"Le yuan n'est pas prêt à détrôner le dollar"

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Claude Meyer est l'auteur de Chine, banquier du monde.
Claude Meyer est l'auteur de Chine, banquier du monde. (Crédits : DR)
Claude Meyer, conseiller Asie auprès de l’Ifri (Institut français des relations internationales), professeur à Sciences Po, auteur de "La Chine, banquier du monde"(Fayard), explique à La Tribune que la Chine a pour ambition de devenir une grande puissance financière. Mais la nécessaire réforme de son système financier et sa volonté d'agir très progressivement risquent de prendre du temps avant d'aboutir à une libéralisation de son système de change.

Comment analysez-vous la succession de dévaluations du cours pivot du yuan, cette semaine ?

Les marchés ont été pris par surprise par cette annonce. Mais il y a deux niveaux de lecture de ces décisions. Il s'agit d'abord d'un ballon d'oxygène pour les entreprises exportatrices chinoises. Mais la deuxième lecture est à mon avis plus importante puisque l'objectif est plus structurel et plus stratégique. Il s'agit de conférer au yuan un statut international. Car si le yuan s'est beaucoup internationalisé depuis quelques années, il reste encore d'importants obstacles en matière de contrôle des changes. Aujourd'hui, la Banque centrale chinoise est clairement en train de conduire le yuan vers une gestion libéralisée et davantage orientée par le marché. Mais la Chine ne va pas libéraliser le yuan du jour au lendemain, elle va ainsi procéder par petits pas. L'objectif est que le FMI intègre le yuan dans son panier de monnaies des Droits de Tirage Spéciaux (DTS), et in fine faire du yuan une monnaie de réserve à part entière. Ce statut donnera ainsi à la Chine sa place de grande puissance, y compris financière.

Avec ses énormes réserves de change, la Banque centrale chinoise a parfaitement les moyens d'agir sur le niveau du yuan...

En effet, fin 2013, elle disposait de près de 4.000 milliards de dollars de réserves de change. Depuis, ce niveau a baissé, mais la Chine bénéficie toujours d'une force de frappe considérable.

La Banque centrale pourra-t-elle continuer à ne donner aucune visibilité aux marchés dans l'optique d'un yuan plus flottant ?

Il est certain que non seulement elle devra avoir une politique plus lisible, mais qu'elle devra également davantage prendre en compte les anticipations des opérateurs de marché. Cette semaine, elle a voulu prendre le marché par surprise pour éviter des sorties massives de capitaux. A termes, si la Chine adopte vraiment un système de change flottant, elle ne pourra plus agir ainsi. D'autant que cette succession de dévaluations, puis d'interventions pour stopper la baisse, ont poussé les opérateurs à se poser de nombreuses questions sur la capacité de la banque centrale à mener une politique de change.

Cette lisibilité de la politique monétaire n'implique-t-elle pas que la Chine adopte une vraie culture de transparence et de communication, ce qui lui fait défaut aujourd'hui?

C'est une culture à acquérir. La crise boursière a été gérée de façon très administrée et autoritaire... Le système financier chinois est encore très peu liquide, archaïque et peu connecté aux marchés internationaux.

Dès lors, le yuan a-t-il vocation à devenir une monnaie internationale ?

La Chine a deux priorités. D'abord la croissance, qui est un gage de stabilité sociale. C'est encore plus vrai aujourd'hui avec le ralentissement annoncé cette année. Sa seconde priorité est la stabilité des marchés financiers, tout en poursuivant leur libéralisation. Elle se veut extrêmement prudente dans la libéralisation des contrôles des changes. Elle tient cela de l'expérience tirée de la crise asiatique de la fin des années 1990, fruit d'une libéralisation précipitée. C'est pour cela qu'elle veut agir de manière progressive. Aujourd'hui, le yuan ne peut prétendre à devenir une monnaie internationale à cause de marchés financiers peu profonds et également peu liquides. Mais, il y a aussi le manque de confiance des investisseurs internationaux dans un pays encore très marqué par un régime autoritaire capable de décisions économiques arbitraires. Notons toutefois que la Chine bénéficie encore d'une grande capacité d'épargne, ce qui renforce sa puissance financière. Mais au rythme où vont les choses, le yuan n'est pas prêt à détrôner le dollar.

