Washington en voie de retirer ses bombes nucléaires de Turquie

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Pendant la tentative de coup d'État en Turquie, en juillet, la base aérienne américaine d’Incirlik a été privée d'électricité, et le gouvernement turc a interdit aux appareils américains d'atterrir ou de décoller du territoire. (photo du 11 décembre 2015:  Au premier plan, sur la base d’Incirlik, en Turquie, un F-16 turc entre deux A-10 Thuderbolt américains.)
Pendant la tentative de coup d'État en Turquie, en juillet, la base aérienne américaine d’Incirlik a été privée d'électricité, et le gouvernement turc a interdit aux appareils américains d'atterrir ou de décoller du territoire. (photo du 11 décembre 2015: Au premier plan, sur la base d’Incirlik, en Turquie, un F-16 turc entre deux A-10 Thuderbolt américains.) (Crédits : Reuters)
Exclusif. Selon deux sources, les États-Unis ont commencé à déplacer des armes nucléaires de Turquie vers la Roumanie. Un symbole du refroidissement des relations entre Washington et Ankara. Un article de notre partenaire Euractiv.

Le transfert des armes nucléaires stationnées en Turquie entamé par les États-Unis représente un défi, autant sur le plan technique que sur le plan politique, a expliqué une source à EurActiv.

« Déplacer plus de 20 bombes atomiques, ce n'est pas facile », assure cette personne, sous le couvert de l'anonymat.

Selon un rapport récent du Simson Center, quelque 50 armes nucléaires tactiques américaines ont été stationnées sur la base aérienne d'Incirlik, en Turquie, depuis la fin de la guerre froide. Incirlik se trouve à une centaine de kilomètres de la frontière syrienne.

Grave perte de contrôle des Américains

Pendant la tentative de coup d'État, en juillet, la base a été privée d'électricité, et le gouvernement turc a interdit aux appareils américains d'atterrir ou de décoller du territoire. Le commandant de la base a finalement été arrêté et accusé d'être impliqué dans la tentative de putsch. Il est impossible de dire si les États-Unis auraient pu garder le contrôle des armes nucléaires en cas de conflit civil prolongé, selon le rapport.

Une autre source a indiqué à EurActiv que les relations entre la Turquie et les États-Unis s'étaient tellement détériorées après le 15 juillet que Washington ne faisait plus assez confiance à Ankara pour laisser ces bombes sur le territoire national.

Un transfert en Roumanie irriterait encore plus la Russie

Les armes américaines doivent donc être transférées vers la base aérienne de Deveselu, en Roumanie, a expliqué cette source. Cette base proche de la ville de Caracal abrite également depuis peu le bouclier antimissile américain, ce qui a provoqué la colère de Moscou.

Durant la guerre froide, la Roumanie était un allié de l'URSS, mais n'a jamais accueilli d'armes nucléaires. Le stationnement de bombes nucléaires américaines si proches de la Russie ne devrait pas plaire à Moscou. Le placement de missiles nucléaires russes à Cuba en 1962 a été le point le plus dangereux de la guerre froide (1947-1991).

EurActiv a contacté le département d'État américain et les ministères des Affaires étrangères turc et roumain, afin d'obtenir leur réaction. Les représentants turcs et américains ont promis de répondre. Après plusieurs heures, le département d'État a cependant annoncé que la question serait redirigée vers le département de la Défense. EurActiv publiera le commentaire du ministère dès que possible.

Sécurité et fiabilité du dispositif sont cruciaux pour l'Otan

Dans une réponse soigneusement diplomatique, l'OTAN a pour sa part expliqué que les alliés doivent s'assurer que les armes nucléaires américaines déployées en Europe restent « sûres ».

« Quant à votre question, merci de vous référer au communiqué du sommet de l'OTAN à Varsovie, paragraphe 53 : 'La position de dissuasion nucléaire de l'OTAN repose également, en partie, sur les armes nucléaires des États-Unis déployées en Europe et sur les capacités et infrastructures fournies par les alliés concernés. Ces alliés s'assureront que toutes les composantes de la dissuasion nucléaire de l'OTAN sont en sécurité et en état de marche' », a réagi un porte-parole de l'organisation.

