Piketty propose que les plus riches paient l'addition du changement climatique

 |   |  1087  mots
Les inégalités de revenus expliquent de plus en plus les inégalités des émissions de CO2, pointe Thomas Piketty.
"Les inégalités de revenus expliquent de plus en plus les inégalités des émissions de CO2", pointe Thomas Piketty. (Crédits : reuters.com)
L'économiste envisage une approche par individu plutôt que par pays des émissions de CO2. Une situation dans laquelle l'Europe s'avère moins vertueuse que de coutume.

L'enjeu de la justice climatique, une potentielle pomme de discorde entre pays du Nord et pays du Sud, a tendance à être passé sous silence à l'approche de la grand-messe de la COP 21. Le thème était au cœur d'une rencontre organisée par l'IDDRI sur inégalités et climat.

"Il faut en finir avec le colonialisme environnemental ! Il y a un droit des individus au développement, où qu'ils soient !", a déclaré Sunita Narain, directrice du Centre for Science and Environment en Inde, plaidant la cause du sous-continent indien.

L'Inde voit d'un mauvais œil un accord se dessiner entre gros pollueurs, qui mettent de côté les pays les moins développés. "Ce qui pose problème, c'est que les États-Unis vont parvenir, avec l'accord de Paris, à légaliser leur manque total d'ambition, ce qui veut dire que l'Afrique et l'Inde n'auront aucun droit au développement", prévient la spécialiste.

La planète dispose en effet d'un budget carbone limité si l'on veut limiter la hausse des températures à + 2°C.

   | Lire : La COP21 est encore à 10 gigatonnes de CO2 de son objectif

Le manque d'ambition des uns pèsera donc nécessairement sur les autres, et ce contrairement aux principes de base de l'équité, selon plusieurs chercheurs qui craignent que le mode de vie américain ne soit pas négociable, notamment en raison des difficultés propres à la politique américaine où le Sénat ne souhaite pas s'engager contre le changement climatique.

Face à ce dilemme, l'économiste star Thomas Piketty, auteur du best-seller Le capital au XXIe siècle, ainsi que Lucas Chancel, chercheur à l'IDDRI, ont présenté une nouvelle approche, qui prend en compte les émissions de CO2 par individu plutôt que par pays.

Les émissions de CO2 au regard des inégalités

Une analyse qui suppose de calculer le CO2 produit, mais aussi consommé, et qui propose une cartographie fort différente des responsabilités de chacun. Ainsi, les Européens, qui sont a priori des "petits" émetteurs de CO2 par individu, voient leur bilan carbone s'alourdir nettement si l'on comptabilise les gaz à effet de serre des produits qu'ils consomment.

"Les inégalités de revenus expliquent de plus en plus les inégalités des émissions de CO2", résume Thomas Piketty: ce sont les riches Européens, Américains et Chinois qui émettent de plus en plus de CO2, alors que les plus pauvres ont vu leurs émissions se réduire. À l'extrémité, 1 % des plus riches Américains, Luxembourgeois, Singapouriens et Saoudiens émettent plus de 200 tonnes de CO2 par an et par habitant, alors que l'on trouve des moyennes 2.000 fois plus faibles chez les plus pauvres du Honduras, du Rwanda et du Malawi.

Faire financer l'adaptation en taxant les riches

En conséquence de cette analyse, M. Piketty estime qu'il faut "convaincre les pays du Nord de financer plus d'adaptation". Pour l'heure, les fonds d'adaptation au changement climatique ne représentent pas plus de 10 milliards, alors que les besoins sont estimés à 200 fois plus par l'UNEP.

Citant une présentation courante de la répartition des émissions de CO2 dans le monde, Thomas Pikttey rappelle que les médias présentent toujours les principaux émetteurs comme étant la Chine et les États-Unis avec 42 % des émissions de CO2, contre 10 % pour l'Europe.

"Mais, si on ajoute la consommation de produits à la production, les émissions de CO2 de l'Europe se rapprochent de celles des USA et de la Chine", insiste l'économiste. Dans ce cas, l'UE émet en effet 16 % du CO2 mondial, contre 21 % pour la Chine et les États-Unis.

En conséquence de cette analyse, l'économiste propose deux solutions: soit taxer effectivement le carbone pour financer l'adaptation, en protégeant les plus petits revenus, soit augmenter les taxes sur les billets d'avion, la solution de l'impôt sur le revenu ne semblant pas optimale. "Une nouvelle taxe sur les billets d'avion, avec un tarif plus élevé pour les business class par exemple, serait le plus simple à mettre en place", estime son équipe.

