Hongrie : Viktor Orban menacé par l'extrême-droite

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Gabor Vona, leader de Jobbik, l'extrême-droite hongroise, veut dédiaboliser son parti
Gabor Vona, leader de Jobbik, l'extrême-droite hongroise, veut "dédiaboliser" son parti (Crédits : Reuters)
Le parti du Premier ministre hongrois a perdu une élection partielle contre Jobbik, le parti d'extrême-droite. Le signe d'une crise du régime et de la montée des néo-nazis.

C'est un nouvel avertissement sans frais pour le Premier ministre hongrois Viktor Orban. Dimanche, dans l'élection partielle de Tapolca, une ville à 170 kilomètres à l'ouest de Budapest, le candidat de son parti de droite, le Fidesz, a été battu par le candidat du parti d'extrême-droite Jobbik. Certes, l'écart est faible, 35,5 % contre 34,4 %.

Mais cette victoire est préoccupante pour le Premier ministre. Elle prouve que Jobbik est capable de l'emporter dans le cadre du scrutin à la majorité relative à un tour. Pourtant, le nouveau système électoral, mêlant ce scrutin direct à un tour "à la britannique" pour 106 circonscriptions et un scrutin proportionnel pour 93 sièges, avait été mis en place par le gouvernement avant les élections d'avril 2014 afin d'assurer une « sécurité » pour le Fidesz.

Le vent a tourné pour Viktor Orban

L'an passé,  le succès avait été total. Le Fidesz avait, avec 45 % des voix, obtenu 133 des 199 sièges à la Diète (Országgyűlés), devant la coalition de centre gauche (38 sièges et 26 % des voix) et Jobbik (20,5 % et 23 sièges). A l'époque, la Fidesz et son allié chrétien-démocrate avaient enlevé 96 des 106 sièges directs attribués au scrutin à un tour. Le centre-gauche avait pris les 10 sièges restant et Jobbik aucun. Mais depuis, le vent a tourné. Et Viktor Orban est clairement en difficulté.

Déjà, en février, à Veszprem, dans une autre élection partielle, le Fidesz avait perdu sa majorité des deux-tiers à la Diète - qu'il détenait depuis 2010 - en raison de la victoire d'un candidat indépendant soutenu par une grande partie de l'opposition à l'exception de Jobbik, des Verts et des libéraux du LMP. Cette majorité des deux-tiers avait permis à Viktor Orban de réécrire à sa guise la constitution et de mettre la main sur la banque centrale, un des éléments clés de son programme économique. Désormais, ce levier n'opère plus. Le dernier sondage national, réalisé fin mars, n'accordait plus au Fidesz que 24 % des intentions de vote (parmi l'ensemble des électeurs), Jobbik atteignant 15 % et le parti socialiste (MSzP) 11 %.

La politique économique de Viktor Orban

Que s'est-il passé ? En 5 ans d'exercice du pouvoir, Viktor Orban peut pourtant se targuer d'un vrai succès économique dans une Europe qui en compte fort peu. Lorsqu'il est arrivé au pouvoir, la Hongrie était sous le coup d'un programme « d'ajustement » du FMI et de l'Union européenne. Beaucoup jugeaient une faillite inévitable. Le nouveau gouvernement a alors refusé les fonds du FMI et s'est lancé dans une politique qu'alors, beaucoup, jugeait aventureuse. Pour redresser rapidement ses comptes publics, la Hongrie pratique une austérité sévère, notamment avec la hausse de la TVA de trois points, de 24 % à 27 %, un des taux les plus élevés d'Europe.

Mais la population n'est pas la seule à payer. Viktor Orban apaise la colère en taxant les entreprises étrangères, surtout les banques, jugées responsables des déboires du pays. Il met aussi la main sur les réserves des fonds de pension (10 milliards d'euros), malgré les cris d'orfraies de Bruxelles, sur la Banque centrale. Celle-ci soutient l'activité en réduisant ses taux de 7 % en novembre 2011 à 1,95 % aujourd'hui et lance un plan de soutien direct aux PME.

Le retour à la croissance

Résultat : le FMI est remboursé début 2013, le déficit budgétaire se réduit et la Hongrie sort de la procédure de déficit excessif de Bruxelles. Mieux, alors que Viktor Orban réduit l'impôt sur le revenu, l'activité reprend rapidement. En 2012, année où l'ajustement hongrois a été le plus fort, le pays a connu une contraction de son PIB de 1,5 %, mais la Hongrie sort de la récession au premier trimestre 2013, la croissance est de 1,5 % en 2013 et en 2014 la croissance atteint 3,6 %, un record pour l'Union européenne. Le chômage recule rapidement, passant de 11 % en 2011 à 7,7 % en 2014, retrouvant son niveau de 2008. La dette publique a également retrouvé son niveau d'avant crise à 77 % du PIB.

