Pascal Pavageau (FO) : "Je démissionne"

Par latribune.fr  |   |  850  mots
(Crédits : Philippe Wojazer)
A l'occasion d'un réunion élargie de Force ouvrière (FO) de la direction ce mercredi matin à Paris, Pascal Pavageau a présenté sa démission suite aux révélations par le Canard enchaîné d'un fichier controversé sur les dirigeants du syndicat.

>> Article en ligne 17/10/2018 09:14 | Mise à jour 17/10/2018 12:10

Plus d'une centaine de responsables FO ont été fichés dans un document interne, affublés de qualificatifs type "niais", "franc-maçon" ou encore "trop intelligent pour entrer au bureau confédéral", selon Le Canard Enchaîné. "Cet épais fichier a été constitué en octobre 2016 par des proches de Pascal Pavageau, le nouveau patron de FO, alors en lice pour remplacer Jean-Claude Mailly", écrit l'hebdomadaire, et concerne "126 responsables" du syndicat.

Interrogé par l'hebdomadaire, Pascal Pavageau a expliqué qu'il s'agissait d'une "belle connerie" et d'une "grave erreur". "Pour moi, c'était un mémo, de l'ordre de la prise de notes, mais je n'avais jamais vu ni avalisé le résultat, qui est truffé d'âneries, de raccourcis", a-t-il commenté.

Berger conseillé dès lundi la démission

Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger avait incité lundi son homologue de FO à quitter son poste à la suite de l'affaire de fichage de cadres du syndicat.

"Je crois qu'il y a un malaise avec le secrétaire général de FO mais ça lui appartient (...) Lorsqu'on n'est pas conforme à l'éthique qu'on s'est fixée, il faut partir", a déclaré M. Berger, invité de France info.

"C'est aux responsables de FO de prendre une décision", a-t-il jugé.

"C'est une pratique condamnable qui n'existe pas à la CFDT, ça m'hallucine, ce fichier est incroyable", a ajouté le responsable.
"Le syndicalisme, c'est du respect, de la fraternité", a-t-il insisté.

L'ex-secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, s'était dit mercredi dernier "sidéré" par les révélations du Canard enchaîné sur un fichier qui a été constitué en octobre 2016 sur les cadres du syndicat par des proches de celui qui allait lui succéder.

"C'est sidérant à la fois sur le principe, constituer un fichier, sans parler des annotations qui y figurent. On me dit que je suis traité d'homophobe, ce qui m'a fait sursauter", avait-i réagi sur RTL.

"C'est une procédure inacceptable qu'on condamne régulièrement syndicalement dans les entreprises quand ça existe", avait rappelé Mailly, qui ne saisira toutefois pas la justice personnellement parce qu'il "tient à (son) organisation".

Désormais "simple adhérent" de FO, Mailly a renvoyé la question des responsabilités vers les instances du syndicat. Mais il a jugé que "c'est révélateur de quelque chose" sur son successeur.

Ce dernier avait dénoncé "l'hypocrisie" et la "duplicité" de Pascal Pavageau lors du congrès houleux de Force ouvrière en avril, où il avait quitté son poste dans une atmosphère électrique. Leur mésentente avait alors éclaté au grand jour. Il avait essuyé un vote sanction de son rapport d'activité, qui a failli ne pas être adopté alors qu'il s'agit habituellement d'une formalité.

Comme un air de déjà-vu

Pascal Pavageau est le second dirigeant syndical en moins de quatre ans à être poussé à la démission par ses troupes, après Thierry Lepaon, qui a quitté la tête de la CGT en janvier 2015. Comme Pascal Pavageau, Thierry Lepaon avait été poussé vers la sortie après des révélations du Canard enchaîné, concernant pour sa part son train de vie.

Ces départs sont exceptionnels dans l'histoire des syndicats français, marqués par une stabilité de leurs dirigeants. Pascal Pavageau ne dirigeait FO que depuis à peine six mois, tandis que Thierry Lepaon avait passé moins de deux ans à la tête du premier syndicat français. La démission forcée de son numéro un était la première depuis 1909 à la CGT.

Fin octobre 2014, Le Canard Enchaîné affirme que les travaux de rénovation de l'appartement de fonction de Thierry Lepaon, en bordure du bois de Vincennes, près de Paris, ont coûté 130.000 euros à la centrale (105.000 d'après l'intéressé).

Un mois plus tard, l'hebdomadaire satirique sort de nouvelles informations, cette fois sur le coût de la rénovation du bureau du secrétaire général (62.000 euros) au siège de la centrale à Montreuil.

Les premiers appels à la démission en interne ont lieu lorsque, début décembre, l'Express révèle qu'avant d'accéder au poste de secrétaire général en mars 2013, M. Lepaon avait perçu des indemnités de départ de la CGT Basse-Normandie qui l'employait.

Le 7 janvier 2015, après qu'une large partie de la confédération a réclamé son départ, Thierry Lepaon jette l'éponge. C'est Philippe Martinez qui lui succède. Une enquête interne de la CGT, dont les résultats ont été publiés en avril 2015, a blanchi M. Lepaon, en imputant à l'entreprise et à l'administrateur syndical de l'époque la responsabilité du coût des travaux.

Dans un livre publié en septembre 2015 et intitulé "La vie continue", l'ex-leader de la CGT qualifie de "traîtres" d'anciens camarades, qu'il accuse d'avoir voulu nuire au syndicat en l'attaquant. En février 2017, il est nommé délégué interministériel à la langue française et président de l'Agence nationale contre l'illettrisme.

(avec agences)