À l'heure de l'ouverture européenne du rail, le Royaume-Uni renationalise ses lignes
Guillaume Renouard, à Londres.
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Dimanche dernier, la secrétaire d'État britannique aux Transports, Heidi Alexander, s'est levée aux aurores pour prendre le train de 6 h 14 en partance pour Shepperton, un village situé au sud-ouest de Londres, de la gare de Waterloo. Un voyage hautement symbolique, puisqu'il s'agissait du tout premier train circulant depuis la nationalisation officielle de South Western Railway, l'une des principales entreprises ferroviaires du pays, opérant à Londres et dans le sud de l'Angleterre.
C'était l'une des promesses de campagne de Keir Starmer : revenir sur la privatisation du chemin de fer britannique, décidée au début des années 1990 et devenue très impopulaire auprès de l'électorat. En novembre, le Passenger Railway Services (Public Ownership) Act 2024 a été voté dans cette optique. Il prévoit de faire repasser les différentes compagnies ferroviaires dans l'escarcelle du public sitôt l'expiration de leurs contrats respectifs avec leurs opérateurs privés. Celui de la South Western Railway expirant le 25 mai dernier, elle a été la première sur la liste. Les nationalisations devraient ainsi se poursuivre jusqu'en 2027. C2c (qui relit Londres au comté de l'Essex) et Greater Anglia (est de l'Angleterre) seront les prochains à passer sous le contrôle de l'État, respectivement le 10 juillet et en octobre prochain.
Le gouvernement a l'opinion publique de son côté. Selon un sondage conduit en juillet 2024, 76 % des répondants souhaitent que le système ferroviaire soit nationalisé. Une opinion qui transcende les clivages politiques, puisque la grande majorité des électeurs de chaque parti, du Labour (87 %) à la droite populiste de Reform UK (81 %), en passant par le Parti conservateur (60 %) et Libéral-démocrate (87 %), souhaite que le réseau de train soit public.
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S'il a échappé à la vague de privatisations de Margaret Thatcher dans les années 1980 — la Dame de fer, pourtant peu connue pour son amour du secteur public, jugeait que c'eût été aller un cran trop loin —, le système ferroviaire britannique a finalement été cédé au privé sous le gouvernement conservateur de John Major, à partir de 1993. L'entreprise publique British Rail, l'équivalent de la SNCF, est alors démantelée et vendue à la découpe à plusieurs entreprises privées, chargées d'opérer les trains sur différents tronçons. Une autre société privée, Railtrack, est quant à elle chargée de la gestion des infrastructures ferroviaires. Les apôtres de la privatisation font alors miroiter une baisse des prix et une amélioration de la qualité du service grâce à la mise en concurrence.
Guillaume Renouard, à Londres.
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