La mer, trésor français (4/14) : La grande absente du débat politique français

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Les dernières informations sur « la stratégie nationale pour la mer et le littoral (SNML) » datent de juillet 2015...
Les dernières informations sur « la stratégie nationale pour la mer et le littoral (SNML) » datent de juillet 2015... (Crédits : Reuters)
[ Série d'été - Hebdo #178 "La mer, terre d'entrepreneurs" ] Deuxième puissance mondiale pour l'étendue de son espace maritime, la France ne dispose pourtant pas d'un véritable ministère de la Mer. Une lacune qui en dit long sur l'ignorance des politiques sur le potentiel de richesse que recèlent nos territoires de « l'économie bleue ».

Heureusement qu'elles sont là ! Si les entreprises, parmi lesquelles une poignée de startups, ne tentaient pas d'exploiter les richesses marines et sous-marines tricolores, rien ne laisserait penser que la France possède le deuxième domaine maritime mondial. À part, entre juillet et août, la diffusion de la météo des plages, peut-être. La faute à qui? Au monde politique ? Il porte sa part de responsabilité. Quelle est la vision de l'État dans le domaine maritime ? Quelle stratégie compte-t-il adopter pour que le France tire enfin parti de ses richesses enfouies dans les mers et les océans ? C'est difficile à dire.

Des annonces ont bien été faites par Manuel Valls, le Premier ministre, lors du comité interministériel de la Mer (CIMer) organisé en octobre 2015 à Boulogne-sur-Mer - le dernier CIMer datait de 2013 -, notamment sur la mise en place d'une planification spatiale maritime qui doit permettre de concilier les différents usages de la mer afin de favoriser leur développement, mais ce dispositif n'est pas encore appliqué.

Hollande et Sarkozy sans vraie vision maritime

Signe que l'économie bleue n'est vraiment pas une priorité, il n'y a pas de ministère de la Mer dans le gouvernement actuel. Il est comme dissous dans le gigantesque portefeuille confié à Ségolène Royal, intitulé ministère de l'Environnement, de l'Énergie et de la Mer. Il n'y a même pas de secrétariat d'État dédié ! Alain Vidalies est secrétaire d'État en charge des Transports, de la Mer et de la Pêche. Compte tenu de l'actualité du transport aérien et ferroviaire, régulièrement en proie à des tensions sociales très fortes, on comprend que la mer ne soit pas au centre de ses préoccupations. Quant à Barbara Pompili, elle a obtenu un autre sujet très transversal, la biodiversité. Il faut remonter à la période 1998-2001 pour trouver trace du dernier ministère de la Mer de plein exercice.

Rien d'étonnant donc à l'absence de vision et de véritable stratégie dans le domaine maritime. Il suffit de jeter un coup d'oeil sur le site du ministère pour le constater. Les dernières informations sur « la stratégie nationale pour la mer et le littoral (SNML) » datent de juillet 2015... « L'État dispose désormais, sur la base de ces travaux préparatoires, des éléments nécessaires pour engager la rédaction de la SNML, dont un premier schéma sera établi en 2015 », précise le ministère...

La partie consacrée à la politique maritime du candidat François Hollande en 2012 était déjà extrêmement chiche. « J'assurerai la protection de notre économie maritime et redonnerai à la pêche les moyens de sa modernisation. Je ferai de notre pays le leader européen des énergies marines renouvelables », expliquait notamment la sixième de ses soixante propositions, qui visait également à défendre l'agriculture française et la ruralité. Celui de son rival était-il plus étoffé ? Sur les trente-deux propositions de Nicolas Sarkozy, le président sortant, aucune ne portait sur la stratégie maritime. Peut-être considérait-il que l'essentiel avait été fait avec la réforme portuaire lancée en 2008.

Les prochaines élections présidentielles seront-elles placées sous le signe de la grande bleue ? Les candidats déclarés aux primaires à droite ont fait l'impasse sur le sujet. Que ce soit Alain Juppé, Jean-François Copé ou Bruno Le Maire, tous ignorent le sujet. Auteur d'un rapport d'information sur le Grand port maritime de Marseille en 2011, Hervé Mariton n'est guère plus loquace.

Mélenchon, pour une "stratégie horizontale"

Et à gauche ? Maintenant que le flou sur l'organisation de primaires est levé, on peut espérer que quelqu'un sorte du bois. Même si ses intentions manquent de précision, Jean-Luc Mélenchon se démarque de ses rivaux en étant le seul à miser sur la mer.

