"La Côte d'Ivoire enregistrera une croissance de 8% en 2015 et en 2016"

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Pour l'économiste Hélène Ehrhart, on ne dispose pas de données récentes nous permettant de dire, si les réformes amorcées par Alassane Ouattara en 2012, ont eu un impact positif sur les inégalités.
Pour l'économiste Hélène Ehrhart, "on ne dispose pas de données récentes nous permettant de dire, si les réformes amorcées par Alassane Ouattara en 2012, ont eu un impact positif sur les inégalités." (Crédits : Agence française de développement)
Cinq ans après les violences post-électorales en Côte d'Ivoire, le premier tour de l’élection présidentielle se déroulera dimanche 25 octobre. Alassane Ouattara, président sortant, fait figure de grand favori. Avec une croissance élevée depuis 2012, un plan pharaonique en matière d'infrastructures, il peut se targuer d'un bilan économique sans précédent. Il devra maintenant confirmer ce renouveau. Entretien avec Hélène Ehrhart, économiste à l'Agence Française de développement (AFD).

La Tribune : Alors qu'elle était la quatrième économie d'Afrique subsaharienne en 1995, la Côte d'Ivoire, lourdement impactée par l'instabilité politique des années 2000, occupe aujourd'hui la 9e place. Un cycle de forte croissance économique -avec un rythme moyen supérieur à 8%- s'est toutefois ouvert en 2012. Quelles sont les raisons de ce "rattrapage économique" ?

Hélène Ehrhart : Le rebond est tiré par la forte consommation des ménages favorisé par le retour de la confiance après la crise de 2011, mais aussi par une augmentation de l'investissement public. La Côte d'Ivoire a adopté un Plan national de développement (PND) pour la période 2012-2015, prolongé jusqu'en 2020, qui a pour objectif de transformer le pays en "émergent" d'ici à 2020. Dans ce cadre, un programme de projets majeurs d'infrastructures a été lancé via une forte augmentation de l'investissement public passant de 2,5 % du PIB en moyenne sur la décennie 2000 à 6 % du PIB en moyenne sur 2012-2015. Ce montant devrait rester identique dans les prochaines années.

Ce plan vise également à améliorer le climat des affaires pour attirer les investisseurs. Le pays a mis en place un tribunal de commerce, a simplifié les procédures de création d'entreprises, et la corruption -bien que toujours présente- s'est réduite. Dans un rapport de la Banque mondiale publié fin 2014, "Doing Business 2015 : au delà de l'efficience", la Côte d'Ivoire figure d'ailleurs dans les 10 pays qui ont réalisé le plus grand nombre de réformes de la réglementation des affaires en 2013-2014.

En 2012, le pays a aussi bénéficié d'un allègement de sa dette dans le cadre de l'initiative Pays pauvres très endettés (PPTE). Cette baisse de l'endettement public a permis au pays d'émettre de nouveau sur les marchés internationaux pour financer son programme de relance économique.

Comment la Côte d'Ivoire peut-elle pérenniser cette forte croissance ?

Visiblement, les signes avant-coureurs laissent à penser que le pays enregistrera une croissance de 8% en 2015 et en 2016. Mais pour qu'elle se pérennise, la Côte d'Ivoire doit poursuivre ses efforts pour encourager l'investissement privé, encore faible par rapport aux autres pays d'Afrique sub-saharienne. Le taux global d'investissement représente 17% du PIB alors qu'il atteint 20% du PIB en moyenne en Afrique sub-saharienne et 23% dans l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA).

Par ailleurs, la problématique d'une croissance plus "inclusive" reste un défi majeur. Pour l'instant, on ne dispose pas de données récentes nous permettant de dire, si les réformes amorcées par Alassane Ouattara en 2012, ont eu un impact positif sur les inégalités. Les derniers chiffres sur le taux de pauvreté datent de 2011, et une enquête sur les conditions de vie des ménages est toujours en cours.

On peut toutefois constater que l'Indice de développement humain (IDH) a légèrement progressé (de 0,390 en 2002 à 0,452 en 2013). Mais la Côte d'Ivoire reste très en retard par rapport au niveau moyen en Afrique subsaharienne (0,502). Le pays occupe la 171è place sur 187 pays en terme de d'IDH.

Quel bilan peut-on tirer de la présidence de Alassane Ouattara et de sa politique de relance ?

