La Polynésie française s'enfonce-t-elle dans une nouvelle crise ?

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Gaston Flosse était une nouvelle fois devant les tribunaux de justice mercredi
Gaston Flosse était une nouvelle fois devant les tribunaux de justice mercredi (Crédits : Reuters)
Alors que Gaston Flosse, l'ex-président de la Polynésie française était à nouveau devant la justice cette semaine, l'instabilité politique guette. L'économie de l'archipel en subit amèrement les conséquences.

Mercredi, Gaston Flosse, l'ex-président de la Polynésie française et ex-sénateur UMP puis Divers droite, comparaissait devant la Cour d'Appel de Papeete dans l'affaire des annuaires de l'Office des postes et télécommunications (OPT), dite aussi affaire Haddad/Flosse, après l'annulation du procès de première instance.

Jeudi, après avoir délibéré, la Cour de Papeete a décidé de rejeter les citations directes du parquet général. Résultat, en l'absence de procès en appel et après l'annulation du jugement de premier instance, le procès pourrait repartir à zéro, voire être annulé en cas de prescription.

C'est la suite et peut-être la fin d'un feuilleton qui dure depuis 2013. Un rappel des faits s'impose. En janvier 2013, Gaston Flosse était condamné dans cette affaire à cinq ans de prison ferme, 83.800 euros d'amende et cinq ans de privation de ses droits civiques pour trafic d'influence passif et corruption active. Il avait également été condamné, solidairement avec quatre autres prévenus, à payer 4,1 millions d'euros à l'OPT au titre du préjudice matériel, et 25.000 euros au titre du préjudice moral.

Que reprochait la justice à Gaston Flosse ? Il est soupçonné d'avoir touché 1,6 million d'euros en liquide de la part d'Hubert Haddad, entre 1993 et 2006, pour favoriser les "Éditions Publicitaires du Pacifique" qui appartiennent à l'homme d'affaires. En échange de cette somme, il aurait permis à Hubert Haddad de récupérer les annuaires publicitaires de l'OPT, de la compagnie aérienne Air Tahiti Nui et de la chaîne de télévision Tahiti Nui Télévision.

Mais en juin 2014, la Cour d'Appel de Papeete avait prononcé la nullité de l'ordonnance de renvoi et annulé le jugement de première instance. Pour quel motif ? Les avocats de Gaston Flosse et de deux autres prévenus avaient demandé l'annulation de l'ordonnance de renvoi au motif que les accusations contre leurs clients étaient trop imprécises.

Le parquet n'avait pas formé de pourvoi en cassation, mais avait demandé quelques mois plus tard à la Cour d'Appel de statuer sur le fond de l'affaire, une "procédure extraordinaire" pour les avocats de Gaston Flosse et d'Hubert Haddad. Selon eux, la Cour d'Appel a "vidé sa saisine" et le procès ne peut pas se tenir.

Gaston Flosse et la justice, une longue histoire

Avec ce dossier, qui pourrait donc se refermer, Gaston Flosse, 86 ans, cofondateur du RPR et grand ami de Jacques Chirac, ne connait pas ses premiers ennuis avec la justice. Sa « fiche technique » est chargée, comme le précise l'ouvrage « Délits d'élus » de Graziella Riou Harchaoui et Philippe Pascot.

Quelques exemples. En février 2009, Gaston Flosse fut condamné en appel à un an de prison avec sursis et un an d'inéligibilité pour avoir en mai 2004 au soir des élections territoriales organisé une réception à la présidence pour fêter la victoire de son parti.

"Sauf que Gaston Flosse a vendu la peau de l'ours un peu vite puisque son parti a perdu et que le vainqueur n'a pas apprécié de constater que la soirée - 24.000 euros en grande partie pour des sushis - avait été financée par les contribuables et il a déposé une plainte contre X ", expliquent les deux auteurs.

En mars 2012, Gaston Flosse a été condamné pour détournement de fonds publics. Il avait employé une femme de ménage à son domicile en la rémunérant sur des fonds publics. Le sénateur devra s'acquitter d'une amende de 3.300 euros et verser 3.400 euros de dommages et intérêts au bénéfice de l'Assemblé de Polynésie française. En février 2013, en première instance et en appel, Gaston Flosse est condamné à quatre ans de prison avec sursis et trois ans d'inéligibilité dans une affaire d'emplois fictifs concernant une centaine de personnes au détriment de la présidence de la Polynésie française...

