Gaz : Zelensky exhorte les pays producteurs d'énergie, dont le Qatar, à augmenter leur production pour sortir du chantage russe

Le président ukrainien Volodimir Zelensky a exhorté samedi les pays producteurs d'énergie à accroître leur capacité afin que la Russie ne puisse pas utiliser ses hydrocarbures comme un moyen de "chantage" face d'autres nations. S'exprimant par visioconférence lors de la conférence internationale du Forum de Doha, Volodimir Zelensky a estimé que des pays comme le Qatar pourraient contribuer à la stabilisation de l'Europe. Pendant ce temps, la Russie maintient la pression sur les Européens. Vendredi, Vladimir Poutine a ordonné à Gazprom de n'accepter que les paiements de ses exportations de gaz naturel en roubles, notamment celles de l'Union européenne. Et lui laisse quatre jours pour trouver le système adéquat.
Je vous demande d'augmenter la production d'énergie pour faire en sorte que tout le monde en Russie comprenne qu'aucun pays ne peut utiliser l'énergie comme une arme et imposer un chantage au monde (Zelensky)
"Je vous demande d'augmenter la production d'énergie pour faire en sorte que tout le monde en Russie comprenne qu'aucun pays ne peut utiliser l'énergie comme une arme et imposer un chantage au monde" (Zelensky) (Crédits : IBRAHEEM AL OMARI)

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exhorté samedi les pays producteurs d'énergie, et notamment le Qatar, l'un des principaux exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL), à accroître leur capacité de production pour contrer les menaces russes d'utiliser l'énergie "pour faire du chantage". C'est notamment le cas de l'Europe dépendante de la Russie, notamment du gaz russe qui représente 40% de ses importations.

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S'exprimant par visioconférence lors de la conférence internationale du Forum de Doha, Volodymyr Zelensky a estimé que des pays comme le Qatar pourraient contribuer à la stabilisation de l'Europe.

"Ils peuvent faire beaucoup pour rétablir la justice. L'avenir de l'Europe dépend de vos efforts. Je vous demande d'augmenter la production d'énergie pour faire en sorte que tout le monde en Russie comprenne qu'aucun pays ne peut utiliser l'énergie comme une arme et imposer un chantage au monde", a-t-il déclaré dans un message vidéo diffusé lors du Forum de Doha, organisé au Qatar, dont les propos ont été traduits en anglais.

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Volodymyr Zelensky a par ailleurs prévenu qu'aucun pays n'était à l'abri des perturbations dans l'approvisionnement alimentaire depuis de l'invasion de son pays par la Russie. L'Ukraine est l'un des plus grands producteurs de céréales au monde.

Ultimatum de Poutine à Gazprom

Pendant ce temps, l'Europe et la Russie s'apprêtent à s'affronter sur le gaz la semaine prochaine. Car Vladimir Poutine persiste et signe. Après avoir annoncé mercredi que la Russie n'acceptera plus de paiements en dollars ou en euros pour les livraisons de gaz aux « pays inamicaux », le Kremlin a ordonné vendredi à Gazprom, premier groupe énergétique russe, d'accepter seulement les règlements en roubles pour ses exportations de gaz naturel. Et l'a même exhorté à trouver un mécanisme permettant ce type de règlements sous quatre jours. Son porte-parole, Dmitri Peskov, a précisé ce vendredi 25 mars que cette injonction ne concernait pas Novatek, le plus gros producteur russe de gaz naturel liquiéfié (GNL), dont TotalEnergies est actionnaire.

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Lors de son annonce de mercredi, Vladimir Poutine avait donné une semaine aux autorités de son pays pour mettre en place le nouveau système en roubles. Une mesure prise après que les pays occidentaux ont imposé plusieurs paquets de sanctions pour forcer Moscou à mettre fin à l'invasion de l'Ukraine. Cela signifie que, en théorie, une liste de 48 États - parmi lesquels le Royaume-Uni, l'UE, le Japon et les États-Unis - devront acquérir du rouble sur les marchés pour régler leurs achats en ce combustible fossile, sans quoi ils n'auront d'autre choix que de s'en priver.

En 2021, le géant russe Gazprom a livré 50,2 milliards de mètres cubes à l'Allemagne, l'un des pays les plus dépendants à cette énergie russe. Il approvisionne aussi l'Italie, la Turquie, la Bulgarie, la Serbie, le Danemark, la Finlande et la Pologne ou encore l'Autriche.

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Les Occidentaux refusent de céder à Poutine

La décision de Vladimir Poutine a provoqué l'ire des pays européens qui ont dénoncé une violation des contrats liant Gazprom, ces contrats stipulant que les règlements devaient être effectués soit en dollars américains, soit en euros.

Cette exigence de Moscou « constitue une rupture de contrat », avait en effet déclaré le ministre allemand de l'Économie, Robert Habeck. Le président d'Engie, Jean-Pierre Clamadieu, avait lui aussi mis en avant les clauses contractuelles de ses accords d'approvisionnement avec Gazprom : « Nos contrats prévoient un paiement du gaz en euros, il n'y a pas de clause qui permette au vendeur de changer de devise ».