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Commentaires
a écrit le 15/08/2015 à 16:43 :
J'ai l'impression qu'il n'a pas bien compris ce Claude Meyer :-) Deouis quelques années déjà, les pays du BRICS veulent créer un panier de monnaies qui les rendraient indépendants du dollar. Il n'a jamais été question de faire de la monnaie chinoise le remplaçant du dollar. Il est toutefois évident que la Chine veut être reconnue politiquement et financièrement, c'est tout de même un pays de 1,5 milliard d'habitants :-)
a écrit le 14/08/2015 à 23:04 :
Bien malin celui qui prétend que la CHINE ne va pas rebondir et durablement je serai de ce monsieur je me méfierai !
a écrit le 14/08/2015 à 22:49 :
D'accord. Même si ce n'est pas immédiatement, ni dans deux ans, il faut admettre que la Chine sera la première puissance économique mondiale (sur le PIB nationale dans un premier temps) et qu'elle possédera également une monnaie internationale. Il est vrai aussi que pour le PIB par habitant la route sera un peu plus longue pour les Chinois avant d'atteindre un niveau de vie semblable à un Japonais, américain ou européen. Mais avouons que cet État pourra bientôt lui aussi, par sa puissance économique et régionale, le pouvoir (comme les États-Unis) de soumettre ses idées sur la scène international tout en ayant l'avantage de ne plus se soucier de se faire imposer une directive par une autre puissance. Par contre pour ceux qui aime en rajouter puis prédire le déclin des occidentaux dominer par les Chinois soyez réaliste bon sang. Si les dirigeants Chinois souhaitent que ce pays reste sur les devants de la scène internationale puis continue à rester l'usine du monde ils doivent obligatoirement continuer à exporter à l'étranger et espérer que ses partenaires commerciaux (Ameriques, Europe, Asie, ...) soient en bonne santé économique et continuent de travailler avec eux. Les Chinois, comme beaucoup d'autre, n'ont pas intérêt à ce que la crise qui nous touche actuellement continue car un ralentissement économique mondiale n'est jamais bon pour la croissance d'un Etat comme la Chine (comme pour les occidentaux). Et un jour viendra où l'Inde aura son mot à dire, etc...
Réponse de le 15/08/2015 à 11:10 :
@Rachella
Quoi qu'il arrive de l'économie, le fait politique restera majeur. Penser l'évolution de la Chine, de l'Inde...du Monde , du simple point de vue économique me semble quelque peu hasardeux. Rien n'est écrit.
a écrit le 14/08/2015 à 17:05 :
On sait que le monde occidental à implanté des régimes dictatoriaux socialistes ou militaires un peu partout, dont en Chine, pour contenir des zones afin de favoriser l'avancée de ses acteurs économiques. Cette domination a été, et est encore, structurellement monétaire. L'ouverture récente de ces marchés ainsi gelés a été programmée pour poursuivre cet avantage. La normalisation de ces régions doit donc se traduire théoriquement par un échec économique. C'est la cas de l'Amérique Latine. L'Inde pays dans lequel on a cultivé une idéologie originale du non-tout : non-violence, non-développement, est déjà dans l'impossibilité de remonter la pente pour au moins un siècle. L'orient arabo-perse est en pleine auto-destruction financée par le déversement d'armes en flux continu. On surveille l'Afrique de près. Reste la Chine qui ne peut être traitée de manière commune au regard de son potentiel millénaire et de sa masse unifiée. Comme c'est le cas, à moindre niveau, partout mais par exemple en Grèce, le processus est : ouverture, échec des autorités locales, intervention puis mise sous tutelle ou en cas de refus, chaos. Les chinois le savent comme le joueur d'échec sait que son adversaire compte le mettre à bas. Ils ont surpris par la fulgurance du rythme qu'ils ont choisi d'appliquer dans leur première phase de développement. Preuve de cette clairvoyance usant des avantages octroyés. Elle a fait passer en 20 ans le tiers de sa population (en projection 2050) à un niveau de moitié à celui des pays occidentaux qui ont mis plus de 2 siècles pour le faire. Il est vrai qu'il s'agit d'une dictature socialiste ce qui, ici, peu paraître un avantage relatif. L'objectif du pays est de faire tenir le challenge mondial par ce tiers supérieur tout en portant l'effort de développement des deux autres à un niveau correspondant pour le moins à sa moitié. Pour financer cette phase qui ne pourra l'être par ses exportations, le choix de l'arme monétaire s'impose donc. C'est le bas niveau qui est opéré, correspondant à l'essentiel de la situation économique