Cette présence régulière de Gaston Flosse devant les tribunaux est-elle si grave ? Ce ne le serait pas vraiment si celui-ci avait abandonné la politique. Or, parce qu'il n'a pas l'intention d'abandonner le combat - il a d'ores et déjà prévenu qu'il comptait faire son retour en 2017 - ses ennuis judiciaires pèsent sur la situation politique dans l'archipel polynésien. Au sein même de Tahoeraa Huiraatira, le parti politique polynésien le plus puissant, la guerre est déclarée entre Gaston Flosse, son président, et Edouard Fritch, son ex-gendre qui en est le président délégué.

A un mois des sénatoriales partielles, cette division menace la majorité gouvernementale puisque si Tahoeraa Huiraatira contrôle 38 sièges sur 57 à l'Assemblée locale, ses élus se répartissent entre les pro-Flosse, majoritaires, et les pro-Fritch. La majorité d'Edouard Fritch est donc clairement menacée. Certains redoutent une nouvelle période d''instabilité politique comparable à celle vécue par la Polynésie française entre 2004 et 2013. Au cours de cette période, l'archipel a connu dix présidents du pays, treize gouvernements et dix présidents de l'Assemblée de la Polynésie française.

L'économie est en berne

Évidemment, le secteur économique souffre de ces dissensions, de cette instabilité politique. Le taux de chômage atteignait 11,7% de la population active en 2007. Il culmine aujourd'hui à 22%. Depuis la fin des essais nucléaires en 1996 et le départ de la plupart des forces militaires de Polynésie, le tourisme est le principal secteur économique. Il est composé de 2.700 entreprises, qui génèrent 15 % du chiffre d'affaires de la Polynésie française et emploient 16 % des effectifs salariés. Mais il a beaucoup souffert ces dernières années sans que l'Etat français ne bouge le petit doigt, regrettent les élus locaux et les représentants des forces vives locales.

En janvier, dans son bulletin de conjoncture, l'Institut d'émission d'outre-mer (IEOM) donnait l'explication suivante :

"Soumis aux aléas de la conjoncture internationale, en particulier nord-américaine, le produit touristique polynésien a toutefois des difficultés à garder sa place dans un contexte concurrentiel accru. La Polynésie française n'a bénéficié ni de la croissance du tourisme mondial, ni de la dynamique porteuse de la zone Pacifique. En essor dans les années 1990, la fréquentation s'affiche en retrait sur la décennie. Cette baisse, qui concerne l'ensemble des marchés émetteurs, a pesé sur la rentabilité des établissements hôteliers et entraîné une réduction des capacités d'accueil et de la desserte aérienne, qui sortent affaiblies de la crise ".

Concrètement, quand la Polynésie accueillait 252.000 touristes en 2000, elle en a reçu moins de 169.000 en 2012 avant de remonter à 180.660 l'année dernière ! Bien sûr, des éléments conjoncturels expliquent ce déclin. Mais, comme le précise le rapport annuel 2014 de la Cour des comptes, il trouve également son origine dans l'absence de gouvernance politique et l'inefficacité des tentatives stratégiques.

Un problème évident de gouvernance pour la Cour des comptes

Les Sages de la rue Cambon dénoncent notamment " l'intrusion inefficace du pouvoir exécutif local dans la promotion du tourisme" (...) et précisent qu'en Polynésie française, "des études et des schémas pluriannuels plus ou moins détaillés ont été réalisés à un rythme soutenu depuis 2005 sans réelle validation et sans mise en application" et que "la collectivité dispose de bases de données statistiques mais, au-delà des informations liées à la fréquentation et aux indicateurs de dépenses, elle n'a que peu d'enquêtes de satisfaction permettant d'adapter son offre touristique à la demande réelle". "En Polynésie française, la collectivité de Polynésie devrait également s'affirmer comme le pilote de l'action touristique ", préconisent-ils...

Le résultat est sans appel. "Dans la zone Océanie, la Polynésie française apparaît de plus en plus distancée par les grandes destinations de la région comme Hawaï (plus de sept millions de touristes), Guam ( plus d'un million de touristes) et Fidji (661.000) ou les nouvelles destinations que sont les îles Cook (122.000 touristes en 2012), Samoa (126.000) ou encore le Vanuatu (108.000) ", détaille le rapport.

