La dernière chance du bilan européen de François Hollande

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(Crédits : © Philippe Wojazer / Reuters)
[ SÉRIE : Horizon 2017 pour Hollande 9/9 ] Le président de la République n'a pas été très heureux jusqu'ici dans ses ambitions et sa stratégie européennes. Son initiative pour une zone euro plus intégrée - la première de son quinquennat - pourrait cependant sauver son bilan.

« Je veux réorienter la construction européenne. » Dans ses 60 « engagements pour la France », le candidat François Hollande promettait de modifier le cours de l'UE.

De fait, lorsque François Hollande arrive au pouvoir, le 6 mai 2012, la zone euro est dans une piètre situation. La politique d'austérité aveugle imposée aux pays périphériques a plongé l'ensemble de l'union monétaire dans la récession. La logique à l'oeuvre menace d'emporter l'euro. Durant la campagne, le candidat socialiste estime qu'il faut « rééquilibrer » les politiques menées : il propose donc de renégocier le pacte budgétaire, négocié et signé par Nicolas Sarkozy à la fin de 2011, et d'imposer un « pacte de croissance », nécessaire pour obtenir la ratification du Parlement français.

Mais dès les premières semaines du quinquennat, cette stratégie fait long feu. Angela Merkel ne veut pas entendre parler de vraie relance. François Hollande tente alors un semblant de confrontation. Il rencontre le 29 juin 2012 à l'Élysée, les dirigeants sociaux-démocrates allemands.

L'idée est de bloquer la ratification du pacte budgétaire par le Bundestag, afin de faire pression sur la chancelière. Mais le SPD négocie de son côté et ne veut pas s'aliéner sa future alliée, après les élections de septembre 2013, pour une hypothétique alliance française qui n'est guère populaire outre-Rhin. Le 30 juin au matin, le Bundestag ratifie le pacte budgétaire et François Hollande se retrouve isolé. Il change alors entièrement de stratégie et décide de reprendre celle menée par Nicolas Sarkozy depuis l'entrevue de Deauville avec Angela Merkel, en octobre 2010 : tenter d'amadouer Berlin en étant un de ses plus proches alliés au niveau européen.

Lors du sommet européen du 30 juin 2012, François Hollande accepte donc de faire ratifier tel quel le « pacte budgétaire ». Des pressions, au besoin, seront exercées sur les parlementaires de la majorité pour obtenir leur vote. Pour masquer l'abandon de cet engagement de campagne, on décide d'un fantomatique « pacte de croissance » qui sera rapidement oublié. Plus tard, Paris sera un allié sûr de Berlin lors de la crise chypriote de mars-avril 2013 et dans la plupart des grands événements de la vie européenne, jusqu'à la crise grecque de 2015. Lors de la négociation du cadre budgétaire européen de 2014-2020, François Hollande renonce à un autre de ses 60 engagements et accepte la baisse de ce budget.

Avec cette politique, François Hollande a raté une occasion de « réorienter la construction européenne ». Là encore, il faut revenir, pour s'en convaincre, au sommet de juin 2012. Attaquées sur les marchés, l'Espagne et l'Italie tentent d'imposer à la chancelière allemande l'idée d'un « bouclier anti-spread », autrement dit d'un mécanisme permettant de protéger leurs dettes. Berlin refuse dans un premier temps pour ne pas « distordre le marché » et créer un « aléa moral » qui conduirait ces pays à réduire le rythme de leur consolidation budgétaire. Sollicité, François Hollande refuse de soutenir cette initiative, par crainte d'irriter la chancelière et de voir la France passer sur les marchés, pour un pays en difficulté.

Mais Mario Monti et Mariano Rajoy menacent de claquer la porte du sommet. Angela Merkel cède. Deux semaines plus tard, le président de la BCE Mario Draghi annonce qu'il fera « tout ce qu'il faut » pour sauver l'euro. En septembre, l'annonce du programme OMT apaisera la crise. Le rôle joué par la France dans ce mouvement déterminant a été négligeable.

