France plus forte et plus apaisée.
Que l'Apartheid français soit avec nous !
a écrit le 16/04/2015 à 15:32 :
La Martingale, sûrement pas, ce sera la ceinture bien serrée, au moins jusqu'à l'été 2016 après il faudra penser aux Présidentielles de 2017 !
a écrit le 16/04/2015 à 10:55 :
Le double langage du gouvernement ne peut pas inspirer confiance. Globalement, le taux des prélèvements obligatoires augmente (plus d'impôt) et les dépenses publiques augmentent (plus de charge publique). Tout le reste est chansonnette.
Réponse de le 16/04/2015 à 15:37 :
Vous oubliez aussi la dette, car tous les ans nous continuons à emprunter, même à 0,05%, pour finir nos fins de mois difficiles (2014: 87 milliards d'euros) donc nous avons environ 97% d'endettement rapporté au PIB, sans doute 100% d'ici 2017 et donc bien plus de 2.000 milliards d'euros. En fait on ne rembourse rien et on diminue pas d'un hiota ni notre endettement ni nos dépenses.
a écrit le 16/04/2015 à 9:37 :
/// HUMOUR///DEJA 500 000CHOMEURS DE PLUS ? L ENPRUNT SUR LA DETTE CONTINUE? TOUJOURS PLUS D ANNONCE DE PLAN DE LICENSIMENTS PAR LES MEDIAS TOUS LES JOURS? IL VAS FALLOIR UN MIRACLE DE L UN DES DEUX FRANCOIS???
Réponse de le 16/04/2015 à 11:50 :
"TOUJOURS PLUS D ANNONCE DE PLAN DE LICENSIMENTS PAR LES MEDIAS"

Ce type de licenciement présenté dans les médias ne represente que 10% des nouveaux chômeurs mensuel , le gros du bataillon ( 60%) étant les fins de contrat CDD ( 80% des embauches actuelles ) et l'interim ( 15%) , le reste étant principalement des accords transactionnels qui se multiplient à vitesse grand V en particulier dans les grands groupes.L'employeur préférant donner une somme de départ au salarié ( souvent en gelant le budget des augmentations salariales des actifs restants ) dont l'âge se situe autour des 56,57 ans et que celui-ci finisse par être payer jusqu'à sa retraite effective par pôle emploi.Depuis 2008 , près d'un million de ces contrats sont venu gonfler les chiffres du chômage sans que cela inquiète grand-monde.Faut dire que la population concernée des baby-boomers est très discrète sur le sujet.
a écrit le 16/04/2015 à 9:26 :
Oh oui alors... Qu'est-ce que le gouvernement cajole les entreprises... ouh la la !!... au fait : vous dites ça, rapport à la menace de supprimer le CICE, celui qui vient à peine de commencer et qui était la compensation promise par rapport à l'explosion fiscale de 2012-2013 ?
Vous dites ça rapport au compte pénibilité ubuesque ? Au compte personnel formation ? A la mutuelle santé que les employeurs doivent financer ?...
Ou vous dites ça, rapport au résultat de la politique gouvernementale : +de 18,000 faillites, soit plus de 66,000 emplois menacés... au 1e trimestre 2015, en jette hausse !
Parce que pour ce qui est de la parité euro-dollar, les faibles taux d'intérêt ou le prix du pétrole : le gouvernement français n'y est pour RIEN !!!
Pire : le gouvernement compte sur ces éléments exogènes (réversibles à tout moment) pour obtenir une baisse du déficit !!! Bref, notre gouvernement ne fait RIEN pour les entreprises !!!
a écrit le 16/04/2015 à 8:51 :
De 2012 à 2014, Hollande a augmenté les impots d'une façon irrationnelle et hystérique. Pas un seul chef d'entreprise ne peut avoir confiance. Hollande se retrouve comme un enfant qui pleure après avoir cassé son jouet.
a écrit le 16/04/2015 à 8:07 :
monsieur piliu, vous etes victimes de la propagande officielle...
' cajoler les entreprises'? tres drole!
aller discuter avec des dirigeants d'entreprises petites moyennes ou grosses, vous verrez si les gens pensent qu'ils se font cajoler!
( au passage ca vous donnera de bons indices de la future non reprise de l'investissement.. ;-) , vous savez quand on devra creer une commission d'experts pour comprendre pourquoi les previsions macroeconometriques se sont averees foireuses)
Réponse de le 16/04/2015 à 9:09 :
+1
Je suis dirigeant d'une TPE et je vous assure que je ne me sens pas cajolé!
Petite dernière depuis le début de l'année: TVA payable mensuellement... c'est de plus en plus lourd
Réponse de le 16/04/2015 à 10:44 :
Pas étonnant. de toute façon le parti pris pro-gauche des journalistes de La Tribune (en particulier de l'auteur) se vérifié article après article. C'est pas delit , mais juste un constat factuel

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :