Négociations ou "Grexit" : gauche et droite françaises s'opposent

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Alain Juppé, candidat à la primaire à droite, plaide pour une sortie sans drame de la Grèce de la zone euro.
Alain Juppé, candidat à la primaire à droite, plaide pour une sortie "sans drame" de la Grèce de la zone euro. (Crédits : DR)
La crise grecque alimente les joutes politiques franco-françaises. Si Alain Juppé plaide pour un "Grexit sans drame". Jean-Christophe Cambadélis et d'autres leaders de gauche, eux, plaident pour une reprise des négociations et appellent à une refondation de l'Europe.

C'est assez symptomatique, alors que le dossier grec concerne l'ensemble de l'Europe, la victoire du « Non » lors du referendum hellénique provoque un débat... franco-français qui oppose droite et gauche. A droite, globalement, on commence à prendre acte qu'une sortie de la Grèce de la zone euro serait la meilleure chose. A l'inverse, à gauche, on plaide plutôt pour une reprise des négociations avec le gouvernement d'Alexis Tsipras.

Juppé pour un "Grexit" tranquille


Il faut dire qu'Alain Juppé (Les Républicains) a jeté un sacré pavé dans la mare en demandant dans un billet publié sur son blog à l'Union européenne d'organiser la sortie de la Grèce de la zone euro, ce que l'on appelle le « Grexit » :


« La Grèce n'est plus en mesure aujourd'hui d'assumer des disciplines de la zone euro. Chercher à l'y maintenir à tout prix, par des arrangements de circonstance, fragiliserait l'ensemble du système. Nous devons l'aider à organiser sa sortie, sans drame. Ce qui ne veut pas dire qu'elle doit aussi sortir de l'Union ».


Des propos qui ne sont pas pour rassurer des places boursières déjà très fortement dans l'expectative au lendemain de la victoire du « Non ». Ainsi, la bourse de Paris perdait 2,01% à la clôture et Wall Street ouvrait à la baisse.

Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, a rejeté l'idée d'Alain Jupé : « A titre personnel je ne partage pas du tout cet avis (...). Il y a une responsabilité collective en terme de solidarité et de refinancement ». Le ministre appelle « à reprendre des discussions politiques avec la Grèce ». Mais, un peu plus tard, répondant à des lecteurs du quotidien La Provence, le même Emmanuel Macron a déclaré dans un singulier raccourci: "Le FN est un Syriza à la française, c'est le repli sur soi"...Dérapage non contrôlé?


Luc Chatel (Les Républicains) semble se rallier aussi à cette idée de Grexit . Il estime que si une « alternative » n'est pas trouvée dans les 48 heures, la Grèce « sortira de la zone euro ».
Éric Woerth, ancien ministre du Budget et conseiller politique de Nicolas Sarkozy, a lui aussi tenu des propos à peine moins durs que ceux d'Alain Juppé. Pour lui, une sortie de la Grèce de la zone euro ne serait « pas très grave » car la Grèce ne pèse pas grand chose. Mais, dans le même temps, il reconnaît que, niveau des principes, "c'est grave". De fait c'est le principe de l'irréversibilité de l'euro qui en prendrait un coup.
Mais, surtout, Eric Woerth souhaite que les négociations à venir sur la Grèce continuent d'imposer des réformes à ce pays : « On maintient les réformes et puis ensuite on discute du calendrier d'une nouvelle restructuration de la dette grecque ».

Le couple franco-allemand à l'épreuve


Une façon de faire pression sur François Hollande, tenté d'adopter une attitude plus ouverte qu'Angela Merkel - les deux dirigeants se rencontreront ce soir à Paris - à l'occasion de la tenue de l'Eurogroupe et du sommet des dirigeants de la zone euro qui se tiendront demain mardi à Bruxelles pour adopter la marche à suivre vis-à-vis de la Grèce. L'Allemagne ne veut pas entendre parler d'un nouveau plan d'aide à la Grèce, via une restructuration de sa dette. La France est sur une ligne moins dure, le ministre des Finances Michel Sapin appelle les grecs « à faire de nouvelles propositions »... façon de ne pas complètement fermer la porte.
Benoit Hamon, l'ancien ministre PS de l'Education Nationale, voit dans la position allemande très fermée, une occasion rêvée pour François Hollande « de reprendre le leadership ». Pour lui : "François Hollande, qui voulait peser sur les institutions européennes, a une opportunité historique de le faire et de proposer à l'Europe qu'elle ne se contente pas de coordination budgétaire".