Sans surprise, compte tenu du contexte, les projets peinent à être lancés. C'est, par exemple, le cas du complexe touristique de Mahana Beach qui devrait comprendre 52 hectares avec hôtels de luxe, casino, sur la côte ouest dont le montant est estimé à au moins 3 milliards d'euros. Faute d'investisseurs - des entreprises chinoises seraient sur les rangs -, les pelleteuses restent remisées au garage.

La plupart des secteurs tournent au ralenti

Certes, le tourisme a retrouvé quelques couleurs depuis 2013 grâce au retour des bateaux de croisières dans les ports de Tahiti, Bora-Bora ou encore Moorea, entre autres îles paradisiaques. En 2014, l'activité touristique connaît un regain de fréquentation (+10 %), portée par le dynamisme de la croisière (+43 %), qui bénéficie d'une présence accrue des paquebots internationaux, précise l'IEOM. Mais cette embellie doit être relativisée puisque, comme l'indique une étude de l'Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF), certes datée, les dépenses des touristes "terrestres" sont deux fois plus importantes que celles des amateurs de croisières. C'est notamment vrai pour la partie hôtellerie et restauration.

Dans ce contexte, deux questions se posent. D'autres secteurs pourraient-ils prendre le relais du tourisme pour relancer l'activité ? Quelles sont les perspectives économiques de l'archipel ?

" L'économie polynésienne a montré en 2014 de premiers signes d'amélioration. L'économie reste toutefois fragile, l'activité demeurant globalement peu dynamique. La consommation des ménages, véritable moteur de la croissance, manque encore de fermeté, et l'investissement des entreprises peine à repartir, en dépit d'une meilleure confiance des entrepreneurs sur le moyen terme. Pour les mois à venir, l'enjeu reste de favoriser rapidement les relais de croissance susceptibles de relancer l'économie et de recréer suffisamment d'emploi pour faire refluer le chômage. L'espoir pour 2015 passe par la consolidation des secteurs clés que sont le tourisme et le BTP. L'activité touristique devrait notamment profiter du renouveau de la croisière et d'une fréquentation accrue, dans un contexte international plus favorable. Les marges de manœuvre financières retrouvées du Pays et l'engagement de l'État doivent également permettre de soutenir le secteur du bâtiment et d'accroître en particulier la construction de logements sociaux", explique l'IEDOM dans son bilan 2014 publié ce vendredi.

Sortie de crise ou gâchis

La sortie de crise est-elle en vue ? Il serait temps car le climat social se détériore, en témoigne la multiplication des conflits ces dernières semaines. La Caisse de prévoyance sociale (CPS) et Electricité de Tahiti (EDT) tournent au ralenti. À la Presqu'île, les médecins de l'hôpital de Taravao ont également manifesté leur mécontentement. La majorité des salariés de l'Huilerie de Tahiti sont toujours en grève depuis une semaine, laissant craindre le pourrissement du coprah non récolté dans les îles voisines. Ils réclament notamment des revalorisations salariales et le paiement des jours fériés. Comment dit-on gâchis en tahitien ?

