Le projet de loi El Khomri divise les chefs d'entreprises

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Pour 75 % des chefs d’entreprises, le Code du travail actuel représente un frein à la création d’emploi.
Pour 75 % des chefs d’entreprises, le Code du travail actuel représente un frein à la création d’emploi. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Interrogés dans le cadre de « La grande consultation » par Opinion Way pour CCI France/La Tribune/ Europe 1, les chefs d'entreprises se disent plus inquiets qu'en février. Le projet de loi porté par la ministre du Travail fait autant de contents que de mécontents.

La reprise a été plus forte que prévu en 2015. Le PIB n'a pas augmenté de 1,1 % mais de 1,2 %, soit 1 point de plus qu'en 2014. Elle devrait s'accélérer - timidement - en 2016 pour s'élever à + 1,5 %. Et alors, serait-on tenté de dire ? Cette reprise progressive n'est pas assez vigoureuse pour redonner le sourire aux chefs d'entreprises.

Interrogés dans le cadre de " La grande consultation " par Opinion Way pour CCI France/La Tribune/ Europe 1*, les dirigeants d'entreprises se disent plus inquiets qu'en février. Ils sont 43 %, contre 40 % en février, à témoigner de leur inquiétude. La morosité est particulièrement élevée dans le secteur du commerce.

Beaucoup de pessimistes, peu d'audacieux

Ils ne sont 7 %, contre 11 %, à se déclarer audacieux... A noter, les chefs d'entreprises les plus optimistes œuvrent dans le secteur des services. C'est dans l'industrie que le pessimisme est le plus élevé.

Seul point positif que l'on peut relever de cette batterie d'indicateurs, les chefs d'entreprises sont plus nombreux à prévoir d'embaucher. Ils sont en effet 8 %, contre 6 % en février, à envisager d'augmenter leurs effectifs. Paradoxalement, compte tenu du pessimisme qui y règne, c'est dans l'industrie que les intentions d'embauche sont les plus élevées.

Le projet de loi El Khomri divise les chefs d'entreprises

Dans ce contexte, la modification du code de travail que prévoit le projet de loi porté par Myriam El-Khomri, la ministre du Travail, est-elle de nature à leur redonner confiance ? S'ils sont 75 % à considérer que le code du travail actuel est un frein à l'activité et à l'embauche, le projet gouvernemental partage les dirigeants. En effet, quand 47 % d'entre eux se déclarent favorables au texte, 46 % affichent leur défiance. Néanmoins certaines mesures séduisent. La possibilité de négocier au sein de chaque entreprise pour organiser la production et le temps de travail séduit 83 % des chefs d'entreprises. L'extension du forfait jour aux PME est saluée par 72% d'entre eux. Ils sont  66 % à réclamer l'allègement des conditions du licenciement économique, en cas de baisse de l'activité ou de pertes.

LGV, Sirven, Notre Dame des Landes... les chefs d'entreprises ne sont pas séduits

Le développement de grands projets d'infrastructures - de type Notre Dame des Landes, Sirven, les lignes à Grande Vitesse, Grand Paris... - peuvent-ils permettre d'accélérer leur activité ? En attendant que ces projets se concrétisent et qu'ils portent leurs fruits, les chefs d'entreprises n'en sont pas convaincus. Ils sont en effet 85 % à estimer que ces grands projets n'auront pas d'effet.

