Opération déminage pour Valls face aux maires

Par Jean-Pierre Gonguet  |   |  644  mots
Manuel Valls a recadré un peu l'aménagement du Grand Paris pour les maires d'Ile de France (Crédits : PHILIPPE WOJAZER)
Rassurer les maires d’Île-de-France. Manuel Valls a recadré certains projets d’aménagement du Grand Paris et retardé quelques décisions qui auraient pu irriter les élus. En revanche, Business France et la Caisse des dépôts vont désormais vendre le Grand Paris aux investisseurs étrangers.

Ça patine un peu. Tout au moins, ça avance moins vite que ce qu'aurait souhaité Manuel Valls. Devant les maires d'Ile-de-France, le Premier ministre a fait preuve d'une très grande prudence pour ne brusquer aucune sensibilité de droite, de gauche ou du centre sur l'aménagement du Grand Paris.

Le cadre législatif étant quasiment fixé et les investissements du métro calés, on est entré depuis dans la phase de construction avec les maires. Et, là, chacun joue sa partition et veut préserver le plus de prérogatives possibles.

Manuel Valls juge par exemple opportun d'attendre le mois de septembre pour annoncer le périmètre des OIN. Annoncées l'automne dernier à Créteil, ces Opérations d'Intérêt National permettent à l'Etat d'assurer la construction de logements et le développement économique de certaines zones. Les maires sont bien sûr consultés et associés, mais c'est l'Etat qui décide. Or, un maire déteste se voir confisquer sa prérogative essentielle, celle du permis de construire. Les discussions sont délicates.

Les maires de Seine-Saint-Denis traînent les pieds

Ainsi, dans le Parc de la Courneuve, le projet de "Central Park" enthousiasme tout le monde. Officiellement du moins. Car, officieusement, il se fait un peu tirer dans les pattes ! Aussi bien par les maires qui ne comprennent pas pourquoi on les dessaisit d'un aménagement qu'ils pourraient faire eux-mêmes, que par des élus régionaux qui, pour ne froisser aucun écologiste à la veille d'une campagne régionale, refusent mordicus que l'on touche au classement Natura 2000 du parc, ou par d'autres, enfin, qui apprennent par hasard qu'ils pourraient entrer dans l'OIN sans avoir compris ce qu'ils ont à y gagner.

Bref, ça ronchonne. Manuel Valls a donc avancé prudemment sur le Parc de la Courneuve comme sur celui des Portes du Sud, dans l'Essonne autour du futur Grand Stade de Rugby.

Manuel Valls est un élu de ce territoire qui, pour beaucoup, semble s'être engagé un peu vite -et peut-être un peu trop lourdement financièrement- autour du développement de l'ancienne base militaire et du stade. Donc, là, aussi, "l'OIN est étudiée", mais rien n'est décidé.

Revoir le modèle économique de La Défense

Autres cas problématiques de territoires pointés par le Premier ministre: La Défense. Elle est «confrontée aujourd'hui à une crise de son modèle économique qui met en cause son avenir » et il veut donc « réexaminer son développement et sa gouvernance ».

Moins épineux, le cas du couloir qui relie les aéroports du Bourget et de Roissy. Il tranche : il n'y aura aucun «autoroute ferroviaire sur le site de PSA Aulnay » et l'Etat va «intervenir fortement» dans la stratégie de reconversion de l'ancienne usine aujourd'hui rasée. L'autoroute ferroviaire -en fait, un site de transport multimodal- était étudiée par la Région et le ministère de Transports. Exit.

Vendre mieux le Grand Paris aux investisseurs étrangers

Manuel Valls a déminé. Mais il a aussi proposé. En indiquant que Business France allait « recenser tous les projets publics et privés existants dans le Grand Paris pour les mettre en valeur et les proposer aux investisseurs étrangers ».

Et la Caisse des Dépôts est désormais en charge « de mettre sur pied une offre d'investissement spécifique qui pourrait prendre la forme d'un fonds dédié pour intervenir dans les projets que nous aurons identifiés ».

Le Premier ministre a poursuivi en expliquant qu'il allait «rénover la fiscalité sur l'immobilier d'entreprise... et engager une réforme en profondeur de la redevance pour la création de bureaux ». Une réforme qui a la double particularité de plaire autant  aux investisseurs étrangers qu'aux élus en général pénalisés par la fiscalité de cet immobilier. Déminage encore.