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Commentaires
a écrit le 29/05/2017 à 22:19 :
eh bah bravo le model je suis Ariitea 5°B vous rendez vous compte de ce que vous nous apporter comme model????
a écrit le 19/04/2015 à 19:19 :
La Polynésie n'échappe pas à la corruption, celle-ci est un frein à un développement touristique, car elle entrave la notion de service qu'attend la clientèle, en faisant croire que l'on peut vivre sans travailler honnêtement et correctement, aux frais des contribuables de la métropole.
Réponse de le 19/04/2015 à 23:56 :
Vous forcez un peu le trait , la Polynésie est un moteur économique ainsi que la nouvelle Calédonie dans le pacifique , c'est la métropole et les dom tom qui sont en panne . Les batailles de personnes ne sont pas importantes ce n'est qu'un microcosme . Ils sont auto-suffisants et ne coutent rien à la métropole , pour preuve le francs pacifique ba des records .
a écrit le 19/04/2015 à 14:07 :
Sans compter Lles conflits d’intérêts lorsque les magistrats restent trop longtemps en Polynésie (260 000 ha). Par exemple sous le Gouvernement Flosse l'épouse d'un magistrat du Parquet travaillait dans le Gouvernement Flosse en 2014. Quelle est la crédibilité de la justice ? On devrait rendre obligatoire une mobilité en outre-mer pour garder une justice impartiale et des incompatibilités de fonctions pour les épouses qui font de la politique dans le même ressort de la Cour d'appel où le mari est nommé...
a écrit le 18/04/2015 à 23:25 :
La Polynésie c'est le paradis sur terre, tout devrait aller bien pourquoi tous ces problèmes ?
a écrit le 18/04/2015 à 10:27 :
A chaque fois que le nom de Gaston Flosse apparaît, je pense à JPK. JPK, tu n'es pas oublié (de tous)..
a écrit le 18/04/2015 à 8:38 :
Prototype de la politique à la francaise, de la justice et avec des consequences qui vont avec...
Réponse de le 18/04/2015 à 20:43 :
Peut-être ne faudrait-il pas confondre ump et France... Néanmoins, magnifique exemple de corruption qui montre bien que tout "homme" a un prix...
Réponse de le 19/04/2015 à 17:54 :
@yvan: s'il n'y avait que Flosse, on pourrait croire à une exception, mais on a aussi Cahuzac, DSK, et Juppé qui, cerise sur le gateau, a même le culot de se présenter aux présidentielles. Le système français est quand même pas mal corrompu (quel que soit le parti), non ?
a écrit le 18/04/2015 à 0:17 :
Quelle catastrophe de voir ces contrées aussi fabuleuses "pilotées/coulées" par ces parasites.... La Polynésie mérite mieux, et surtout pas de se faire guider par des bureaucrates parisiens.
Le système ne s'en sortira que lorsque l’intégralité du sud pacifique retrouvera une unité totale historique. La zone économique est énorme, et la population assez faible pour vivre dans un autre univers que celui d'agglutinement des gens en tours de 45 étages...
a écrit le 17/04/2015 à 23:41 :
le tourisme, très voire trop cher au regard de l'offre. Les liaisons internes d'airtahiti coûtent un prix exagéré, compréhensible lorsque l'on sait que plus de 50% des voyageurs ne paient pas (la famille au sens large des employés bénéficiant de billets gratuits). économiquement la monnaie locale devrait être dévaluée d'au moins 40% pour faire correspondre l'offre au prix de marché
La pêche, vendue aux chinois alors qu'il suffirait que les polynésiens se l'approprient et l'exploitent eux mêmes (des réserves considérables)
Bien d'autres exemples, l'exploitation de ressources naturelles, le rhum (un des meilleurs), la vanille, les perles...
a écrit le 17/04/2015 à 22:51 :
Vite, larguons ces fainéants qui vivent de mes impôts
Réponse de le 19/04/2015 à 9:19 :
ces fainéants comme tu dis ont permis à ta patrie d'être une puissance nucléaire, de développer l'énergie nucléaire, de posséder un territoire maritime immense, entre autre ! En retour, on a eu droit à votre poison, votre corruption et votre manque de considération ! Tes impôts, gardes les ! Qu'ils allaient nourrir d'autres gâchis franco-français !
Réponse de le 20/04/2015 à 12:25 :
Oui, bien sûr, et la Métropole ne vous a rien apporté....
Ceci dit, Bonne Nouvelle, on est d'accord ! Vite, votre indépendance et le tiers monde dans 15 ans, comme à Haïti...
Réponse de le 08/02/2016 à 15:54 :
Certes le "fiù" fait parti de la mentalité de la majorité de la population mais chez nous beaucoup s'accommodent facilement du RSA sans se soucier de trouver un quelconque emploi car cela leur permet de percevoir d'autres aides comme l'APL etc...à méditer !
a écrit le 17/04/2015 à 22:39 :
Vite, larguons ces fainéants qui vivent de les impôts,
Réponse de le 08/02/2016 à 16:07 :
Olivier je me permets de vous dire que vous exagérez en la matière de parler ainsi de ce peuple qui comme chez nous en Corse est très attaché comme Maomi à sa culture et effectivement permis à notre nation d'accéder à l'arme nucléaire alors qu'à l'époque personne ne voulait que ces essais se produisent sur le sol National y compris chez moi en Corse...à méditer !!!
a écrit le 17/04/2015 à 22:38 :
Vite, larguons ces fainéants qui vivent de les impôts,
a écrit le 17/04/2015 à 21:20 :
Un système social figé, l'assistanat, la mentalité socialiste, tout cela ruine et détruit. La France est en plein naufrage partout. Trop de mensonges et trop de mépris détruisent la société.
Réponse de le 17/04/2015 à 22:55 :
Flosse est socialiste maintenant ?

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