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a écrit le 01/04/2016 à 14:57 :
Les patrons dans les années 80 et suivantes savaient-ils ce qu'ils adviendraient de leurs carnets de commandes au-delà de 6 mois? On veut nous faire croire qu'avant, tout était sûr, que la situation était au beau fixe permanent, que l'on était loin d'un changement climatique. J'ai un peu l'impression que les patrons n'assurent plus leur rôle de preneurs de risques. C'est le sentiment que l'on a lorsque l'on lit le texte auquel on réagit. Tout et son contraire sont exprimés. Après l'avoir lu, on ne peut qu'être sceptique sur l'avenir. Ces chefs d'entreprise donnent l'air de se salariariser. C'est également à croire que les grandes écoles de commerce et de gestion ne forment plus aussi bien nos élites que dans les décennies précédentes. C'est vrai que de nos jours, il faut mieux faire l'ENA, là cela assure un CDI de 50 ans!!!!!
a écrit le 31/03/2016 à 12:15 :
Analyse peu cohérente, c'est sans intérêt que le commerce marche plus ou moins bien, que les grands chantiers genre NDL démarrent, ça ne créera aucun emploi car comme d'habitude, on l'a vu sur le chantier de l'EPR, une importation massive de travailleurs délégués des pays de l'est, et d'immigrés africains pour les métiers non qualifiés.
La France et le patronat français doivent être debout sur le sujet de l'exportation, le manque de professionnels qualifiés et l'actualisation de leur place dans l'entreprise, l'organisation de la logistique désastreuse entièrement à revoir,
Ca sert à quoi d'avoir un bts professionnel pour ne pas avoir 2 ou 3 fois le smic.
Ca sert à quoi de produire un objet à 10 euro quand la logistique vous en coûte 30?
a écrit le 31/03/2016 à 11:19 :
Juste deux mots sur le licenciement abusif. Au 21ème siècle, il semble normal d’interdire les licenciements abusifs. Nous ne sommes plus au 19 ème siècle.

Or, avec cette réforme, on a transformé une interdiction en option. J’ai maintenant le droit de licencier abusivement, pourvu que je paye l’amende. Et pour avoir de la visibilité, de souhaite connaître le montant maxi de l’amende.

Prenez le problème comme vous voulez, n’hésitez pas à m’invectiver, mais c’est un coup de canif de plus dans nos valeurs de société, qu'on le veuille ou non. J’espère que les enfants ne sont pas éduqués avec cette sale mentalité, sinon ce sera catastrophique pour l'équilibre même de la société. (Même indicative, la barémisation continue de poser un problème de principe).

Une illustration prise dans un autre domaine. Dans LES ECHOS du 5 mars 2013, David Wright, le secrétaire général de l'OICV. (l'Organisation internationale des commissions de valeurs) écrivait : « Il faut des sanctions beaucoup plus élevées et il faut des sanctions pénales pour les fautifs. Dans le cas du Libor, si les traders avaient su qu'ils risquaient des années de prison en manipulant les taux, ils n'auraient peut-être pas agi ainsi. »

Autre exemple. Il est difficile de déplorer le laxisme de la justice qui incite les délinquants à récidiver, puisque les sanctions sont minimes ou jamais appliquées. Avec cette politique, on transforme les interdictions en options.

En réalité (à mon avis) il eut été préférable de réformer fondamentalement les conseils de prud'hommes si ceux-ci rendent de mauvais jugement, où alors donner le droit à l'Etat de faire systématiquement appel en cas de jugement manifestement déséquilibré et partial.