« Nous appelons à la construction d'une stratégie horizontale couvrant tous les aspects économiques, sociaux et environnementaux qui peuvent naître des mers et océans. Nous appelons à faire de cette grande ambition maritime une ambition de la France pour l'Europe, en s'inspirant de la vision et de l'intelligence qu'eut à son époque François Mitterrand en créant le programme Eureka. La France se mutile en refusant sa vocation en mer. L'heure des îles, des côtes et des océans a pourtant sonné. Cessons de déprimer ! Prenons confiance en nous-mêmes, tournons le dos aux psalmodiants du déclinisme ! Le goût du futur est salé comme l'eau de mer », expliquait-il dans une tribune corédigée avec Younous Omarjee, le député européen de l'Union pour les Outre-mer.

Mélenchon, futur ministre de la Mer ?!

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ENCADRÉ

Ressources marines: la France assise sur un tas d'or bleu

Difficile de délivrer un message plus clair. « Un des principaux devoirs qui s'imposent à notre pays est la connaissance des ressources du plateau continental étendu », explique le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dans son avis du 9 octobre, présenté par Gérard Grignon au nom de la Délégation à l'Outre-mer. Le jeu en vaut la chandelle, car les ressources potentielles du plateau continental sur lequel flotte le drapeau tricolore seraient gigantesques. Selon les travaux scientifiques compilés par le CESE, la France disposerait de ressources en hydrocarbures, notamment en Guyane, en Nouvelle-Calédonie, à Saint-Pierre-et-Miquelon et en Antarctique.

Sélénium, molybdène, baryum, germanium

En terre Adélie, précisément. Ont également été détectés des sulfures hydrothermaux, c'est-à-dire des minerais massifs, riches en métaux de base tels que le cuivre, le zinc, l'argent et souvent l'or, présentant pour certains sites atlantiques des teneurs importantes en cobalt auxquels sont souvent associés des éléments rares tels que le sélénium, le molybdène, le baryum, le germanium... L'Ifremer a également repéré des sites de sulfures hydrothermaux dans les 350 miles potentiels à l'est de la microscopique île de Clipperton, située dans l'océan Pacifique et également dans les extensions des îles Saint-Paul et Amsterdam, dans l'océan Indien.

Fer, nickel, cobalt, cuivre

Dans le Pacifique, et notamment en Polynésie française, la France posséderait des encroûtements cobaltifères. Pourquoi sont-ils précieux ? Ils sont riches en oxyde de fer et de manganèse, en cobalt et en platine. On peut aussi y trouver des éléments rares tels que l'yttrium, le titane, le lanthane... La France peut également compter sur la richesse des nodules polymétalliques - des boules sombres de 5 à 10centimètres de diamètre - présents sur le sol marin de tous les océans à partir de 4 000 mètres de profondeur. Ces boules contiennent surtout des hydroxydes de manganèse et de fer fréquemment enrichis de nickel, de cobalt et de cuivre.

Si la France parvient à exploiter ces ressources, elle pourrait sécuriser tout ou partie de son approvisionnement pour certains métaux stratégiques, la durée des réserves des gisements terrestres pour les matières les plus critiques étant préoccupante. Selon une étude publiée par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) en juillet 2010 sur le potentiel de recyclage de certains métaux rares, cette durée est en effet estimée à treize ans pour l'argent et moins de cent ans pour le cobalt.

« Des échantillons de sulfures hydrothermaux montrent que le gisement pourrait être équivalent aux ressources terrestres. La surface de la plupart des dépôts est significativement enrichie en cuivre et zinc, dont le total dépasse 10 % dans plus de 65% des sites » précise cette étude.

Ressources biologiques et génétiques

De l'hydrogène naturel serait également enfoui dans les fonds sous-marins, ainsi que des terres rares (sélénium, tellure, cadmium, baryum, etc.) très recherchées en raison de leurs propriétés chimiques, électromagnétiques, vitales aux technologies de pointe, aux semi-conducteurs, à l'industrie de défense en passant par la téléphonie et les énergies renouvelables.

Ce n'est pas tout. La France pourrait aussi tirer parti des ressources biologiques et génétiques des grands fonds marins qui, selon une étude récente de l'Ifremer, ont un potentiel énorme pour toute une variété d'applications commerciales, dans le secteur médical, notamment pour le traitement des cancers et en dermatologie, dans le secteur cosmétique, dans les processus industriels et de la biorestauration.

