Limogeage du directeur du FBI : cinq dates pour comprendre l'affaire

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James Comey avait été nommé en 2013 pour 10 ans. C'est par un écran de télévision qu'il a appris, mardi, qu'il était limogé de son poste de directeur du FBI, rapporte le New York Times.
James Comey avait été nommé en 2013 pour 10 ans. C'est par un écran de télévision qu'il a appris, mardi, qu'il était limogé de son poste de directeur du FBI, rapporte le New York Times. (Crédits : Kevin Lamarque/Reuters)
Donald Trump a justifié cette décision brutale par la mauvaise maîtrise du dossier des emails de Clinton par James Comey. Alors que Donald Trump reçoit le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov ce mercredi, retour sur cette affaire aux multiples rebondissements.

Donald Trump a déclenché un véritable séisme politique en limogeant dans la soirée du 9 mai le directeur du FBI James Comey. Celui-ci dirigeait l'enquête sur les soupçons d'ingérence de la Russie pendant la campagne présidentielle et les liens éventuels entre l'équipe de campagne de Donald Trump et le Kremlin. Dans un communiqué, le président américain a indiqué que "le FBI est l'une des institutions les plus précieuses et les plus respectées et aujourd'hui marque un nouveau départ pour l'agence phare de notre appareil judiciaire".

Le chef de l'Etat américain s'est appuyé sur un mémo à charge du ministre de la Justice adjoint, Rod Rosenstein pour prendre sa décision. Ce document revient sur l'enquête menée par James Comey à propos de l'affaire du serveur privé d'Hillary Clinton quand celle-ci était secrétaire d'Etat sous Obama. Retour en cinq dates sur la série de turbulences traversées par l'agence fédérale.

>> Lire aussi : Trump limoge le directeur du FBI qui enquêtait sur ses liens avec la Russie

1- Juillet 2016 : le FBI met en cause Hillary Clinton

Quelques semaines avant l'investiture d'Hillary Clinton pour l'élection présidentielle, le FBI déclare que l'ancienne secrétaire d'Etat a fait preuve de "négligence extrême" en utilisant un serveur de messagerie privé entre 2009 et 2013. Cette période correspond au moment où elle dirigeait la diplomatie américaine sous le premier mandat de Barack Obama. Le directeur du FBI James Comey recommande cependant qu'elle ne soit pas poursuivie.

Le directeur de l'agence a expliqué que les agents fédéraux n'ont pas établi que Clinton ou son entourage aient intentionnellement voulu violer la loi. "Rien ne prouve, ajoute-t-il, que quiconque ait piraté les communications de l'ancienne secrétaire d'Etat."

 Chronologie interactive de l'affaire du serveur d'Hillary Clinton

 [Chronologie interactive] Vous pouvez faire défiler la frise chronologique à l'aide des flèches situées à gauche ou à droite.

>> Lire aussi : La troublante affaire des e-mails de Clinton plombe sa campagne

2- Octobre 2016 : ouverture d'une nouvelle enquête

Alors qu'Hillary Clinton se croyait tranquille, le FBI a annoncé le 28 octobre dernier l'ouverture d'une nouvelle enquête relative à l'usage du serveur privé lorsqu'elle dirigeait les relations extérieures des Etats-Unis. Le camp démocrate a réclamé que le directeur du FBI James Comey  publie l'ensemble des éléments qui l'ont amené à prendre cette décision. John Podesta, directeur de campagne d'Hillary Clinton a ainsi affirmé "qu'en fournissant de façon sélective des informations", M.Comey "a ouvert la voie à des distorsions et à des exagérations partisanes pour infliger le plus de dommages politiques."

Cette fois, ce n'est pas directement Hillary Clinton qui est mise en cause mais son entourage. Selon les médias américains, des courriers électroniques ont été découverts dans un ordinateur appartenant à un ancien représentant de l'Etat de New York, Anthony Weiner. Ce dernier a été marié à une ex-conseillère de Clinton, Huma Abedin. L'homme a déjà attiré l'attention de la police fédérale pour des SMS à caractère sexuel avec une mineure de Caroline du Nord.

huma abedin

Huma Abedin et son ex-mari à New-York en 2013. Crédits : Eric Thayer/Reuters.

L'ex-conseillère Huma Abedin est également soupçonnée d'avoir échangé des messages classés confidentiels avec Clinton avec un niveau de sécurité insuffisant. Elle a affirmé au Washington Post ne pas savoir pourquoi certains de ces échanges avaient pu se retrouver dans l'ordinateur de son ex-mari. 10.000 mails seraient présents sur l'ordinateur de Weiner.

En campagne dans le New Hampshire à ce moment là, Trump s'empresse de partager la nouvelle avec ses partisans. "J'ai un grand respect pour le fait que le FBI et le département de la Justice soient désormais disposés à avoir le courage de rectifier l'horrible erreur qu'ils ont commise", dit-il.

3 - Février 2017 : le conseiller à la sécurité Flynn est viré

Accusé de contacts potentiellement illégaux avec l'ambassadeur russe aux Etats-Unis, alors qu'il n'était pas encore le conseiller du président américain à la sécurité nationale, Michael Flynn, a démissionné le 13 février.