de la planète; la devise chinoise pourrait devenir celle des pauvres, comme une alternative, (des biens internationaux modestes achetés avec une monnaie libre et modeste) tandis que le dollar est ses contraintes deviendrait la devise des riches achetant riche. Mais le dollar n'est déjà plus le dollar américain, en effet une prochaine convergence avec l'euro et le yen (l'économie japonaise représentant "une captive" pour les USA) ainsi que différents traités économiques de commerce en feront une devise multinationale comme il est prévu depuis de longue années et quelque soit le nom que l'on puisse lui donner ou ne plus lui donner. Cette U-nité monétaire fera face au yuan, le Y-ield monétaire alliant lui, le risque a l'effet de levier mais partant de très bas. Bien entendu il est toujours préférable de choisir ses challengers à la mesure de ceux que l'on pense battre. Ainsi fait le monde occidental en escomptant à terme imposer ses normes. La survenance de cet "ennemi" aura pour premier effet un regroupement des devises, celles qui seront acceptées, autour de cette Unité monétaire nouvelle. Ceux qui suivent ce fil savent que je préconise pour ma part un schéma plus équilibré sous la forme d'un plancher monétaire qui verrai donc la fixation d'une limite basse des change pour toutes les devises et tous les pays. Plancher que l'on pourrait faire évoluer. Le risque est en effet de voire les guerres monétaires se transformer en guerres militaires. Nous verrons.
Réponse de le 15/08/2015 à 11:15 :
@Corso
"Le risque est en effet de voire les guerres monétaires se transformer en guerres militaires"...Le processus me semble déjà bien engagé.
a écrit le 14/08/2015 à 16:28 :
Pour revenir a des considérations simples, regardons avant les dévaluations monétaires que les autres pays ont effectué (comparativement au dollar US et Yuan,qui sont les 2 monnaies de référence mondiale), durant ces deux derniéres années de fortes difficultés économiques mondiales, les dévaluations monétaires ont été massive et ubiquitaire : *** dévaluation de l euro = - 30%, dévaluation du réal Brésil : -40%, *** dévaluation du $ australien : -35%, *** dévaluation du $ Can : -35%, *** dévaluation du rouble : -40%, dévaluation du $ NZ : -30%, *** dévaluation de la livre GB : -30%, dévaluation du Yen : - 40%...*** Alors il parait normal que la Chine dévalue a son tour car le Yuan est trés surévalué (comme également le $US) dans la compétitivité des industries a l'échelle mondiale, c'est mathématique... Et d'ailleurs, même les pays qui ne sont pas exportateurs de matiéres premières ont dévalué massivement leur monnaie: Japon, Asie du Sud Est, Europe. C'est trés concurrentiel et mieux vaut une monnaie plus faible qu'un taux de chomage réel de 20% comme dans de nombreux pays européens (ou un krach obligataire comme on a deja vu).
a écrit le 14/08/2015 à 15:53 :
PAS SUR ? PAS SUR? A LA VITESSE D EVOLUTION DES CHINOIS S ILS FONT L UNION DES EMERGENTS . L AMERIQUE ET L EUROPE DEVRAIS CE FAIRE DU SOUCIE ? CAR LES CARTES DE L ECONOMIE MONDIAL PEUVENT CHANGER DE MAINS///.PROFESEUR/// SI VOUS ETTE FRANCAIS ONT DIT INPOSIBLE N EST PAS FRANCAIS? EN ECONOMIE C EST PAREIL???
a écrit le 14/08/2015 à 14:11 :
Et bien vous vous trompez, mr le professeur ; depuis Deng Xiaoping, la Chine a rattrapé au niveau économique ses années de torpeurs par des guerres internes improductives. Et j'ai plutôt l'impression que ces dévaluations vont la remettre en concurrences directes et fructueuses face à l'europe et aux américains !
a écrit le 14/08/2015 à 13:56 :
Ne pas prendre en compte l'effet BRICS est bien digne d'un professeur qui tire un fait de son contexte. Sinon néanmoins en aparté ça sortira pas du net : j'ai ouïe dire d'une mise en commun de fonds (style banque) de ces pays qui commercent de moins en moins en dholars... Me trompais-je..?? Explique, Prof.
a écrit le 14/08/2015 à 13:31 :
Dans la géopolitique du pouvoir mondial, les américains peuvent compter sur la Chine...!
Réponse de le 14/08/2015 à 14:01 :
Certes. Sauf que dans les BRICS, seule la Chine a le droit de faire participer son banquier central aux réunions de pontes en suisse. C'est là que ça me gène... Notes, entre initiés, l'Inde est aussi un peu à voile et à vapeur en fonction de la corruption du moment. Pas simple, st'affaire... Autre "bémol" : la concurrence d'appartenance commerciale du Pacifique est assez féroce entre Chine et us. Sauf si c'est de l'intox. Soit, comme d'hab. L'intox, c'est leur job.

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