Convaincre Berlin que la France veut se réformer

Que cherche alors François Hollande avec cette politique ? Principalement une tolérance sur sa trajectoire budgétaire. Son ambition de revenir à un déficit public de 3% du PIB dès 2013 étant vouée à l'échec d'emblée, le gouvernement français n'a cessé de réclamer de nouveaux délais. Délais dans les faits impossibles à obtenir sans l'aval allemand. Paris a obtenu ces délais, mais, à chaque fois, il faut se montrer plus « convaincant ».

Outre cette « absence » de la France au niveau de la politique européenne, François Hollande doit réaliser début 2014 un « tournant » réformateur incarné par « le pacte de responsabilité » et l'arrivée à Matignon de Manuel Valls. Il s'agit de convaincre Berlin de la volonté française de se réformer. Fin août 2014, le président de la République enfonce le clou en excluant de son gouvernement les membres les plus critiques envers l'Allemagne de son gouvernement, à commencer par le ministre de l'Économie Arnaud Montebourg, remplacé par un Emmanuel Macron qui est apprécié à Berlin.

L'autre ambition de cette stratégie est de « faire bouger l'Allemagne » en douceur. L'idée est de convaincre Berlin de montrer plus de solidarité dans la zone euro en lui prouvant que la France se réforme et « fait des efforts ».

Cette stratégie n'a pas réellement porté ses fruits jusqu'ici et relève plutôt du voeu pieu. La raison en est simple : pour le gouvernement allemand, la France ne fait pas assez de réformes. Et de fait, pour le moment, la France s'est montrée incapable de peser sur le débat européen. À la fin de l'été 2014, par exemple, Mario Draghi avait proposé dans son célèbre discours de Jackson Hole un plan alliant rachats d'actifs, réformes structurelles et relance budgétaire.

L'occasion pouvait sembler belle pour Paris de peser sur un gouvernement allemand que la BCE souhaitait faire bouger. D'autant que le remaniement ministériel français pour complaire à Berlin a eu lieu quelques jours plus tard. Mais François Hollande a été incapable de jouer un rôle actif. L'Allemagne a envoyé une fin de non-recevoir à Mario Draghi sans que Paris ne bouge. Et désormais, l'efficacité du QE (« quantitative easing ») européen est clairement mise en question.

Le pari français d'une « unions de transferts »

La politique européenne de François Hollande est donc d'abord une politique de communication a posteriori. Le gouvernement a tenté de faire croire qu'il fallait le créditer de la baisse de l'euro. Durant la crise grecque, il a essayé de faire croire qu'il avait « sauvé » la Grèce en la maintenant dans la zone euro contre Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, qui voulait le « Grexit temporaire ». Mais en fait, Paris a laissé la stratégie allemande de pression sur Alexis Tsipras se développer et s'est contenté de se caler sur la position d'Angela Merkel.

Reste que l'Elysée semble désormais déterminer à agir. Pour la première fois depuis le début du quinquennat, la France semble prendre l'initiative d'une réforme de la zone euro, pour l'intégrer davantage. Cette initiative est portée par Emmanuel Macron, fort apprécié outre-Rhin, qui n'hésite pas à parler d'une « union de transferts » avec une Allemagne qui ne veut pas en entendre parler. Cette offensive est la dernière vraie occasion de sauver le bilan du chef de l'État. C'est l'acmé de sa stratégie : mettre sur la table la question de la solidarité européenne.