Entre 2013 et 2014, le salaire minimum est passé de 36.000 à 60.000 FCFA (de 60 à 90 euros). Des revalorisations salariales ont également été adoptées dans la fonction publique. Dans le secteur agricole, des réformes favorables aux producteurs de cacao ont été introduites à partir de 2012. Elles garantissent aux producteurs le versement de 60 % du prix de vente (contre 50% auparavant) sur le marché mondial aux producteurs. 700.000 planteurs du pays ont ainsi bénéficié de cette mesure.

Par ailleurs, une loi instaurant une couverture maladie universelle a été votée en mars 2014. Elle doit permettre aux plus démunis d'avoir une couverture des risques santé.

Le vaste plan de relance -symbolisé par la construction d'infrastructures à l'instar du nouveau pont sur la lagune d'Abidjan- constitue le principal argument de campagne du président sortant. Sera-t-il suffisant pour convaincre ? Les opposants parlent d'une croissance en trompe l'œil...

Au sortir de l'indépendance, la Côte d'Ivoire a enregistré une très forte croissance, mais à partir des années 1980 le pays a pris du retard en terme de développement sur les pays voisins. Dans les années 2000, cette perte de vitesse se confirme : l'Afrique subsaharienne enregistre alors une croissance de 5% alors que la Côte d'Ivoire stagne à 2%. Et entre 1980 et 2010, le PIB par habitant a été réduit de moitié, passant de 1.800 à 900 dollars.

La croissance démographique constitue un des enjeux majeurs. 78% de la population a moins de 35 ans. Le pays doit créer de nouveaux emplois pour absorber l'arrivée de la jeunesse sur le marché du travail. La Côte d'Ivoire doit se soucier de l'éducation. Le taux de scolarisation en primaire est de 94% en Côte d'Ivoire contre 99% dans les autres pays d'Afrique subsaharienne. Le taux d'alphabétisation est également légèrement inférieur à la moyenne des pays de cette région qui est déjà faible (67% contre 68%).

L'objectif de devenir à l'horizon 2020 une économie émergente est-il réaliste ?

La Côte d'Ivoire est le seul pays d'Afrique de l'ouest qui présente un excédent de balance commerciale, c'est-à-dire qu'il exporte plus qu'il n'importe. Premier producteur mondial de cacao avec plus de 35% des récoltes mondiales, le secteur fait vivre près d'un quart de la population du pays qui bénéficie de la bonne tenue des cours internationaux. Les exportations (fèves et transformé) représentent 29% des recettes d'exportations.

Il faut également constater que le pays a su diversifié son agriculture. S'il a perdu son rôle de leader dans la production café (12e rang mondial en 2013 après avoir été le 3e producteur pendant 30 ans), il est désormais numéro un dans la production de noix de cajou. La Côte d'Ivoire cherche aussi à accroître sa capacité à transformer les produits sur place.

Le pétrole (brut et raffiné) représente le second produit majeur d'exportation (25%). Sa capacité de raffinage est supérieure à la production nationale. Résultat : le pays importe d'importants volumes pour le raffinage. Les exportations ne dépassent que légèrement la valeur des importations. Les variations du court du brut ont donc un impact marginal sur la balance commerciale du pays.

Quatre ans après les incidents post-électoraux -qui ont fait plus de 3.000 morts- le climat apaisé encourage les investisseurs à revenir en Côte d'Ivoire. La France, en particulier...

La France est le deuxième fournisseur de la Côte d'Ivoire, et représente 13% des stocks d'investissements étrangers.

Le géant du BTP et des télécoms, Bouygues, a construit le nouveau pont d'Abidjan. On peut également citer les ouvertures de magasins par Carrefour, la Fnac, ou encore Decathlon. Avec la forte croissance, ces entreprises misent sur l'émergence d'une classe moyenne. La Côte d'Ivoire est très attractive : avec 23 millions d'habitants,  il s'agit du pays le plus peuplé de l'UEMOA. De plus, sa position géographique devrait permettre aux grands groupes d'atteindre les marchés des pays voisins, à l'instar du Burkina Faso ou de la Guinée. Mais le pays doit aussi faire face aux nouveaux acteurs qui se positionnent comme la Chine et le Nigeria.

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Commentaires
a écrit le 24/10/2015 à 11:45 :
C'est pas compliqué de faire dans un pays en ruine qui sort d'une guerre civile dévastatrice ... La CI , investissez votre argent et un jour , dans 1an , 2 ans ou 10 ans on vous foutera dehors en vous expliquant que vous avez de la chance d'être encore en vie

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