Les "Frexiters" Le Pen et Mélenchon se montrent peu curieux des modalités d'une sortie de l'euro

Par Florence Autret, à Bruxelles  |   |  670  mots
(Crédits : Reuters)
Depuis le début de l'année, cinq députés européens ont interrogé Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne, sur les modalités pratiques de sortie d'un pays de la zone euro. Ni Marine Le Pen ni aucun des 20 autres députés européens Front National ne comptent parmi eux. Pas plus que Jean-Luc Mélenchon.

Il n'y a pas qu'en France que l'on évoque l'hypothèse d'un retour à la monnaie nationale. Ces derniers mois, plusieurs députés européens italiens et allemands ont interrogé la Banque centrale européenne (BCE) sur les modalités pratiques d'une sortie d'un pays de la zone euro. L'ancien chef du patronat allemand Hans-Olaf Henkel, élu au parlement européen sur une liste du parti nationaliste allemand Alternative für Deutschland, a ainsi demandé au début de l'année au président de la BCE Mario Draghi si, en cas de sortie de l'Allemagne de la zone euro, la Bundesbank récupèrerait l'énorme créance (750 milliards d'euros en novembre 2016) qu'elle détient sur l' « eurosystème », sorte de caisse de compensation entre banques centrales nationales des pays membres de la zone euro.

Il se référait à une précédente réponse adressée par Francfort à une question des députés italiens Marco Zanni et Marco Valli (qui a rejoint le groupe Europe des Nations et des Libertés présidé par Marine Le Pen) dans laquelle Mario Draghi précisait que « si un pays devait quitter l'eurosystème, les créances ou les dettes de sa banque centrale nationale sur la BCE devraient être soldées intégralement ». Ce bilan, où certains pays sont fortement créanciers et d'autres fortement débiteurs, atteste en effet des déséquilibres qui minent la zone euro, comme l'ont souvent souligné tant ses adversaires que ses défenseurs, tel que l'économiste belge Bruno Colmant.

"L'euro est irrévocable"

Mais le président de la BCE n'a pas voulu cette fois-ci accréditer la possibilité du remboursement d'une banque centrale en rupture avec l'eurosystème. Dans une réponse datée du 8 avril adressée à M. Henkel et à quatre autres députés issus de l'AfD, du Mouvement Cinq Etoiles (Italie) et de Die Linke (Allemagne), Mario Draghi tranche : « Comme j'ai eu l'occasion de l'expliquer lors de mon audition du 6 février devant la commission ECON (ndlr : affaires économiques et monétaires du Parlement européen) et à de multiples occasions antérieurement, l'euro est irrévocable. Cela résulte du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne. (...) Il est inapproprié pour la Banque centrale européenne de s'engager dans des réflexions sur des hypothèses non prévues par le traité ».

En dépit du fait que la sortie de la France de la zone euro soit envisagée par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, tous deux députés européens, ni l'un ni l'autre n'ont pris la peine d'interroger la BCE sur ce sujet.

Mélenchon, pas avare de questions parlementaires

Le candidat Mélenchon n'est pourtant pas avare en questions parlementaires. Le 3 juillet 2014, celui qui envisage la nationalisation des banques volait au secours de BNP Paribas. "Que fait la Commission pour protéger les banques européennes?", interrogeait-il, suite aux sanctions décidées par la justice américaine contre la première banque du Continent. Elle venait de se voir infliger une amende record de près de 9 milliards d'euros pour avoir transférer des dollars vers des pays visés par un embargo, notamment l'Iran, la Lybie et le Soudan, dont le président est visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale. Autant de pays qui font tous par ailleurs l'objet de sanctions de la part de l'Union européenne

« Des poursuites en cascade sont en cours contre d'autres banques européennes pour violations de l'embargo: contre les Françaises Crédit agricole et Société générale, les Allemandes Deutsche Bank et Commerzbank et l'Italienne Unicredit. La Commission a-t-elle prévu de mettre en place des mesures de protection des banques européennes? », interrogeait le député européen devenu candidat à l'élection présidentielle dont le conseiller économique Jacques Généreux assure aujourd'hui qu'il entend « protéger (les Français) contre la finance toxique et la spéculation ».