Reste à connaître le contenu de ces propositions. S'il ne s'agit que de nommer un « ministre des Finances de la zone euro » chargé d'une surveillance encore plus stricte des budgets nationaux et armé d'un budget symbolique, le pari sera raté. S'il s'agit de construire une vraie stratégie européenne d'investissement et d'emploi fondée sur l'acceptation des transferts, il est possible que le locataire de l'Élysée demeure finalement dans les livres d'histoire pour sa politique européenne.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2015 à 7:01 :
On a vu pire!
a écrit le 08/10/2015 à 22:23 :
Le vice chancelier et la chancelière, le couplé infernal de l Europe !
a écrit le 08/10/2015 à 19:40 :
Une union de transfert quelle belle pantalonnade. L'euro l'a déjà fait ! En 1999 1DM=1€ , 1FF=0,15. Oui vous lisez bien 15centimes d'euros. Ce jour-là la valeur des actifs français a été divisé par 6.55957. La France est à acheter. Chercher l'erreur. A l'époque 1FF=0,30DM soit le double du transfert à l'euro. Concluez vous-mêmes Pour s'en sortir il faudrait diviser par 2, le taux de conversion pour le passer de 6,55957 à 3.27979. On aurait peut-être une chance de s'en sortir. Depuis 202 nous ramons et le pays qui possédent le plus d'énarques rament pour payer ces messieurs qui finissent en politique.
Réponse de le 09/10/2015 à 7:06 :
"En 1999 1DM=1€"
certainement pas, en 1999
Umrechnung von Euro in DM: 1 Euro = 1,95583 DM
a écrit le 08/10/2015 à 15:58 :
"Convaincre Berlin que la France veut se réformer" MDR, c'est quoi la "réforme" toujours plus de fonctionnaires, toujours plus de parasites, toujours plus de dépenses. Le socialisme c'est comme le communisme d'avant, c'est "prête moi ta montre et je te donnerai l'heure" (Coluche) il ne s'était pas trompé.
a écrit le 08/10/2015 à 13:56 :
ben oui, quand on est journaliste il faut bien écrire quelque chose, même s'il n'y a plus rien à dire sur un Président qui ne fait que gesticuler pour justifier ses privilèges et ses 37k€/mois de retraite et que plus personne ne croit. L'image de la France en avait déjà pris un sérieux coup bien avant l'affaire Air France car si un tel homme peut devenir Président, que penser de ses électeurs ?
a écrit le 08/10/2015 à 13:41 :
Monsieur le Vice-Chancelier se fiche de la France. Il veut rester président, c'est son kiff. Que dire de plus? On se croirait en 1940. Les industriels remplacent les généraux. Les Allemands sont fortiches. Ils sont devenus les maîtres du continent finalement et de la bonne manière!!! La France peut se garder ses leçons de morale et compter ses chômeurs. Elle a le président qui lui convient. Il est parfait pour ce pays.
Réponse de le 08/10/2015 à 16:00 :
Très juste analyse hélas...
a écrit le 08/10/2015 à 13:19 :
En effet l axe franco-allemand restera à son niveau actuel tant que la France n aura pas pris les mesures nécessaires pour réduire les deficits qui augmentent d´année en année.
Il est totalement illusoire de croire en une "socialisation des dettes" car ce rêve est invendable aux électeurs Allemands (et Autrichiens, Finlandais, Hollandais, baltes etc...)
a écrit le 08/10/2015 à 13:16 :
Combat de sumos?
a écrit le 08/10/2015 à 13:11 :
FH croît toujours à l'inversion de la courbe... du chômage, c'est un drame. Mais c'est la politique de relance de FH qui est une véritable catastrophe: PIB 2008 : 2031 milliards d'euros PIB 2014: 2172 milliards €; delta 141 milliards et maintenant tout cela financé par la dette tout fraîche; dette publique 2008: 1358 milliards € et 2014: 2038 milliards €: delta 680 milliards!
le ratio 141 / 680 est clair: FH a réussi de transformer du vin en eau: 1 euro de dette nouvelle = 21 centimes d'euro de "croissance": Le PIB est en euro courant, donc sans ajustement à l'inflation. 79 cts d'euro ont été détruit par la politique budgétaire du précédent mais surtout du présent régime. 79 cts par 1 euro qui ont disparu! Gone with the wind, weg Frau Merkel; plus là, disparu!
a écrit le 08/10/2015 à 11:51 :
Soyons sérieux...! la dernière chance de Hollande est restée dans les startingblocks sur la ligne de départ de juin 2012....
a écrit le 08/10/2015 à 11:16 :