Enfin, les nationalisations, les taxes et les méthodes expéditives de Viktor Orban n'ont pas fait fuir les investisseurs étrangers. Mercedes-Benz et Audi ont récemment agrandi leurs usines dans le pays. Enfin, en début d'année, le gouvernement a réglé un des problèmes les plus délicats de l'économie hongroise : les prêts en francs suisses, convertis en forints. S&P, longtemps très sévère avec le gouvernement, a même dû manger son chapeau et relever la note du pays le 20 mars dernier de BB à BB+.

Lassitude

Le bilan est donc flatteur. Mais le retour de la croissance ne profite guère politiquement à Viktor Orban. Les Hongrois semblent en effet de plus en plus las de la « méthode de gouvernement » du premier ministre. Une méthode ignorante de la diversité de la société hongroise et de l'opposition. Si l'intervention de l'Etat a ainsi pu participer à la reprise de l'économie, elle s'est aussi faite « en famille », en soutenant des entreprises proches du Fidesz. Le retour de l'Etat dans l'économie s'est traduit par une reprise en main politique qui semble de moins en moins supportable. L'autoritarisme du premier ministre au-delà de la sphère économique, sa tendance à vouloir taxer tout ce qui le gène - on se souvient de la fameuse taxe sur l'Internet qui avait déclenché une forte résistance populaire - a fini par lasser.

Une gestion de « clan »

De plus en plus, il apparaît que l'Etat hongrois est géré en fonction des intérêts du clan Orban. La faillite plus ou moins frauduleuse du fonds Quaestor, dirigé par Csaba Tarsoly, un ami du ministre des Affaires étrangères, lui-même proche de Viktor Orban, en début d'année, l'a prouvé. Avant la faillite de ce fonds de 500 millions d'euros, le ministre a pu retirer ses fonds à temps. Ceci est d'autant plus irritant qu'en 2010, Viktor Orban s'était fait élire sur le rejet de la corruption généralisée dans le gouvernement de centre-gauche.

La recherche de l'alternative

En bref, la Hongrie a de plus en plus de mal à supporter le pouvoir personnel de Viktor Orban. Mais vers qui se tourner ? L'opposition de centre-gauche peine encore à convaincre. Les dernières années des gouvernements socialistes, de 2004 à 2010 apparaissent comme des années traumatisantes pour la Hongrie, entre le risque de faillite et la corruption. C'est une alternative qui, pour beaucoup, n'est pas crédible. La victoire de Veszprem était ainsi surtout due au caractère « apolitique » du candidat et à l'abstention des électeurs Fidesz. Or, parallèlement, Jobbik tente de s'acheter une conduite en faisant oublier son identité antisémite et anti-rom, pour conquérir l'électorat traditionnel de Viktor Orban.

La tentative de « dédiabolisation » de la Hongrie

Dans une interview au quotidien Magyar Nemzet en avril, Gabor Vona, 36 ans le leader de Jobbik, a clairement indiqué sa stratégie. « Il nous faut préserver notre programme d'une façon qui attire les grandes couches de la société hongroises », a-t-il indiqué avant d'ajouter : « je vais décevoir ceux qui pensent que Jobbik est un parti extrémiste et nazi. » Son but est donc de « dédiaboliser » Jobbik pour apparaître comme une alternative au Fidesz. Ainsi, Gabor Vona affirme rejeter les « opinions collectives par nature qui conduisent à l'exécration d'un peuple. » Il a récemment sanctionné un militant qui avait appelé à tuer des Roms.

Pas de limite à la montée de Jobbik ?

Certes, la stratégie de Gabor Vona reste assez peu crédible, vu de l'extérieur. Le site Internet de Jobbik continue à attaquer les Roms et Israël. Et le leader de Jobbik ne peut guère renoncer à sa base militante qui n'est guère sur une ligne « centriste. » Il revendique donc toujours le droit de « parler de la communauté juive, de la politique d'Israël et du problème rom. »

Pourtant, cette stratégie semble prendre en Hongrie et Jobbik parvient à capitaliser sur le rejet de Viktor et c'est ce que montre la victoire de Tapolca. Cité par Bloomberg, l'institut Political Capital explique que « ce succès de Jobbik montre qu'une masse critique d'électeurs ne considère plus le parti comme extrémiste, ce qui signifie qu'il n'y a pas de limites à la montée du parti. » Une analyse inquiétante corroborée par les sondages qui indiquent que 20 % des électeurs Fidesz sont tentés par Jobbik.