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Même son de cloche du côté du groupe pétrolier et gazier autrichien OMV, détenu à 31,5% par l'État autrichien. Ce dernier, qui a récemment reconnu que les solutions de l'Autriche pour se passer du gaz russe étaient "très limitées", a carrément annoncé mercredi qu'il continuerait de régler à la Russie ses achats de gaz en euros.

Idem pour le groupe gazier polonais PGNiG qui a annoncé qu'il continuerait à régler ses achats conformément au contrat en cours et refuserait les paiements en roubles réclamés par Moscou. « On ne voit pas trop une telle possibilité », a dit le président du groupe polonais Pawel Majewski. Et de préciser : « Le contrat, dont je ne peux révéler les détails, fixe le mode de paiement. Il n'est pas prévu qu'une partie puisse le modifier selon son bon vouloir. Nous remplirons ce contrat conformément à nos engagements ».

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L'Europe ne veut plus être dépendante du gaz russe

En 2020, l'Union européenne s'est fait livrer 400 milliards de mètres cubes de gaz. Dont 152 milliards de mètres cubes provenaient de Russie, soit près de 40% des importations. Tous les pays ne sont pas aussi dépendants les uns que les autres. L'Allemagne, par exemple, est particulièrement exposée : le pays dépend de la Russie pour 50% à 75% de ses importations d'après Eurostat. La France, elle, l'est moins puisque la Russie représente 20% de ses importations en gaz, mais celui-ci ne pèse que 1,2% dans son mix énergétique.

Les initiatives se multiplient donc ces dernières semaines par les pays européens pour diminuer le recours au gaz russe afin, à terme, de s'en passer. Mais ce n'est pas simple. L'Allemagne a annoncé ce vendredi 25 mars qu'elle pourra être « largement indépendante » du gaz russe « d'ici mi-2024 ». Alors qu'elle table sur l'automne prochain pour le charbon russe et la fin d'année 2022 pour le pétrole russe.

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La Pologne veut "dérussifier" son économie

La Pologne a aussi exposé la semaine dernière son intention de sortir de sa dépendance économique à la Russie. Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki avait listé une série de mesures dite « bouclier anti-Poutine » destinées selon lui à « dérussifier l'économie polonaise et européenne » L'État polonais investira trois milliards de zlotys (636 millions d'euros) dans la société d'État Gaz-System qui construit et exploite les gazoducs ainsi que le terminal gazier du port de Swinoujscie, dans l'ouest du pays. Gaz-System construit notamment le gazoduc Baltic Pipe qui doit amener en Pologne du gaz norvégien avant la fin de l'année et réduire la dépendance du pays du gaz russe.

Reste que Moscou continue d'approvisionner abondamment en hydrocarbures le Vieux continent, qui lui a fourni en échange près de 17 milliards d'euros depuis le début du conflit en Ukraine, le 24 février dernier. C'est même plus que d'ordinaire. Selon les dernières estimations du centre de réflexion européen Bruegel, qui s'appuie sur les chiffres du Réseau européen des gestionnaires de réseau de transport de gaz (Enstog), la Russie a ainsi vendu plus de 2.600 millions de mètres cubes de gaz à l'UE la semaine dernière, contre 1.700 millions « seulement » lors des sept premiers jours de janvier.

Et alors même que le projet de gazoduc Nord Stream 2 a été suspendu, son jumeau Nord Stream 1 (qui évite l'Ukraine en passant par la Baltique) fonctionnait tout autant que l'an dernier à la même période, avec plus de 170 millions de mètres cubes acheminés quotidiennement.

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Les États-Unis vont augmenter leurs livraisons de gaz à l'Europe

L'Union européenne et les États-Unis ont d'ailleurs officialisé ce vendredi 15 mars un accord sur des livraisons américaines supplémentaires de gaz naturel liquéfié (GNL) à l'Europe.

« Les États-Unis vont œuvrer avec leurs partenaires internationaux et faire leur maximum pour pouvoir fournir 15 milliards de mètres cubes supplémentaires de GNL au marché européen en 2022, avec des hausses supplémentaires attendues à l'avenir », indique une note d'information diffusée par la Maison blanche.

À plus long terme, l'objectif est que le volume supplémentaire des livraisons américaines de GNL s'établisse à environ 50 milliards de mètres cubes chaque année, est-il précisé dans ce document.

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(Avec agences)

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Commentaires 5
à écrit le 27/03/2022 à 4:02
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Comme si les bédouins couronnés d'une serviette au Qatar en avaient à péter des koufars qui leur achètent du gaz ou du pétrole...

à écrit le 26/03/2022 à 20:24
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Connaissez vous le syndrome Superman ? Ou autrement nommé syndrome de la grosse tête.

à écrit le 26/03/2022 à 14:09
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S'il on comprend bien, il ne faut pas être tributaire du gaz russe, car la Russie est une "dictature". En revanche, pas de problème pour dépendre du gaz et du pétrole des pétro-monarchies, qui sont, elles, des parangons de vertu démocratique.

le 27/03/2022 à 4:40
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Manifestement entre la valise ou le cercueil les français ont choisi la seconde option en finançant les islamistes du Golfe...

à écrit le 26/03/2022 à 14:08
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S'il on comprend bien, il ne faut pas être tributaire du gaz russe, car la Russie est une "dictature". En revanche, pas de problème pour dépendre du gaz et du pétrole des pétro-monarchies, qui sont, elles, des parangons de vertu démocratique.

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