Distribution: la méga-fusion entre Seven & i et Couche-Tard tombe à l'eau

Avec ses 85 000 supérettes réparties dans une vingtaine de pays, Seven & i attire les convoitises.
Kim Kyung-Hoon

Avec ses 85 000 supérettes réparties dans une vingtaine de pays, Seven & i attire les convoitises.
Kim Kyung-Hoon
La création d'un mastodonte planétaire de la distribution ne sera pas pour tout de suite. À l'offensive depuis près d'un an pour racheter le groupe japonais Seven & i, propriétaire des supérettes 7-Eleven, son concurrent canadien Alimentation Couche-Tard (ACT) a finalement indiqué jeter l'éponge. « Nous ne sommes pas en mesure de poursuivre efficacement ce regroupement sans un engagement plus profond et sincère » de Seven & i, a-t-il expliqué dans une lettre publiée dans la nuit de mercredi à ce jeudi.
Un renoncement synonyme de victoire pour Seven & i, qui a multiplié les initiatives ces derniers mois pour muscler sa défense contre toute prise de position hostile d'ACT. La Tribune revient sur ce bras de fer en 10 articles.
19 août 2024, Tokyo. La place boursière de la capitale nippone s'affole. Le titre de Seven & i, groupe américain passé en 1990 dans l'escarcelle du milliardaire japonais Masatoshi Ito, grimpe de plus de 20 %. À l'origine de cette envolée ? La réception d'une proposition de rachat émanant du groupe canadien de distribution alimentaire et de carburants Alimentation Couche-Tard. Ou la volonté d'un géant de s'offrir un autre colosse.
ACT détient 16 700 magasins dans 31 pays, dont une grande majorité sous l'enseigne Circle K. En face, Seven & i compte pas moins de 85 000 supérettes réparties dans une vingtaine de pays. Ce qui en fait la plus grande chaîne de supérettes au monde et le leader incontesté aux États-Unis. Le canadien voit dans son rival la possibilité d'assouvir sa volonté de grossir et, plus globalement, de conquérir de nouveaux marchés.
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Seven & i indique alors avoir mis en place un groupe composé d'administrateurs indépendants au sein de son comité de direction pour étudier l'offre d'ACT. Ce qui laisse à penser un certain intérêt. La réalité est tout autre. Neuf jours plus tard, l'agence de presse Bloomberg révèle que le groupe souhaite obtenir du gouvernement japonais un statut protégé, qui obligerait tout acquéreur d'obtenir l'accord de l'exécutif nippon pour tout rachat. Si ce statut ne garantit pas le blocage de la transaction, il montre en tout cas l'opposition de Seven & i à cette éventualité.
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L'opposition du groupe sera rapidement confirmée. Début septembre, Seven & i annonce rejeter l'offre d'ACT. D'une part, à cause du montant proposé alors, 39 milliards de dollars (35,1 milliards d'euros), jugé insuffisant. Mais aussi en raison de défis réglementaires, la fusion risquant d'être invalidée par les régulateurs américains car elle donnerait à la nouvelle entité une situation de quasi-monopole aux États-Unis.
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Pas de quoi décourager le canadien, qui se dit toujours motivé dans son intention. Début octobre, il fait même une offre améliorée de 20 %, valorisant le groupe japonais à 47 milliards de dollars (42,8 milliards d'euros).
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Rachat de Seven & i : le canadien Couche-Tard repart à l'offensive
Seven & i met en place une stratégie de défense rigoureuse pour échapper à Couche-Tard. D'abord, en annonçant la création d'une holding dans laquelle il regroupera ses « activités non essentielles », celles de ses supermarchés et de ses banques, pour se concentrer sur ses supérettes, son cœur de métier. Autre mesure visant à renforcer sa valorisation et sa rentabilité pour décourager le canadien : le rachat de ses propres actions et son retrait de la Bourse. Une façon d'éviter que des actionnaires, alléchés par la valorisation proposée par ACT, ne soient tentés de lui céder leurs titres.
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Seven & i envisage de quitter la Bourse pour échapper à Couche-Tard
Mais tout ne s'est pas passé comme le nippon l'aurait souhaité. Fin février, Seven & i confirme ne pas avoir réussi à trouver les fonds pour financer le rachat de ses titres. Ce qui ne modifie néanmoins pas sa stratégie. Début mars, il informe céder son activité de supermarchés à une unité du fonds Bain Capital et son intention de faire entrer en Bourse sa filiale américaine exploitant les 7-Eleven aux États-Unis d'ici fin 2026.
📰 Notre décryptage. Seven & i échoue à racheter ses propres actions et plonge en Bourse
Malgré ces initiatives qui montrent sa volonté de bloquer tout rapprochement avec Couche-Tard, Seven & i n'a jamais rejeté l'offre améliorée du canadien. Et continue d'affirmer l'examiner au même titre que « toutes les possibilités de créer de la valeur pour [ses] actionnaires ». Mi-mars, les deux groupes déclarent même conjointement étudier des cessions de magasins afin d'apaiser les craintes des régulateurs américains en matière d'antitrust.
L'acquisition semble encore plus se dessiner quand, le 1er mai, Seven & i annonce avoir conclu « un accord de confidentialité » pour partager ses informations financières avec Couche-Tard. Une étape clé pour entreprendre des négociations approfondies et détaillées.
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Méga-fusion en vue ? Seven & i et Couche-Tard négocient
Silence radio depuis et jusqu'à ce jeudi 17 juillet. Pendant ces plus de deux mois, « il n'y a eu aucun engagement sincère ou constructif de la part de Seven & i en vue de faciliter l'avancement d'une proposition, contrairement aux commentaires formulés publiquement » par ses représentants, déplore Couche-Tard dans la lettre adressée au conseil d'administration du groupe japonais. « Vous vous êtes plutôt livrés à une campagne calculée de dissimulation et d'atermoiement », accuse-t-il, regrettant notamment n'avoir « obtenu aucune réponse » à d'importantes questions. C'en est donc trop pour l'entreprise canadienne qui jette l'éponge. Une décision qui a fait dévisser de plus de 9 % son titre à la Bourse de Tokyo ce jeudi.
De son côté, Seven & i précise, dans une déclaration transmise à l'AFP, que le communiqué de son ex-courtisan « contient plusieurs déclarations erronées sur lesquelles [il n'est] pas d'accord ». Le distributeur nippon assure « avoir étudié toutes les options » et s'être résolu à « poursuivre sa propre stratégie de création de valeur », notamment via son réseau de supérettes en Amérique du Nord. Il va donc mener sa propre barque, comme il l'a toujours voulu finalement.
Seven & i a réussi à préserver son indépendance, mais la direction va devoir faire face à la pression de ses actionnaires pour justifier sa stratégie en solo et générer de la valeur. Quant à Couche-Tard, il doit désormais redéfinir sa stratégie de croissance externe.
L'échec de cette opération illustre les difficultés des OPA transfrontalières, en particulier sur le marché japonais, réputé pour sa culture d'entreprise résistante aux prises de contrôle hostiles. Le secteur de la distribution de proximité reste donc plus fragmenté que prévu.
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L'histoire ne s'arrêtera peut-être pas là. Seven & i pourrait rester une cible potentielle si sa performance boursière ne s'améliore pas à l'avenir. Pour d'autres acquéreurs ou même, qui sait, pour une nouvelle tentative de Couche-Tard. Affaire à suivre.
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