Une solution coûteuse pour l'Europe

Une position contre laquelle M. Falkenberg, ex-DG environnement à la Commission et conseiller au think tank de la Commission européenne sur les enjeux du développement durable depuis juillet dernier, s'est insurgé. "Le fait de passer du principe de producteur/payeur au consommateur/payeur suppose de déresponsabiliser les producteurs de CO2", dénonce M. Falkenberg.

Si l'on comptabilise les émissions chinoises aux USA et en Europe, la Chine ne sera pas incitée à produire plus proprement. Alors que le pays continue à consommer énormément de charbon tout en disposant des technologies permettant d'avoir recours aux énergies propres. Un paradoxe que M. Falkenberg juge encore plus inacceptable que l'injustice climatique.

___

CONTEXTE

Les négociations mondiales sur le climat se déroulent dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Le mandat actuel (donné à Durban en 2011) a entraîné deux voies de négociations: une première voie vise l'obtention d'un accord mondial d'ici à 2015 qui entrera en vigueur en 2020, une seconde voie a pour objectif d'intensifier les efforts en faveur du climat jusqu'en 2020. Outre ces deux voies, la mise en œuvre des décisions prises précédemment reste cruciale, qu'il s'agisse de questions de financement, d'adaptation, de technologie ou encore de transparence et de suivi de la politique nationale relative au climat.

Du point de vue politique, l'obtention du nouvel accord mondial d'ici à 2015 est la principale préoccupation. Cet accord devra impliquer des efforts de la part de tous les pays. La conférence sur le climat qui doit entériner l'accord est la 21e Conférence des Parties de la CCNUCC, qui se tiendra à Paris en décembre 2015.

___

 LIENS EXTERNES

IDDRI

Carbone et inégalité : de Kyoto à Paris

UNFCCC

USA

EURACTIV

___

Par Aline Robert, EurActiv.fr (article publié le 4 novembre 2015 à 09:10)

___

>> Retrouvez toutes les actualités et débats qui animent l'Union Européenne sur Euractiv.fr