Ceci fera-t-il réagir Viktor Orban ? Au sein même du Fidesz, beaucoup réclament des changements significatifs de politique. Mais le premier ministre acceptera-t-il de renoncer à un mode de gestion du pouvoir qui semble être sa marque même ? Rien n'est moins sûr.

Mais cette fois, c'est son maintien au pouvoir après les élections de 2018 et le risque d'une montée d'un parti d'extrême-droite peu recommandable dans un pays de l'UE qui est en jeu.

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Commentaires
a écrit le 19/04/2015 à 12:15 :
@Romaric Godin
Bonjour , lorsque l extrême droite fait une percée en Hongrie vous qualifiée de néo-nazis ces mêmes partis , je vous avez surement vos raisons pour dire cela , et en UKRAINE comment s appellent ces mouvements soutenus par l Union Européenne .
Je serais très intéressé d avoir votre avis pertinent bonne journée a vous et aux nombreux lecteurs de la tribune.
Réponse de le 20/04/2015 à 2:54 :
Y a des neo nazis en Ukraine, mais beaucoup plus en Russie. Plusieurs fois par an, des groupes néo nazis manifestent librement à Moscou et Saint Petersbourg. Ils s'en prennent à des vendeurs venant du Caucase, ou des étudiants africains...il ya en Russie environ 75000 néonazis, contre 25000 en Alemagne .
a écrit le 18/04/2015 à 16:24 :
Orban est un extrémiste qui a une âme de dictateur. Il ruine son pays par des mesures de court terme aux conséquences folles. Il a bénéficié de moyens finaciers extérieurs et d'un élan "occidental" laissant à penser que tous les hongrois allaient devenir milliardaires, méthode classique dont on s'étonne toujours qu'elle marche encore. La "gauche" déconsidérée par ses crimes bolchéviques ne trouve plus que quelques acharnés marxistes pour voter pour elle. Dans ce pays l'alternance stupide gauche-droite connue ailleurs ne marche pas car l'on ne veut plus revoir le diable. D'autres partis apparaissent pour porter les espoirs des hongrois et cet effort de bon sens rassure. On est en train de faire adopter à de nombreux pays un processus à la grecque. Malheureusement la déchéance du pays avance vivement de telle sorte que ces réfractaires à l'européïsme trouvent le plus souvent un vide économique sidéral à leur arrivée. Il les place à nouveau aux mains de leurs tortionnaires sans véritable solution.
Réponse de le 18/04/2015 à 17:00 :
Vous avez lu l'article avant de sortir des inepties pareils ... Il a relancé le pays et avec 3,6% de croissance ... On ne peut que se taire avec nos 0% ! C'est sa dérive autocrate qui inquiète....
Réponse de le 18/04/2015 à 17:06 :
Arrête ton blabla, Orban n'est pas un extrêmiste,c'est un conservateur. Il y a cent fois pire que lui, des neo nazi,et ils montent dans les sondages, alors un moment ça suffit de raconter des salades quand on y connait rien, juste bon à répéter comme un perroquet ce qu'on a lu ailleurs...
a écrit le 18/04/2015 à 12:53 :
Article interessant surtout sur le volet économique. Un pays en quasi faillite en 2008 qui réussit a se redresser en quelques années en appliquant des politiques non conventionnelles ? Que n'a-t-on lu et entendu quand le gouvernement du grand méchant Orban a pris le controle de la banque centrale Hongroise en opposition totale avec la doxa issue de Bruxelles. Un peu plus de publicité à ce "miracle économique hongrois" serait bienvenu.
Réponse de le 18/04/2015 à 16:39 :
Un commentaire assez cynique si je ne m'abuse.
a écrit le 18/04/2015 à 9:32 :
A tout action, il y a réaction et c'est le peuple qui "légitimise" le mouvement!
Réponse de le 18/04/2015 à 19:40 :
Ah bon vous pensez que le "peuple" est intelligent et ne se trompe jamais ?
Au contraire, c'est le "peuple" qui a voté pour Hitler ou bien qui a voulu des guerres au cours de l'histoire.
Réponse de le 23/04/2015 à 13:39 :
Vous préférez certainement la technocratie actuelle qui finit par produire les mêmes erreurs que dans le passé ?

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