Le marché des radars automatiques se fait flasher par la justice

La justice enquête sur des soupçons de favoritisme pour plusieurs contrats conclus entre plusieurs sociétés privées et l'Etat entre 2003 et 2011.

2 mn

En 2015, il y avait 2181 radars fixes déployés sur les routes et autoroutes de France.
En 2015, il y avait 2181 radars fixes déployés sur les routes et autoroutes de France. (Crédits : © Regis Duvignau / Reuters)

L'enquête pour "favoritisme et prise illégale d'intérêts" est en cours depuis le 29 mars dernier, mais l'information a filtré seulement ce lundi. La justice, en l'occurrence le parquet national financier (PNF), en lien avec l'Office central de lutte contre la corruption (OCLCIFF), s'intéresse aux conditions dans lesquelles plusieurs marchés publics de radars automatiques ont été attribués.

En novembre 2015, l'association anticorruption Anticor avait porté plainte, soupçonnant la société Atos, ainsi que Morpho (Safran I&S) vendue récemment à Advent/Oberthur, d'avoir été favorisées. Selon l'association, Atos "a été bénéficiaire de quatre marchés publics faramineux"  signés entre 2003 et 2011, "en dehors du respect des règles du code des marchés publics" affirme Anticor.

Lien avec le pouvoir

L'actuel Pdg d'Atos - en poste depuis 2009 - Thierry Breton, avait auparavant été ministre de l'Economie de 2005 à 2007. Son directeur général adjoint, Gilles Grapinet, était également son directeur de cabinet lorsqu'il était à Bercy. Quant à Francis Mer, aux Finances de 2002 à 2004, il est devenu Pdg de Safran en 2007. Selon Anticor, le fait pour ces dirigeants d'avoir occupé des fonctions ministérielles a pu "influer sur la signature des contrats" qui représenteraient plus d'un milliard d'euros en cumulé.

La plainte d'Anticor se base sur un rapport de 2014 de l'Inspection générale de l'administration (IGA). Cette dernière notait qu'Atos avait participé aux réunions de préparation pour un des marchés, et surtout, que "les délais étaient (...) intenables" pour permettre une réelle mise en concurrence. "C'est un dossier exemplaire sur l'ambiguïté qui règne entre secteur public et privé", a estimé de son côté Jérôme Karsenti, l'avocat de l'association. "L'Etat a délégué ses missions les plus régaliennes à des entreprises privées et payé beaucoup plus cher que s'il avait assuré lui-même ces prestations", a-t-il ajouté.

Pour l'avocat d'Atos, Anticor fait tout simplement fausse route. "Jamais le nom de Thierry Breton ni celui de Francis Mer n'apparaissent dans le rapport de l'IGA" affirme Olivier Baratelli, qui poursuit : "Il y a eu de 2003 à 2015 à cinq ou six reprises des contrôles de la Cour des comptes et d'autres organismes d'Etat qui ont tous conclu à la régularité parfaite" des marchés.

(Avec AFP)

2 mn

Replay I Nantes zéro carbone

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 8
à écrit le 04/10/2016 à 18:15
Signaler
ATOS entend, par la voix de son avocat Maître Olivier Baratelli, réagir à votre article intitulé « Le marché des radars automatiques se fait flasher par la justice » qui reprend les informations erronées publiées par Mediapart le 1er octobre 2016, so...

à écrit le 04/10/2016 à 15:21
Signaler
"...Prise illégale d’intérêt", si on ne peu plus faire quelques bonnes affaires entre potes de promos... Pour une fois que ce n'est pas une autoroute financée par le contribuable et refourguée à vil prix à quelque potes avec péage fournissant une sy...

à écrit le 04/10/2016 à 13:35
Signaler
J'ai bien peur qu'en matière de sécurité routière, ce genre de collusion entre pouvoir public et entreprise privée ne soit pas exceptionnelle. Souvenez-vous de l'affaire des éthylotests qui sont devenus obligatoires parce qu'une association avait fai...

le 04/10/2016 à 16:09
Signaler
Entièrement d'accord avec vous on peut fortement craindre une sale habitude prise par nos politiciens et nos hommes d'affaires et la justice n'aura pas les moyens de tous les condamner.

à écrit le 04/10/2016 à 10:44
Signaler
Dans ce pays , il y a plein de gens qu'on rien à bouffer , mais pour les radars , ça de l'argent y en a.

le 04/10/2016 à 14:09
Signaler
Presque : Chaque année, les Français gaspillent de 1.2 à 6 millions de tonnes de nourriture. Cela représente un gaspillage alimentaire de 2 à à 100 kilos d'aliments comestibles par personne et par an. Ainsi, au minimum 38 kilos de nourriture jetés c...

à écrit le 04/10/2016 à 10:39
Signaler
que dans cette période le ministère de l'intérieur, qui a la tutelle de la sécurité routière, a abrité quelques "pointures" à l'honnêteté proverbiale... Sarkozy, Hortefeux, Guéant, Alliot-Marie, qui ont tous eu affaire à la Justice par la suite.

à écrit le 04/10/2016 à 9:25
Signaler
Merci beaucoup pour cette information majeur qui va me mettre du baume au coeur parce que les nouvelles n'étaient vraiment pas bonnes jusqu'à présent. Je ne pensais pas que ce dossier serait un jour saisi par la justice, c'est un vrai miracle mêm...

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.