Le RN menace de censure en cas de taxation de certains retraités
latribune.fr
Le vice-président du Rassemblement national, Sébastien Chenu, prenant la parole lors de la motion de censure du RN contre le gouvernement Bayrou le 16 janvier 2025.
REUTERS/Benoit Tessier
L'idée lancée par la ministre du Travail de taxer certains retraités pour financer la protection sociale fait bondir du côté du Rassemblement national. Son vice-président, Sébastien Chenu, s'est dit ce mercredi « favorable » à « ne pas laisser passer » une telle mesure, faisant ressurgir la menace de censure de son parti sur le gouvernement.
De nouveau, le Rassemblement national (RN) brandit la menace de la censure. L'idée, avancée mardi par la ministre du Travail, de faire contribuer certains retraités au financement de la protection sociale a été l'élément déclencheur. « Taxer des retraités qui ont 2.000 euros de retraite » est « totalement scandaleux », a fustigé le vice-président du Rassemblement national, Sébastien Chenu, ce mercredi sur TF1. « S'il y a ça dans le budget (...) je suis favorable à ce qu'on ne laisse pas passer », a-t-il prévenu, suggérant ainsi que ce serait un motif de censure de son parti. Ce sujet est « en train de s'ériger en ligne rouge », a-t-il encore appuyé, avançant que cette taxation serait équivalente à une « spoliation » du « fruit du travail » des retraités.
Même position à l'autre bout de l'échiquier politique. « Je trouve ça scandaleux d'un point de vue démocratique », a réagi le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, sur BFMTV également ce mercredi. « Essayer de faire croire que c'est une mesure de justice fiscale d'aller s'en prendre aux retraités qui gagnent 2.000 euros par mois, ça me paraît vraiment très malhonnête », a-t-il jugé. LFI a déjà essayé de faire tomber le gouvernement Bayrou, en initiant une motion de censure la semaine dernière, après la déclaration de politique générale du Premier ministre. Elle n'avait toutefois pas récolté suffisamment de voix pour être adoptée et donc renverser l'exécutif.
À Matignon, on souligne que la proposition de la ministre du Travail est à ce stade « une position personnelle ». Mardi, Astrid Panosyan-Bouvet a évoqué cette idée sur TF1 alors qu'elle était interrogée sur une proposition du Sénat destinée à renflouer la Sécurité sociale. Les parlementaires ont proposé de faire travailler tous les actifs sept heures de plus par an, sans rémunération. Cette contribution au financement de la protection sociale « peut porter effectivement sur les personnes qui travaillent, mais ça peut porter aussi sur les personnes retraitées qui peuvent se le permettre », a répondu la ministre.
Astrid Panosyan-Bouvet a toutefois précisé que « ça ne doit pas concerner tous les retraités (...), ça peut être 40% des retraités ». « Il y a différentes taxes et cotisations qui pourraient être envisagées sur les retraités qui peuvent se le permettre (...) en fonction du niveau de pension. C'est à discuter, ça peut être 2.000 euros, ça peut être 2.500 », a-t-elle encore développé.
La ministre a justifié cette idée car « le financement de la protection sociale aujourd'hui incombe trop aux entreprises et aux travailleurs ». « Il y a un moment donné où il faut que cette charge soit mieux répartie sur l'ensemble de la population, surtout pour un risque qui est celui de la dépendance, qui concerne très principalement les personnes âgées, celles qui vont rentrer en situation de dépendance et en perte d'autonomie », a-t-elle souligné.
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Cette réflexion intervient dans un contexte où le gouvernement cherche à éviter la dérive des comptes de la Sécurité sociale. La piste des sept heures de travail supplémentaires par an sans rémunération, abandonnée sous le gouvernement Barnier, a été réactivée le week-end dernier par la ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités, Catherine Vautrin, dans un entretien au Journal du Dimanche. Il reste toutefois de nombreux points à encore éclaircir. « Il faut qu'on regarde avec les partenaires sociaux parce que ça peut être 10 minutes par semaine (...) il y a différentes applications en fonction des branches », a affirmé Astrid Panosyan-Bouvet. Elle a en tout cas écarté l'idée de la suppression « d'un jour périodique ».
Cette mesure devrait générer « deux milliards d'euros » pour financer « la dépendance et la branche autonomie », a indiqué la ministre. « Si on rajoute effectivement une contribution des retraités qui peuvent se le permettre, on serait sur peut-être 500, 800 millions d'euros de plus en fonction justement du seuil qui est décidé », a-t-elle précisé.
Ces deux idées ne font pas non plus l'unanimité, y compris du côté du bloc centriste, allié du gouvernement. Le député Mathieu Lefèvre, vice-président du groupe Ensemble pour la République à l'Assemblée nationale, a fustigé sur le réseau social X « deux idées anti-travail ». « Travailler sept heures de plus sans salaire supplémentaire, taxer les retraités qui ont travaillé toute leur vie, non et trois fois non ! Le travail doit payer », a-t-il réagi.
Un avis que ne partage pas sa consœur et membre du même parti, Aurore Bergé. Interrogée sur Europe 1, celle qui est aussi ministre de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations a estimé que son homologue du Travail avait « raison » d'engager la « réflexion » sur « un effort partagé dans la société dans un moment très contraint en termes de finances publiques ».
Le vice-président d'Horizons, Christian Estrosi, a aussi jugé la proposition sur les retraités « inadmissible », ce mercredi sur RTL. « Pour tous les retraités, c'est la même règle. Parce que si on commence à toucher à un niveau de retraite, la porte est ouverte et petit à petit on va en abuser et aller vers les pensionnés les plus faibles », a jugé le maire de Nice, ville prisée de nombreux retraités.
Également questionné sur ce sujet, le président du Medef ne s'est pas montré opposé à l'idée de faire contribuer les retraités. « Si tout le monde doit participer à l'effort de guerre, pourquoi pas », a indiqué Patrick Martin, rappelant que la retraite est actuellement « un système par répartition et donc (que) ce sont les salariés et les entreprises qui paient pour les retraites ». Mais pas n'importe comment : «Temporairement, de manière ciblée, en protégeant les petites retraites et en répartissant l'effort d'une manière équitable », a-t-il précisé. Le débat est lancé.