Euractiv

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 04/11/2015 à 19:37 :
Je suis mort de rire .Ainsi donc les '''riches''' individuellement consomment trop !!!!!!!La justice sociale veut que l'on lutte contre la pauvreté .Comment !Qu'es ce qu'un riche ,celui qui a de l'argent .Qu'es ce qu'un pauvre celui qui n'en a pas ,donc suivant Pikety il faut lui en donner !Mais que va faire le pauvre de cet argent qu'on va lui donner ? Il va consommer bien sur car on a jamais vu un pauvre mettre son surplus d'argent à la banque .Or ,'''''derriere chaque acte de consommation '''''derriere chaque produit ,chaque service il y a une pression
-----Sur l'environnement
-----Sur les matieres premieres
-----Sur les sources d'energies
-----Sur les terres arables et surtout sur les forets pour pouvoir en gagner plus
ext.......
Plus de production de
-----c02 et autres gaz à effet de serre
-----De dechets à traiter de pollutions des airs des sols de toutes sortes
ext;....
Bien sur de ça ces belles ames n'en parlent guere .J'ai connu personnellement l'humanité à 3 milliards d'individus en 1970 et elles se trouve actuellement à 7.5 milliards mais chut....circulez il n'y a pas de probleme .Tout le monde sait que l'humanité a atteint voire depassé les limites maxi de son biotope ,la terre .L'homme n'a plus de predateur ,meme pas lui meme ,quand on sait qu'une épidemie de peste au moyen age a décimée le 1/3 de la population de l'europe et que la grippe espagnole de 1919 a tué 20 millions de personnes en europe et en Amerique du nord !!!Le plus grand paradoxe de cette histoire est venu du chef d'une prestigieuse communauté humaine .Cette communauté n'a eu de cesse de luter à mort contre contre tous les moyens de contraception ,pilule, preservatif et avortement !Cette haute conscience morale qui a dit haut et fort et publiquement
-----IL NE FAUT PAS QUE LES CHRETIENS SE REPRODUISENT COMME DES LAPINS -----
Etonnant pas vrais mais de tout ça ,ça m'étonnerait beaucoup que l'on en parle à la mascarade qui se prepare pour la cop21,alors continuons !Sur que quand ils serront et vous serrez 15 milliards au coude à coude ,voire plus, avec beaucoup de pauvres dont il faudra comme Pikety le dit ameliorer le niveau de vie, ça ira mieux..........
a écrit le 04/11/2015 à 17:57 :
Oui, mais non. Ce n'est pas le principe du capitalisme : sinon, les riches ne continueraient pas à s'enrichir encore plus, allooons...
a écrit le 04/11/2015 à 16:25 :
En ce moment il y a un acharnement tout azimut de la pensée unique contre tous ceux qui essayent de maintenir leur liberté de penser. S'il doit y avoir une guerre civile ce sera eux qui l'auront déclenchée.
a écrit le 04/11/2015 à 16:11 :
C'est une position idéologique qui omet délibérément les dégâts que s'infligent à eux-mêmes les pays les plus pauvres. Ainsi on pourrait répondre que l'impact de ces pays sur le réchauffement climatique n'est pas aussi négligeable qu'il semble le penser: déforestation, "slash and burn", érosion des sols, contamination des cours d'eau et des nappes phréatiques, généralisation de l'utilisation des feux au charbon de bois, "gas flaring", etc.
Réponse de le 04/11/2015 à 16:31 :
Il devrait prendre sa carte au PS ! Qui n a toujours pas compris les dégâts de l ISF sur l emploi en france !👹
Réponse de le 04/11/2015 à 19:42 :
Vous avez entierement raison et pourquoi font ils tout ça !A cause de leur demographie galopante ,faut bien gagner de nouvelles terres sur les forets pour nourrir ces nouvelles bouches !
a écrit le 04/11/2015 à 15:51 :
Ce jeune économiste est il un futur Lénine pour proposer un tel racket, basé sur une idéologie ?
a écrit le 04/11/2015 à 15:25 :
Comme attendu, à sa manière toute "José Bové", le personnage plaide pour une mondialisation de la financiarisation. On le sait son maître Bové n'a pas arrangé le sort des agriculteurs, il était un complice ailleurs, chez les européïstes milliardaires de la concentration. L'économiste universitaire fera tout aussi bien en tromperie. On le sait les paroles n'engagent que ceux qui y croient, il convient donc de rester lucide. Il présente ici une vision bien dangereuse des idéologues révolutionnaires du climat. Pour évaluer nos questionnements et nos actions à venir, évitons la haine de l'autre de triste mémoire.
a écrit le 04/11/2015 à 15:16 :
Dans la mesure où les riches sont les plus gros pollueurs il est cohérent qu'ils contribuent plus que les autres. de plus les citoyens de base ne comprendraient pas qu'on leur demande de faire des efforts si les plus aisés ne sont pas mis à contribution. même si les riches roulent peut être en tesla où Porsche hybride ils polluent quand même plus avec leur yachts ou jet privés. tout pendant que l'on n'appliquera pas ce principe une vraie politique le simple citoyen renâclera devant les mesures dites de développement durable
a écrit le 04/11/2015 à 14:29 :
Tout a fait raison Piketty, pour une fois on changerait de victime .
a écrit le 04/11/2015 à 14:20 :
Entièrement d'accord avec lui, tout cela ne peut se résoudre que par la justice sociale. Il faut payer en proportion de sa consommation
a écrit le 04/11/2015 à 14:14 :
M. Piketti est un fervent adepte de la taxe et de l'impôt à outrance. Il l'a prouvé dans son livre! Ne pas hésiter à taxer à 70%et plus ! Un adepte de la doctrine qui a fait ses preuves durant la révolution russe ! Par contre, ses droits d'auteur et le fruit de ses conférences sont garés en lieu sûr !
Réponse de le 04/11/2015 à 18:52 :
@Rudy: il faut arrêter d'utiliser la Russie à toutes les sauces pour se donner un semblant de crédibilité. Dans l'Union soviétique, il y avait peu de taxes et impôts puisque par définition, tout appartenait à l'État :-) Dans la Russie actuelle, l'impôt est de 13% pour tous, le système de santé est encore quasi gratuit et la famille reçoit un logement gratuit au 3e enfant. Je ne dis pas que c'est la panacée, mais il faut se renseigner mon cher avant de répéter aveuglément et de façon idiote ce qui se dit dans les livres de propagande :-)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :