Faut-il craindre une explosion de la dette japonaise ?

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La réussite de la relance japonaise passe notamment par le succès de la politique monétaire menée par la BoJ qui vise une inflation à 2% pour favoriser les investissements et les exportations grâce à la baisse du yen - Copyright Reuters
La réussite de la relance japonaise passe notamment par le succès de la politique monétaire menée par la BoJ qui vise une inflation à 2% pour favoriser les investissements et les exportations grâce à la baisse du yen - Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2013. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)
Dans un premier temps, les "Abenomics" ont dopé l'indice Nikkei et la croissance a fait son grand retour au premier trimestre. Mais depuis quelques temps, les analystes craignent une l'explosion d'une bulle spéculative qui pèse sur l'énorme dette publique japonaise. Ces craintes sont-elles justifiées ? Explications.

Les "Abenomics", le remède du Premier ministre japonais Shinzo Abe pour relancer la croissance, font-ils peser un risque majeur sur la colossale dette publique japonaise, comme l'a souligné le FMI ? C'est en tout cas le nouveau son de cloche qui résonne depuis quelques semaines. Il est vrai que les marchés ont connu quelques soubresauts, et certains économistes s'inquiètent de plus en plus des effets pervers d'une politique fondée sur la relance monétaire et la dépense publique.

? La politique monétaire accommodante amplifie le déficit commercial...

Son très fort endettement n'empêche pourtant pas le Japon d'emprunter à des taux qui sont parmi les plus bas du monde. La raison ? Les détenteurs de la dette japonaise sont à 93% des résidents de l'archipel. Principalement parce qu'ils disposent d'une épargne nette élevée, nourrie par les forts excédents courants engrangés à l'époque où le Japon était un pays d'exportation. Mais aussi parce que les Japonais étaient traditionnellement peu exigeants en termes de rendements offerts par les titres libellés en yens, en raison notamment de l'appréciation régulière de la monnaie japonaise par le passé. Et c'est là que le bât blesse.

Car, si elle favorise les exportations, qui progressent un peu, la politique monétaire de la BoJ fait aussi exploser le coût des importations, bien au-delà des gains réalisés à l'export. Si bien que le déficit commercial, qui a déjà atteint des records ces deux dernières années, ne fait que se creuser et pèse de plus en plus sur un excédent courant qui fond régulièrement depuis 2008. La bascule vers un déficit des comptes courants devrait survenir dans les cinq prochaines années prédisent certains économistes.

? ... et risque de détourner les investisseurs des obligations japonaises

Mais là n'est pas le seul effet inquiétant des "Abenomics". En effet, les investisseurs japonais, ayant anticipé l'action de la BoJ, se sont massivement tournés vers les marchés d'actions en étant demandeurs de hauts rendements. Ce afin de compenser la perspective d'un taux d'inflation qui devrait s'élever à 2% amputant d'autant en valeur réelle les titres libellés en yens. Conséquence : ils ont quelque peu délaissé les bons du Trésor japonais pour acheter en masse des titres de dette souveraine française, espagnole et italienne, considérés comme relativement sûrs et surtout plus rentables.

Ainsi le taux sur le dix ans japonais s'est fortement tendu entre le 9 et le 14 mai dernier, passant de 0,59 à 0,96% en 5 jours. Pas de quoi crier au loup toutefois tant la prime exigée par les investisseurs, qui s'est d'ailleurs stabilisée, reste faible. Plutôt sereine, la BoJ a pour sa part réaffirmé mardi vouloir poursuivre sa politique accommodante. Selon son gouverneur, une légère hausse des taux sur les titres à long terme est encore à attendre, mais pas une explosion. Depuis, le taux de l'obligation à dix ans s'est stabilisé, les marchés s'étant alignés sur l'objectif d'inflation de la BoJ. La plus grande crainte des marchés provient désormais de la capacité de la BoJ à maîtriser l'inflation. Ce risque existe mais pour l'heure force est de constater qu'il n'y a aucun signe de hausse des prix.

? Le salut viendra-t-il du retour sur les investissements à l'étranger ?

En outre, la recherche de rendements élevés par les investisseurs japonais dopés par l'afflux de liquidités n'a pas que des mauvais côtés. En effet, les gains liés aux investissements nippons à l'étranger ont bondi en mai et leur rapatriement a fait exploser le compte des revenus japonais, l'une des composantes des comptes courants avec la balance commerciale. Si bien que l'excédent courant du Japon a doublé en rythme annuel en avril. La raison est double. D'une part, les marchés n'ont cessé de progresser ces dernières semaines et la dépréciation du yen a fait augmenter d'autant la valeur des sommes engrangées notamment en dollars et en euros. La situation japonaise n'est donc pas encore alarmante.

Depuis les marchés, très nerveux, sont en reflux et le yen a stoppé sa chute. Notamment parce que la Fed envisage de mettre fin à son programme de rachat d'actifs qui les dope depuis des semaines, mais aussi parce que la croissance mondiale, qui pâtit fortement de la récession en zone euro, ralentit. Cette dernière donnée n'est d'ailleurs pas à négliger. Car la réussite de la relance japonaise dépend en grande partie de celle de la politique inflationniste mais aussi d'une reprise significative des exportations grâce à l'affaiblissement du yen. Faute de quoi, les investisseurs, extrêmement sensible à la publication du moindre indicateur macroénomique, pourraient être de plus en plus réticents à financer des dépenses publiques en forte hausse qui viennent gonfler une dette publique qui dépasse déjà 230% du PIB. Qu'ils soient étrangers ou Japonais.

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Commentaires
a écrit le 16/06/2013 à 20:13 :
La guerre mondiale économique qui ne dit pas son nom.
Les USA essayent de faire baisser leur monnaie pour compenser leur déséquilibre commercial avec la chine à l'origine des délocalisation et de la crise industrielle qui est à l'origine de tout( les états-unis ont déjà cassé le japon à la fin des années 80 et la chine lui a succédé), la monnaie chinoise surchauffe et donc la croissance chinoise baisse en conséquence et la chine cherche à augmenter sa compétitivité en augmentant le niveau de gamme, en conséquence le Japon essaye en rétorsion d'abaisser sa monnaie pour concurrencer la chine, la corée du sud et récupérer des parts de marché aux états-unis. La chine toujours très gentille avec l'europe qu'elle voit comme un miroir d'elle-même à l'autre bout de l'eurasie, vient de se voir recalée par l'europe anglophone à la solde des américains, et les allemands sont furax. Personne ne veut voir l'euro baisser pour ainsi éviter que l'europe ne redémarre dans son ensemble.
Cette nouvelle guerre mondiale invisible est ainsi principalement centrée autour de l'océan pacifique, entre les états-unis et la Chine, et elle s'étend sur d'autre domaines, en softpower, dans l'énergie, dans le militaire, chacun avec ses alliés respectifs; le développement des accords de libre-échange et les nouvelles frontières dessinées sont ainsi éloquentes.
Dans l'histoire on passe de cycles de guerres économiques à des guerres militaires, bien souvent le scénario est lié à un rééquilibrage, le petit nouveau qui a des excédents commerciaux cherche à s'imposer pour prendre plus de place vis-à-vis de l'ancien qui est en déficit et cherche à préserver sa situation.
En fait, au lieu de chercher l'affrontement( chacun cherche à tester les limites de l'autre), les états-unis feraient mieux de proposer un codominium mondial à la Chine, sinon l'affrontement OTAN-OCS risque de passer de froid à chaud.
a écrit le 16/06/2013 à 11:19 :
Bonjour, et l'explosion de la dette américaine?,, il n'y a rien à craindre.....
a écrit le 16/06/2013 à 10:10 :
leur but a la bse est effectivement de modifier les anticipations inflationnistes; l'inflation se modifie, les anticipations aussi... est ce que ca va suffire? loin d'etre sur...
a écrit le 15/06/2013 à 21:18 :
Il faut savoir que le Japon est l'exception de part son organisation très structurée (santé éducation transport industrie ...) De part son niveau d'éducation de ses ressortissants ainsi que leur engagements Enfin il se trouve dans la zone géographique où les croissances sont les plus forte du monde. Enfin le japon est une ile et sa dette est détenue par des japonais . Ce pays ainsi que les états unis et l?Angleterre sont des endroits ou tout se passera bien ...Sans parler de ceux que l'on nomme jamais ..Canada Australie Scandinavie ....
a écrit le 15/06/2013 à 19:08 :
Il vise juste le bon bougre.
Avec seulement 3 flèches, il sera l'homme qui restera dans les mémoires pour avoit définitivement coulé l'économie de son pays.
Réponse de le 16/06/2013 à 11:21 :
Dans l'ile aux enfants c'est tout les jours le printemps...
a écrit le 15/06/2013 à 18:28 :
Le Japon est confronté à des entreprises statiques qui vivent des rentes constituées avant 1995 et "roulées" depuis avec une exigence faible. Il ne sait plus produire de biens tangibles et probants, au contraire il en détruit. Son système de production n'est en rien organisé pour être performant hors les subventions indirectes accordées par le monde occidental pour lui permettre d'exister. Mais... cette intention géostratégique demeure, les entreprises japonaises et les fortunes qui s'y attachent ne portent alors plus aucune attention à la crise qui touche la population. Les stimulations financières considérables pour les faire évoluer n'y changent rien, au contraire. Inutile donc de ponctuellement diffuser l'équivalent de 10 % du PIb pour prétendre lancer une machine économique qui devrait en mettre 10 fois plus sur la table et qui n'a surtout pas l'intention de le faire! Deux logiques opposées déterminent l'attitude du Japon qui agit depuis les intérêts de son élite contre ceux de sa population et non comme un pays"entier"; le "nationalisme" qui lui est prêté n'est en réalité qu'une façade d'égoïsme. Une révolution sociale se déclenchera si les japonais veulent éviter leur ruine. Un autre fait est que nous devons refuser avec force de le financer, ce que j'ai toujours préconisé. Le yen pour être efficace devrait rapidement rejoindre le dollar et non s'en éloigner. Un boycott des consommateurs européens pour les produits japonais serait aussi un signe heureux.
a écrit le 15/06/2013 à 18:10 :
Le yen n'est pas une monnaie de réserve comme le dollar. Lorsque la Fed fait marcher la planche à billets, ils sont noyés dans l'océan de liquidités en dollars qui circule dans le monde, de la Chine aux Etats-Unis en passant par le Japon, l'Europe, et les les pays de l'OPEP. C'est pourquoi le dollar se maintient, du moins jusqu'ici. Lorsque c'est la BoJ qui crée de la monnaie, les nouveaux yens émis ne trouvent pas preneurs hors du Japon, d'autant plus que le pays bat tous les records d'endettement. Donc le Yen baisse et prend le chemin de la Lire italienne (entre autres). C'est bon à court terme pour doper les exportations, mais à court terme seulement. La dette transmise aux générations futures sera insupportable.
Réponse de le 15/06/2013 à 18:58 :
C'est inexact, @Onze, Le cours du dollar est fixé sur des critères, contestables, je l'ai dit déjà, mais qui concernent essentiellement le pays USA et son environnement économique. Les pays qui utilisent le dollar en bénéficent lorsque des avoirs de liquidités sont devenus sa réelle propriété, C'est a dire capables de financer par exemple des IDE. Cependant le plus clair du temps cette monnaie d'échange circule de façon neutre pour eux : ils échangent des biens en dollar contre d'autres en dollar. La valeur initiale de ces biens est alors fixée par leur propre devise, sur sa base, qui permet l'évaluation de leur production. Contrairement à ce que l'on dit souvent (Qui a été la litote d'un journaliste économique d'un confrère de La Tribune durant des années) le dollar est un élément stabilisateur des échanges économiques mais ne profite pas directement aux USA. Si c'était le cas, le pays serait dans un bien meilleur état. Les nations qui achètent du dollar stabilisent leur propre devise et d'ailleurs choisissent désormais un "panier" d'autres devises ou même précieux mais aussi exigent des compensations commerciales aux rachats figés en dollars : un marché américain ouvert et par capilarité progressivement mondial. Ce système qui a réussi en période de croissance forte affaibli actuellement les Etats-Unis, C'est la raison de l'arbitrage de la Fed qui se dessine pour stopper les Q.E après leur action de réparation purement interne. Il n'y a pas d'interêt à être une devise de réserve si ce n'est de bénéficier comme tout le monde de la stabilisation du système. Les vieux et jeunes pays occidentaux, initiateurs et mieux armés commercialement sont bénéficiaires pour ce seul fait et non grâce au dollar devise. Par ailleurs la dette est relative, elle s'annule si tout le monde dispose d'un même niveau. Les générations futures au contraire, pour beaucoup d'actifs, bénéficient de la dette : ne profitez-vous pas et la ville, le pays de la cathédrale Notre Dame de Paris qui a été la dette de nos très grands parents il y a longtemps ?
a écrit le 15/06/2013 à 17:49 :
Il faut que M. Abé mette en place, désormais, la troisième "flèche" de son programme, à savoir des réformes structurelles qui passent par une hausse de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (T.V.A).

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