Cette "exigence démocratique" à impulser en Europe passe selon lui par:

"un budget commun de la zone euro", "une harmonisation fiscale", en particulier sur le taux de l'impôt sur les sociétés, et "une convergence sur des questions sociales", comme l'égalité hommes-femmes et le salaire minimum."

Vers une refondation de l'Europe?


Jean-Christophe Cambadélis, Premier secrétaire du PS, veut lui aussi profiter de la crise grecque pour encourager une refondation de l'Europe:

"il faut négocier, toujours négocier. Derrière tout cela, il y a deux conceptions qui s'affrontent. Celle qui dit, comme l'évoquait Jean-Claude Juncker (président de la Commission européenne), que la démocratie n'a pas la place en Europe et que c'est seulement les traités qui doivent fonctionner, et celle qui dit que la démocratie existe et que l'Europe s'est toujours construite sur des compromis".
"Plutôt que l'éviction de la Grèce en catimini", "je préfère une situation qui permette un compromis fiable et durable", a résumé le premier secrétaire du PS, dénonçant "l'ordo-libéralisme développé par certains contre une conception solidaire et de compromis de la construction européenne".

Mais surtout, le Premier secrétaire n'a pu s'empêcher de tacler Nicolas Sarkozy en des termes plutôt rudes:

"Il s'est planté sur toute la ligne, l'excité du bocal qui nous a conduit à la situation telle qu'elle est aujourd'hui parce que c'est lui qui a refusé le référendum sur l'Europe proposé par Papandréou (en) son temps.

Décidément, en France, tout est bon pour alimenter les querelles politiques internes...

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Commentaires
a écrit le 07/07/2015 à 10:12 :
Ce que la presse française et nos politiques oublient opportunément de rappeler, c'est qu'il ne nous appartient nullement de décider pour une nation souveraine d'une sortie ou non de l'UE ou de l'Euro. Les mêmes se sont bien targués pendant des années d'ailleurs que ce soit impossible par construction ainsi qu'ils l'avaient voulu, en contradiction évidente avec tout principe démocratique. Ensuite, faut-il rappeler que la Grèce a toujours dit vouloir rester dans l'Euro et l'UE. Discuter donc de Grexit est non seulement indû, inutile mais frise le grotesque de la manipulation à deux balles. Et je ne parle pas des articles à emphase de gros titres sur "Les Français rejettent l'austérité... mais sont favorables au Grexit". Décidément, nos "élites" européistes se distinguent de plus en plus par leur mauvaise foi et leur perte de tout repère.
a écrit le 07/07/2015 à 9:18 :
ce jeune premier de la politique française a changé en moins de 24 heures d'avis sur la Grèce. C'est vrai comme c'est un débutant il faut lui pardonner. Heureusement il y a encore des places dans les maisons de retraite.
a écrit le 06/07/2015 à 22:46 :
Les deux conceptions de l'Europe ne cesseront de s'affronter, car l'une d'elle est, soit caduque dans son raisonnement, soit révélatrice d'un comportement abstrait face au vécu. Aucune entité de gouvernance ne peut faire abstraction d'une ligne de conduite que l'on nomme politique. Politique dont on voit bien le dirigisme de certains (doit-on rappeler la difficulté des traités en cours). Non M. Juncker, et tous les esprits mercantiles. Non, nous ne pouvons accepter que ceux qui dirigent ce libéralisme, dirigent aussi la vie politique de tout un occident. Ceux là peuvent s'enorgueillir d'être des maîtres. Et nous d'être devenus des sujets spécialisés dans le ravitaillement de la "Ruche".
Sinon pouvez vous nous expliquer clairement quel est le but mené par l' Europe ? Que vaudra notre division face aux grands blocs, quand ils auront finalisés leurs marchés. Par qui serons-nous absorbés. Autre réflexion, comment fait-on pour refuser une politique Européenne, alors que selon les circonstances, on demande tout le poids de l'Europe pour trouver des solutions (exemple le climat). Bref ! des heures de discussions ne suffiraient pas à démanteler point par point des vues sans issues pour l'humanité. (ce mot qui prête à sourire au libéralisme). Nombreux sont ceux qui évoquent la perte de souveraineté nationale. Quel est la souveraineté des états qui confient leur politique à un tiers d'un autre continent ?
dans le second cas
a écrit le 06/07/2015 à 20:51 :
De Gaulle avait raison,et tous ses successeurs tors.Cette Europe oligarque ne vaut rien et ne sert qu'a racketter les peuples.
a écrit le 06/07/2015 à 20:45 :
Une frange des Français, écoeurés par Sarkozie, pensaient que Alain Juppé, candidat à la primaire de la branche française des Républicains américains, avait oublié ses paroles hâtives engoncées malheureuses, prétentieuses à souhait