Obama aurait deconseille a trump d'engager michael flynn

Mickael Flynn avant sa démission. Crédits :  Carlos Barria / Reuters.

Mickael Flynn apparaît comme un personnage central dans les enquêtes d'ingérence de la Russie pendant la campagne de 2016 et sur de potentiels liens entre l'équipe de Trump et Moscou. Devant les commissions parlementaires du Sénat et de la Chambre des représentants, M.Flynn a expliqué qu'il était prêt à apporter des éléments sur les conversations qu'il a eues l'année dernière avec l'ambassadeur russe aux Etats-Unis Sergueï Kislyak.

>> Lire aussiUn ex-conseiller de Trump veut bien témoigner sur la Russie mais contre l'immunité

Par ailleurs, des documents dévoilés au Congrès ont montré que l'ancien conseiller à la sécurité nationale du président américain Michael Flynn a été payé entre 50.000 dollars et 70.000 dollars (des sources diffèrent, ndlr) par des compagnies russes peu de temps avant qu'il devienne conseiller du candidat Trump à la primaire des Republicains.

>> Lire aussi :Trump : son ex-conseiller Michael Flynn a touché des milliers de dollars de la Russie

4 - Mars 2017 :  Comey confirme une enquête en cours

Face à la commission du renseignement de la Chambre des représentants, James Comey a confirmé qu'une enquête était en cours au FBI pour savoir si le gouvernement russe a tenté d'intervenir ou d'interférer dans la campagne de Clinton. Il a également expliqué que le bureau fédéral enquêtait sur les liens probables entre l'équipe de Donald Trump et la Russie.

Il souligne en même temps "qu'il n'existe aucune preuve que Trump ait été écouté pendant sa campagne sur ordre du président Obama, contrairement à ce qu'a affirmé le nouveau président dans une série de tweets publiés quelques jours plus tôt" rapporte Reuters.

En parallèle, le ministre de la Justice américain Jeff Sessions a annoncé qu'il se retirait de toute enquête sur l'ingérence de la Russie dans la campagne présidentielle. Son poste lui permettait de superviser le département de la Justice et le Federal Bureau of Investigation en charge des investigations sur le rôle du Kremlin dans la campagne. Mais ce dernier est accusé d'avoir menti sur ses relations avec la Russie.

>> Lire aussi : Le ministre de la Justice de Trump a menti sur ses relations avec la Russie (lui aussi)

5- Mai 2017 : des déclarations erronées

Interrogé par une commission sénatoriale le 3 mai, James Comey explique qu'il se sent "légèrement nauséeux" à l'idée que sa décision du 28 octobre a pu avoir des conséquences sur le résultat de l'élection. Il ajoute qu'il n'avait pas eu le choix après avoir découvert que l'assistante d'Hillary Clinton avait transféré des emails classifiés à son mari. "Garder le silence aurait constitué à mes yeux un acte de dissimulation. La dissimulation aurait été de mon point de vue catastrophique", se justifie-t-il. En réalité, le nombre de courriels évoqué par M.Comey serait bien supérieur à la réalité. Le directeur du FBI a par la suite apporté des rectifications mais cette erreur a fragilisé sa communication. Dans une lettre adressée aux médias américains, la Maison Blanche justifie officiellement le limogeage de James Comey pour "restaurer la confiance du public pour le FBI".

Tim Kaine, l'ex-colistier d'Hillary Clinton a jugé que le limogeage "montre à quel point l'administration craint l'enquête sur la Russie". Le proche de la démocrate y voit une véritable volonté de "cacher la vérité". James Comey avait été nommé en juillet 2013 pour 10 ans. La recherche d'un nouveau directeur a débuté "immédiatement" a précisé la Maison Blanche à l'AFP.

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Commentaires
a écrit le 10/05/2017 à 20:06 :
Résumé pour les nuls:
Comey enquête sur Clinton, il fait gagner Trump. Trump est content.
Puis Comey enquête sur l'entourage de Trump,Trump n'est pas content, Trump le vire .
a écrit le 10/05/2017 à 18:41 :
Les nominations à ce niveau de poste sont forcément politiques. Pourquoi vouloir faire des gorges chaudes d'un épisode finalement très en phase avec les positions prises pendant la campagne par ce haut "fonctionnaire" ? Il n'y a qu'en France que les hauts fonctionnaires connaissent un niveau d'irresponsabilité record. Soit parce que leur statut les protège effectivement (et pas seulement la "magistrature" : n'était-ce pas Lionel JOSPIN qui croyait devenir ambassadeur de France en réintégrant son administration après les élections et avoir quitté le gouvernement ?) soit parce qu'ils sont recasés par leur clan ou lors de l'alternance dans le cadre d'échanges de bons procédés.
Réponse de le 10/05/2017 à 20:06 :
James Comey est un républicain qui était reconnu par les démocrates et les républicains pour son indépendance et sa compétence. Donc la carte politique pas trop.
Par contre l'enquête menée contre Trump pour ses relations avec les russes commençait à se préciser, c'est ainsi le seul moyen que Trump a trouvé pour gagner encore du temps.
Mais cette histoire devient tellement n'importe quoi que même Nixon fait fait figure de petit joueur devant Trump.

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