Pourquoi la Turquie est-elle restée à l'heure d'été ?

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Après l'échec du parti de Recep Tayyip Erdoğan aux élections législatives du 8 juin, le pays doit désormais faire face à une instabilité politique. Face à l’impossibilité de constituer une majorité au Parlement, le président avait appelé à de nouvelles élections fin août dans l'espoir de gagner son pari. Le scrutin aura lieu dimanche 1er novembre.
Après l'échec du parti de Recep Tayyip Erdoğan aux élections législatives du 8 juin, le pays doit désormais faire face à une instabilité politique. Face à l’impossibilité de constituer une majorité au Parlement, le président avait appelé à de nouvelles élections fin août dans l'espoir de gagner son pari. Le scrutin aura lieu dimanche 1er novembre. (Crédits : reuters.com)
Le gouvernement turc a décidé de repousser le passage à l'heure d'hiver de deux semaines - au 8 novembre au lieu du 25 octobre - en raison des élections législatives anticipées de dimanche. De quoi désorienter la population, mais assurer la tenue d'un scrutin sans dérapage ?

Dimanche, l'ensemble de l'Europe est passée à l'heure d'hiver. Ainsi, à 3h du matin, dans la nuit de samedi à dimanche, il était de nouveau 2h. Partout ou presque.

Car, en Turquie, (le pays est également aligné sur le calendrier européen), le gouvernement a décidé de retarder de deux semaines le changement d'heure, en raison du scrutin du dimanche 1er novembre. Le passage à l'heure d'hiver interviendra donc le 8 novembre à 04h00 heure locale. Cette décision, validée à l'issue du conseil des ministres la semaine dernière, n'a pas été sans conséquences.

Erdoğan, ce président qui contrôle même le temps

Smartphones et autres appareils électroniques se sont de leur côté automatiquement mis à jour. Et dans toute le pays, la confusion règne. La question "quelle heure est-il vraiment ?" envahit les réseaux sociaux. Le hashtag #saatkac - or "what's the time? devient même le plus populaire sur Twitter. Cette perte de repères temporels engendre quelques mésaventures. Le consul néerlandais à Istanbul rapporte qu'un de ses amis a ainsi loupé son avion :

Certains ironisent, à l'instar d'un expatrié britannique qui fait part de son mécontentement sur Facebook : "nous sommes à l'heure Erdoğan", ou de cette stambouliote qui avance que le président a élaboré un nouveau standard temporel pour les deux prochaines semaines :

D'autres assurent que l'actuel président "contrôle tout, même le temps". Les critiques fusent, et en disent long sur le climat de tension à quelques jours d'un scrutin décisif, et deux semaines après les attentats d'Ankara qui ont provoqué la mort de 97 personnes.

Le journal Daily Sabah rapporte, de son côté, que ce changement a également crée la confusion dans le calendrier de prières des musulmans.

 Une mesure anti-fraude électorale ?

Mais au-delà de cette confusion, il faut bien comprendre le contexte énergétique dans lequel se trouve la Turquie, et pourquoi une telle décision a été adoptée.

En 2013, Ankara a finalisé la privatisation de son réseau électrique mais le sud-est du pays - majoritairement kurde - doit encore composer avec des coupures d'électricité récurrentes. Le reste du pays - y compris Ankara et Istanbul - n'est toutefois pas épargné. En mars 2015, une panne massive d'électricité - d'une ampleur inédite depuis 15 ans - paralyse alors la plupart des 81 provinces du pays.

Le report du passage à l'heure d'hiver répond d'abord à une question de bon sens. A la fermeture des bureaux de vote, il est préférable qu'il fasse encore jour pour le décompte des voix afin d'éviter toute fraude électorale. A fortiori dans les zones rurales, premières victimes de pannes à répétition...

Incidents aux élections municipales en 2014

Par le passé, les doutes sur le bon fonctionnement des scrutins se sont déjà posés. Dans un contexte très tendu, Erdoğan ne veut certainement pas être de nouveau la cible de critiques.

En mars 2014, des pannes d'électricité suspectes en plein décompte des voix avaient été constatées, dans 35 villes du pays, au moment des élections municipales. Plusieurs responsables de bureaux de vote ont depuis été condamnés à cinq ans de prison pour avoir falsifié des listes, et bourré des urnes à la faveur du... Parti de la justice et du développement (AKP), le parti islamo-conservateur du président, sorti vainqueur de ce scrutin.

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Commentaires
a écrit le 28/10/2015 à 8:51 :
Il est ou le problème .
a écrit le 26/10/2015 à 20:31 :
La Lybie avait pris une décision similaire en octobre 2013 en annulant le passage à l'heure d'hiver quelques heures avant qu'il soit effectif.
a écrit le 26/10/2015 à 17:42 :
Les malheurs de l'ami du consul néerlandais à Istanbul, on s'en tape un peu !!!!

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