On pouvait aussi définir la notion de licenciement abusif dans la Loi, en dresser un bilan tous les deux ans, et corriger peu à peu les insuffisances de la définition, au vu de la jurisprudence.
Réponse de le 31/03/2016 à 21:10 :
Trouveriez vous équitable, que, en cas d'infraction au code de la route, le tribunal puisse, en toute souveraineté, vous condamner à une amende dont lui seul déciderait du montant !!?????
2km heure d'excès, et deux ans de salaire à payer !!
Perso, dans de telle conditions, même si mon dernier PV remonte à 25 ans, je renoncerais à conduire !
Et bien, pour l'emploi, de telles conditions m'amènent à renoncer à signer des CDI ! Sous traitants, intérimaires, auto entrepreneurs et CDD feront l'affaire ! Dans certains cas, je préfère même renoncer à certains contrats !
Ce n'est pas de l'invective, c'est un constat !
La réalité est là : les TPE renoncent pour beaucoup à embaucher... c'est un fait !
Les lycéens et les fonctionnaires peuvent défiler autant qu'ils le souhaitent, les CDI ne se décrèteront pas !
a écrit le 31/03/2016 à 10:43 :
Quels points communs entre la TPE et la multinationale ? Il n'y a pas besoin de cette loi pour diviser les chefs d'entreprise...
Mais quels points communs entre l'intérimaire, le titulaire d'un CDD, celui qui a un CDI... et le fonctionnaire ??
La multinationale ne peut trouver que des avantages à cette loi, tandis que la petite entreprise reste engluée dans un code du travail illisible !
Une fois un CDI signé, le salarié est comme "adopté" par l'employeur : l'employeur devient responsable de tout et pour toujours ! Seul le salarié peut impunément répudier son employeur, mais l'employeur, lui, doit se justifier, doit prouver, doit dédommager... bref: ça lui coutera un bras !
Et comme le petit chef d'entreprise sait anticiper un minimum, il préfère s'abstenir dès le départ de signer des CDI (moins de 13% des contrats signés depuis 2012, alors que le CDD coute beaucoup plus cher ... ce n'est pas un hasard).
Cette loi devait assouplir les contraintes des CDI sur les petites entreprises, mais pour l'instant, c'est l'inverse !
Réponse de le 31/03/2016 à 12:26 :
La solution utilisée en Bretagne et en Vendée de coopératives d'employeurs en a fait des salariés compétants et motivés et des entreprises qui gagnent de l'argent débarrassés des soucis de gestion de personnel.
Je reste surpris de la très rare utilisation de cette méthode.
Est-ce que les patrons autres que Bretons et Vendéens sont incapables d'oeuvrer pour le bien commun?
Ou est-ce un mépris généralisé du personnel qu'on suppose incapable de faire plusieurs métiers dans plusieurs entreprises?
Réponse de le 01/04/2016 à 14:39 :
S'il y a cause réelle d'un licenciement, il n'y a aucun risque pour l'employeur d'avoir à payer une surprime par rapport à l'indemnité définie par le code du travail ou les conventions collectives. Le problème est uniquement pour un licenciement abusif sans cause réelle. Logiquement, ce n'est pas la majorité des cas. Si l'employé attaque son employeur pour un licenciement qu'il juge illégitime et qu'il gagne, c'est normal qu'il y est surprime à payer mais si l'employé est déjugé par les prud'homes, il ne touchera que ce qu la convention collective prévoit: où est donc le problème d'un honnête employeur?
a écrit le 31/03/2016 à 10:41 :
Ce qu'il faut aux employeurs pour embaucher, c'est des commandes à réaliser, et pas une instabilité constante des lois et règlements incluant le code du travail. Or, pour avoir des commandes, il faut du pouvoir d'achat. Or, le pouvoir d'achat c'est comme le moral, comme la météo d'aujourd'hui : il stagne au mieux, voir régresse le plus souvent.
a écrit le 31/03/2016 à 9:22 :
A quoi cela sert-il de modifier le code du travail?
Qui peut dire quel serait l'effet sur le chomage qui est l'objectif essentiel de ce texte?
Aujourd'hui il est quasi certain que modifier le code du travail en France est voué à l'échec, alors continuons à garder le statut du CDI et n'en parlons plus. Ne serait-il pas mieux d'assouplir les conditions du CDD en augmentant le salaire et en déduisant les charges ce qui au moins devrait avoir un effet direct sur le chômage?
a écrit le 31/03/2016 à 9:07 :
inutile de demander si ca etonne qqun............
a écrit le 31/03/2016 à 9:05 :
Ce projet de loi est déjà entrain de faire marche arrière toute ...
Ne vous y trompez pas, cette loi n'est plus le vrai sujet..
Des étudiants dans la rue pour manifester contre .....
Le vrai sujet est : est il encore possible de croire à la mise en œuvre de réforme sans lesquelles la France va continuer à crever...
Je dis NON ceci n'est plus possible.
La France va en crever et très vite, cela va faire très mal...
a écrit le 31/03/2016 à 9:02 :
Quand on sait que cela n'est que la mise en application d'une directive de Bruxelles et non pas une adaptation de notre économie, il y a de quoi être méfiant!

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