que nini, Jupé revient avec son arrogance habituelle

que nini les ex UDR SAC RPR UMP Républicains branche française des Républicains américains, Jupé vient confirmé que lui Jupé avec ses intimes Sarkosie Fillon Raffarin ont piétiné le Peuple de France qui avait voté NON au référendum européen de 2005.

De même pour les socialoss Vallsien et autres Sapinitude qui restent dans la lignée des Sarkozie Jupé Fillon ;

Dans ces conditions, il reste aux Français à créer un nouveau Parti Politique Central PPC (à ne pas confondre avec les ventrachoux UDI ex Nouveau centre) entre Bleu Marine et Mélanchon qui eux au moins respectent le Peuple SOUVERAIN de France et les Peuples souverains d'Europe..
a écrit le 06/07/2015 à 20:15 :
Ce pauvre Cambadélis, à part lire les conclusions de son avocat pour le tirer de ses ennuis judiciaires, n 'a pas du lire grand chose au cour de ces dernières années. Le repris de justice à la tête du Ps se permet de tancer un ancien président de la République, c'est intéressant, pour la suite, en 2017.
Réponse de le 07/07/2015 à 5:42 :
J'ai entendu quelqu'un dire un jour: " mon ennemi c'est la Finance ". Où est cet homme ?
a écrit le 06/07/2015 à 17:39 :
Acceptez mes excuses pour l'anglicisme de "agenda" au sein de mon message.
Je pourrai plutôt dire "leur dessein" peu avouable.
a écrit le 06/07/2015 à 17:19 :
La France a prêté à la Grèce, directement ou indirectement à travers les divers organismes internationaux, près de 70 milliards €. J'ai donc prêté personnellement plus de 1000 €. Je ne parlerai pas de l'inconscience et de l'irresponsabilité des personnes qui ont fait ces prêts en mon nom à un pays manifestement non solvable et qui est entré dans la zone euro en trichant, néanmoins le non remboursement d'un prêt est un vol. Qu'un grec nous traite de terroriste sous prétexte que nous demandons de respecter un engagement de remboursement de prêt, je lui réponds d'aller se faire voir chez ses compatriotes.
a écrit le 06/07/2015 à 17:18 :
Que de discordance!!!!!!!!!!
J’aimerai que l’on pose la question au Peuple Européen ! Les politiques ont montre leur incompétence en la matière, l’eurogroup tout particulièrement !!!!!!!!!!! Ou disons que leur agenda n'est pas des plus louables
a écrit le 06/07/2015 à 17:14 :
he ! pour cause aucun visionnaire dans les 2 camps ..

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