Après la riposte de la Chine, Trump menace Pékin de 104 % de droits de douane
latribune.fr
L’UE est prête à utiliser « tous les outils » de son « arsenal de défense commerciale », a prévenu le commissaire européen chargé du commerce Maros Sefcovic.
Johanna Geron
Face à l’escalade douanière de Donald Trump, l’Union européenne cherche de son côté le bon niveau de riposte, allant jusqu'à proposer une zone de libre-échange.
Alors que les marchés du monde entier s'effondraient en réaction à l'annonce de la mise en place des droits de douane par Donald Trump et de la riposte chinoise, le président des États-Unis a menacé lundi d'alourdir encore les droits de douane américains sur les produits chinois, de 50 % « additionnels » dès le 9 avril, si Pékin maintien sa contre-offensive.
Il a en outre affirmé sur sa plateforme Truth Social qu'il ne donnerait pas suite aux demandes d'entretien des responsables chinois, tandis que des « négociations avec les autres pays, qui ont aussi demandé des entretiens, allaient commencer immédiatement ».
Selon la Maison-Blanche, les produits chinois subiront 104 % de droits de douane additionnels en entrant sur le sol américain si Donald Trump met sa dernière menace (de 50 % de droits de douane additionnels) à exécution, en tenant compte du cumul des taxes annoncées par le chef de l'État depuis son retour au pouvoir en janvier.
L'Europe brandit son « bazooka »
Réunis lundi à Luxembourg, les 27 États membres de l'Union européenne ont cherché à esquisser une réponse commune aux droits de douane de Donald Trump. L'UE est prête à utiliser « tous les outils » de son « arsenal de défense commerciale », a prévenu le commissaire européen chargé du commerce Maros Sefcovic.
La France et l'Allemagne poussent notamment pour brandir l'« instrument anti-coercition » dont l'Union européenne s'est dotée en 2023, qui vise à punir tout pays utilisant des armes économiques pour faire pression sur elle. Ce dispositif, à activer après épuisement des voies diplomatiques, permettrait notamment le gel de l'accès aux marchés publics européens ou le blocage de certains investissements.
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Si Paris veut « d'abord tout faire pour préférer la coopération », le ministre Laurent Saint-Martin a appelé l'Union européenne à « n'exclure aucune option » concernant les biens comme les services américains. Le ministre allemand de l'économie, Robert Habeck, a lui aussi estimé que l'Europe devait être prête à utiliser ce « bazooka » face à l'intransigeance américaine.
« Ce serait une escalade extraordinaire à un moment où nous devons travailler à la désescalade », a mis en garde le ministre irlandais des Affaires étrangères Simon Harris, dont le pays dépend fortement des investissements américains, en particulier dans les secteurs pharmaceutique et technologique. Un sentiment partagé par d'autres pays européens très dépendants de l'Amérique pour leur sécurité, comme les États baltes. De même, les Vingt-Sept ne sont pas unanimes sur l'idée de cibler la tech américaine, notamment Microsoft, Amazon, Google ou Meta (Facebook).
Autre scénario mis sur la table par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, afin de tenter d'éviter une guerre commerciale : créer une zone de libre-échange entre les deux rives de l'Atlantique. « Nous avons proposé des droits de douane nuls pour les produits industriels. (...) L'Europe est toujours prête à conclure un bon accord » avec les Etats-Unis, a indiqué ce lundi Ursula von der Leyen, reprenant une idée défendue samedi par Elon Musk, lors d'une intervention vidéo à l'occasion du congrès du parti d'extrême droite italien La Ligue.
Reste que selon certains responsables européens, l'idée d'une solution négociée avec les États-Unis est vraisemblablement vouée à l'échec, en raison du caractère imprévisible du président américain et de son dédain manifeste pour Bruxelles. « Je ne sais pas comment vous pouvez négocier pour sortir de là », glisse un diplomate, sous couvert d'anonymat. « Mais qu'est-ce que les politiques sont censés dire ? Préparez-vous pour le crash ? »
L'Afrique privilégie la négociation
L'Union africaine (UA), de son côté, a « exhorté » les États-Unis à reconsidérer cette décision qui menace des décennies de commerce et de coopération mutuellement bénéfiques.
Le président de la commission de l'UA, le Djiboutien Mahamoud Ali Youssouf, a affirmé « croire en la construction de ponts, et non de barrières, et reste déterminé à collaborer avec les États-Unis pour promouvoir des partenariats mutuellement bénéfiques », selon son porte-parole. L'organisation a également estimé que la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), officiellement entrée en vigueur en 2021, mais qui reste encore loin de ses objectifs de créer une seule grande zone commerciale, offrait « de vastes opportunités pour un engagement économique plus approfondi et exempt de droits de douane ».