Une toute récente enquête menée par une équipe scientifique réunissant des chercheurs français (Ifremer), allemands (Senckenberg am Meer), belges (Ghent University) et portugais (IMAR & University of Aveiro) précise par ailleurs que dans ces plaines abyssales se trouve une faune particulièrement diversifiée. « Les zones avec nodules abritent même encore plus de biodiversité que celles sans ! », estiment les scientifiques. F. P.

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Serie ETE2

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Commentaires
a écrit le 03/09/2016 à 17:20 :
Vous savez ce que disait Eric Tabarly : "La mer c'est ce que les politiques ont dans le dos lorsqu'ils regardent la plage" Y at'il une piscine à l'ENA ?
a écrit le 30/08/2016 à 7:27 :
Mélenchon, ministre de la Mer ? Mais ministre de qui ? Pour l'instant il est candidat à l'élection présidentielle et il ne me semble pas que quelqu'un à gauche puisse être à son niveau de compétence et d'expertise dans le domaine de la mer, comme dans celui de l'écosystème compatible avec la vie humaine et animale. Il ne m'apparais pas non plus que quelqu'un à gauche puisse être devant lui à la présidentielle.
Par ailleurs s'il y avait que sur la mer que le débat était inexistant on pourrait se dire qu'il s'agit simplement d'un oubli. Hélas le débat politique français est d'une indigence particulièrement remarquable.
a écrit le 29/08/2016 à 16:23 :
Et oui , encore une lacune de plus, pauvre J.J Cousteau......
a écrit le 29/08/2016 à 10:05 :
Certes ces richesses sont intéressantes et pourraient relancer une partie de l'économie française mais savons nous les exploiter sans polluer et sans perturber l’écosystème marin qui est particulièrement fragile et menacé ?

Iles plastiques, zones mortes, Fukushima, pollutions chimiques et industrielles, surpêches, le capitalisme a littéralement massacré les océans, dans un article du monde diplomatique que je ne retrouve pas on parle dorénavant d'eaux sales, d'océans de boues, devons nous continuer de les regarder comme la poule aux oeufs d'or qu'ils ont été ou bien ne serait il pas plus raisonnable, si nous voulons encore en profiter, de nous mettre à l'économiser et à en exploiter les richesses de façon bien plus mesurée ?

Si un pays n'a pas les moyens de produire sans détruire qu'il s’abstienne, le bilan écologique de notre société de consommation est désastreux merci de penser de temps en temps à nos enfants.

Alors exploiter ces richesses en reversant une bonne partie des bénéfices afin de nettoyer et d'entretenir les océans oui pourquoi pas, mais si c'est pour ajouter de la destruction et de la pollution en plus ce n'est vraiment pas la peine. Et vu comme nos multinationales sont peu sensibles aux arguments écologiques, sauf pour la pub et le marketing bien sûr, préférant sans engraisser ses actionnaires plutôt que de préserver la terre je pense sincèrement qu'il serait peu raisonnable de se précipiter.
Réponse de le 29/08/2016 à 14:10 :
Allez dire ça à un chômeur longue durée en fin de droit.
C'est quand même ahurissamt de constater qu'il y a des gens qui préfèrent rester dans la médiocrité plutôt que d'essayer de sortir par le haut du bourbier dans lequel on est depuis 20 ans !!
Ne sous-estimez pas la capacité innovative des entreprises françaises pour exploiter sans massacrer la faune et la flore, surtout aujourd'hui avec l'eco-système des start-ups qui peuvent résoudte beaucoup us de problèmes que vous ne le pensez. Mais à condition bien entendu de commencer par exploiter toute cette richesse. Il faut aller de l'avant et non pas en arrière !!
Il y en a marre du romantisme économique à la française, regardez dans quel pétrin cela nous a mené.
Réponse de le 29/08/2016 à 17:08 :
A citiyen motivé: Je ne vois aucun lien entre votre premier paragraphe et votre second.

Et où voyez vous du romantisme dans mon commentaire je vous prie ??? Quel est donc le rapport avec le sujet ?

Bref il serait bien que les soldats de la World Company soient plus clairs ils en seraient bien plus crédibles parce que votre commentaire ne dit strictement rien. Merci.

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