Algérie : Bouteflika écourtera son 5e mandat s'il est réélu

Par AFP  |   |  833  mots
Le président algérien Abdelaziz Bouteflika, en lice pour un 5e mandat, est en butte à l'opposition de la jeunesse algérienne. (Crédits : Louafi Larbi)
Pour calmer la colère de la rue, le chef d'État algérien a proposé, en cas de réélection, de lancer une consultation nationale et de se retirer après avoir convoqué une présidentielle anticipée.

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a pris "l'engagement", dimanche 3 mars, s'il était réélu, d'organiser "une élection présidentielle anticipée" à laquelle il ne sera pas candidat. "J'ai le devoir et la volonté d'apaiser les cœurs et les esprits de mes compatriotes" et de répondre à "leur exigence fondamentale (...) le changement du système", a expliqué le chef d'État, hospitalisé il y a une semaine en Suisse et dont le retour n'a toujours pas été annoncé, dans une lettre dont de larges extraits avaient été auparavant diffusés à la télévision algérienne. Abdelaziz Bouteflika, bien qu'en mauvaise santé, a pris lui-même la décision de se représenter le 18 avril prochain dans une optique de transition vers une deuxième République, a déclaré, ce lundi 4 mars,  l'ambassadeur d'Algérie en France.

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"C'est lui qui décide. Il a probablement fait son évaluation et, à la suite de son évaluation (de la situation en Algérie), il a décidé d'être candidat. Est-ce qu'il fallait rempiler, il fallait pas rempiler ? C'est son choix, c'est sa décision", a déclaré l'ambassadeur, Abdelkader Mesdoua, qui était interrogé par la chaîne de télévision CNews.

"Bien entendu, il est vivant", a précisé l'ambassadeur en répondant à une question en ce sens. Le dossier de candidature du président sortant a été déposé dimanche au Conseil constitutionnel par son directeur de campagne. "A peu près huit dossiers de candidature ont été déposés", a indiqué l'ambassadeur sans autre précision.

La date de cette élection anticipée sera fixée par une "conférence nationale" mise en place après le scrutin et chargée de préparer des "réformes politiques, institutionnelles, économiques et sociales" devant déboucher sur un "nouveau système". Cette élection anticipée "assurera ma succession dans des conditions incontestables de sérénité, de liberté et de transparence", affirme M. Bouteflika qui annonce aussi la rédaction d'une nouvelle Constitution, consacrant "la naissance d'une nouvelle République" et qui sera soumise à référendum.

Des manifestations massives ces dix dernier jours

Quelques heures plus tôt, son directeur de campagne, Abdelghani Zaalane, s'était chargé des déposer au Conseil constitutionnel à Alger le dossier permettant d'entériner la candidature du chef de l'État algérien âgé de 82 ans. Une annonce qui a fait sortir dans les rues des centaines de personnes en Algérie dans la nuit de dimanche à lundi dans le but de signifier leur opposition à cela. "J'ai écouté et entendu le cri du cœur des manifestants et en particulier des milliers de jeunes qui m'ont interpellé sur l'avenir de notre patrie", a pourtant assuré M. Bouteflika dans sa lettre, lui qui ne s'est pas adressé de vive voix aux Algériens depuis un AVC en 2013 et qui n'apparaît plus que rarement en public.

Le message n'a apparemment pas convaincu : de nouvelles marches nocturnes se sont déroulées dans le centre d'Alger, survolé par un hélicoptère, où plusieurs centaines de jeunes défilaient dans le calme, et dans d'autres villes. Les Algériens ont manifesté massivement ces dix derniers jours à Alger et dans le reste du pays contre la perspective d'un 5e mandat du chef de l'Etat, élu pour la première fois en 1999 et réélu depuis sans discontinuer et toujours avec plus de 80% des voix au 1er tour.

Dans la journée de dimanche, des centaines d'étudiants ont à nouveau protesté, sans incidents, dans la rue et sur les campus, à Alger et dans plusieurs autres villes, scandant "Non au 5e mandat !", 48 heures après des manifestations monstres en Algérie. "Bouteflika, dégage!", "Algérie libre et démocratique !", ont martelé les protestataires dans la capitale, beaucoup d'automobilistes klaxonnant au passage en signe de solidarité. L'important déploiement des forces de l'ordre autour du Conseil constitutionnel n'a pas empêché un cortège d'étudiants de tenter d'accéder à ses abords.

Un pays dépendant de ses hydrocarbures

Gangrené parla corruption, l'Algérie tire essentiel de ses revenus du pétrole mais a subi de plein fouet la chute des cours en 2014.  Socialiste jusqu'au début des années 1990, l'économie reste marquée par une forte intervention étatique. La rente pétrolière subventionne carburant, eau, santé, logements et produits de base. L'Algérie est le 3e producteur de brut d'Afrique et le 9e producteur de gaz mondial. Les hydrocarbures rapportent plus de 95% des recettes extérieures et contribuent pour 60% au budget de l'Etat.

Fin 2018, le centre d'analyses International Crisis Group estimait que des réformes étaient urgentes pour diversifier l'économie et qu'en dépit du "rétablissement du cours du pétrole, la crise économique pourrait frapper le pays dès 2019". Le pays peut néanmoins compter sur une dette extérieure inférieure à 2% du PIB et à des partenaires "prêts à apporter leur soutien".