@BONJOUR : Allez Madame MERKEL, un bon geste gardez HOLLANDE chez vous les françaises et les français vous en seront éternellement reconnaissant. Vous trouverez bien une petite occupation très simple à lui faire faire D' AVANCE MERCI !
a écrit le 08/10/2015 à 9:43 :
Hollande est un nul de chez Plus-que-nul, il ne fait que de la com. Ce qui lui importe, c'est son image personnelle pour rester au pouvoir. Certains auront remarqué que 1) il se teint les cheveux et 2) ce n'est pas lui qui écrit les discours, parce que ses discours ne correspondent pas du tout à sa façon de parler. Sa réponse à la question posée par un journaliste (la vidéo, comme par hazard, a disparu) à la sortie de la séance au cours de laquelle Marine LePen l'a traité de vice-chancelier est complètement vaseuse. Hollande a un vocabulaire pauvre qui rappelle presque la vulgarité de Sarko.
Réponse de le 08/10/2015 à 12:25 :
Nous avons maintenant en Europe deux «soupières» (Marina et Nadine) à la grande gueule pour nous divertir!...Dommage que ce soit au détriment de l'image de leur grand pays, la France...
a écrit le 08/10/2015 à 9:40 :
Angela et son vice chancelier, mdr, le dernier couple à la mode....! Ah elle est belle l'Europe, chômage record, fonctionnarisation à outrance, immobilisme généralisé, aucune politique commune, chacun pour soi, domination de la finance, etc etc...!
Bref, tout ce qu'on nous avait promis se réalise sous nos yeux et le spectacle continue.
Finalement l'Europe c'est comme la France mais en plus grand....!!
a écrit le 08/10/2015 à 9:29 :
Je crois que vous avez omis de rappeler que les deux premières années du quinquennat de moi-président ont été, par dogmatisme borné et grâce au méprisant Ayraut, uniquement consacrées à la démolition de ce qui rappelait Sarko , quitte à faire volte-face plus tard (exemples: la TVA, les impots etc...). La politique européenne erratique fait partie de ces incohérences résultant de ridicules principes doctrinaux, figés et obsolètes, que Macron essaie de faire évoluer, non sans mal!
Réponse de le 08/10/2015 à 11:27 :
Antisarkosyste primaire lors de la dernière élection présidentielle, je dois reconnaître qu'Hollande et ses députés frondeurs ont été une catastrophe dans la gestion de la France et qu'il est préférable de réélire Sarkosy en 2017 surtout dans ces périodes de troubles inquiétants, le centriste Juppé étant trop tendre pour redresser le pays.
a écrit le 08/10/2015 à 9:23 :
La France a pour politique l'absence de politique, à savoir suivre la BCE, Merkel et les USA. Cet insignifiant président qui occupe le Château fait semblant d'exister mais il ruine le pays, il est nul et le monde entier le sait. Protéger son électorat et taxer le pays sont ses seules mesures car il veut rester au Château le "président".
a écrit le 08/10/2015 à 9:23 :
Le terme de vice chancelier de Madame Merkel semble bien adapté. Hollande ne veut pas
réformer,il pense à sa réélection, il ménage le PS, les syndicats etc on a perdu 5 ans avec ce président ,5 millions de chômeurs , la dette qui explose ,les impôts confiscatoires,
les jeunes qui partent quel bilan ...
a écrit le 08/10/2015 à 9:07 :
Une fois de plus FH a tout faux! les français sont loin de demander plus d'Europe (si on revotait il y aurait apparemment 60% contre l'UE!) L'axe franco allemand n'est qu'une illusion à laquelle seul FH croit!. Mme MERKEL ne roule que pour l'Allemagne et se soucie plus de l'avis de la GB qui a su faire de l'entrisme dans les institutions européennes que de la France qui au contraire a perdu tous ses postes d'influences. Merkel ne garde FH que pour la com et FH en lou ravi eurobéat crie Europe Europe sans faire avancer quoique ce soit au niveau de l'Europe social. en résumé un bide total.
a écrit le 08/10/2015 à 7:31 :
Aucune politique étrangère, aucune politique Européen, aucune politique national. Faux l'immobilisme, la non décision, le n'importe quoi sont une forme de politique. Quand nos "élites" déconnectés des réalités ce cherche une place dans les livres d'histoire plutôt que dans la mémoire du peuple. Il FN n'a pas besoins de faire de campagne électorale, ils la font à leurs place!!!!!!!

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