Stock d'armes nucléaires: d'une menace à l'autre

Le sommet de Varsovie s'est déroulé entre le 7 et le 9 juillet, quelques jours avant la tentative de coup d'État. À l'époque, la plus grande menace pesant sur les bombes atomiques était leur proximité avec la frontière syrienne et les multiples attentats commis en Turquie ces derniers mois. Selon Ankara, certains de ces attentats ont été orchestrés par Daesh, d'autres par le PKK, l'organisation militaire kurde considérée comme terroriste, également par l'Europe et les États-Unis.

La présence d'armes américaines sur le sol européen jamais officielle

Le ministère des Affaires étrangères roumain a pour sa part énergiquement nié l'arrivée des armes nucléaires sur son territoire. « En réponse à votre demande, le ministère des Affaires étrangères rejette fermement l'information à laquelle vous faites référence », a répondu un porte-parole.

Selon la pratique mise en place durant la guerre froide, la présence d'armes nucléaires américaines sur le sol européen n'est jamais officiellement confirmée. Leur présence, notamment en Allemagne, en Belgique, en Italie et aux Pays-Bas, est cependant connue.

Tension au plus haut entre la Turquie et les Etats-Unis

Les relations entre les États-Unis et la Turquie n'ont jamais été aussi tendues depuis l'accession de la Turquie à l'OTAN, en 1952. La Turquie assure en effet que le gouvernement américain soutient Fethullah Gülen, un intellectuel turc exilé aux États-Unis, accusé par les Turcs d'avoir organisé la tentative de putsch. La Turquie exige donc son extradition, un sujet qui devrait être au centre de la visite du vice-président américain, Joe Biden, en Turquie dans moins d'une semaine, le 24 août. Dans une opinion publiée sur EurActiv le 17 août, Arthur H. Hughes, ancien ambassadeur américain, assure que l'intellectuel Fethullah Gülen a en effet reçu une aide considérable de la CIA.

La Russie a capitalisé sur le refroidissement des relations Turquie-États-Unis, et certains États occidentaux craignent un rapprochement entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdoğan, qui a déclaré se sentir abandonné par les États-Unis et l'UE.

     >Lire : Moscou et Ankara enterrent la hache de guerre

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Par Georgi Gotev, Joel Schalit, EurActiv.com (traduit par Manon Flausch)

(Article publié le jeudi 18 août à 10:03)

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Commentaires
a écrit le 21/08/2016 à 5:24 :
Et je tiens à souligner que Obama est l'une des personnes à enlever du pouvoir sa se très dangereux pour nous tous
a écrit le 20/08/2016 à 18:58 :
Il me semble des plus importante de stationner cette armement nucléaire sur une zone de stationnement des plus sur.... Laisser ces armee nucleaire changer de main, serai faire prendre un risque important à la la sécurité du monde.... La Turquie n'est pas stable, travailler par les force islamique interne, le president actuel a lui même été mis en place par un vote islamiste.... Ensuite déplacer des armes n.est vraiment pas trop compliquer, vous les placer dans un B52 et il les retourne au USA.... Avec escorte aérienne , ravitaillement en vole, et déplacement de 6 vecteurs en même temps....
a écrit le 20/08/2016 à 15:07 :
Les États-Unis pensent peut être à évacué cette arsenal, mais surement pas à Deveselu qui n'a aucune des installations adéquate au stockage d'armement nucléaire. Elle n'a même plus de piste d’atterrissage. Le site d'antimissiles à était construit au milieu de celle ci ! Il reste juste un héliport.

Comment une erreur pareil à put passé alors que les plans et photos satellites du site sont disponible avec une simple recherche ?

Et personne à la Tribune ne vérifie les commentaires ? L'énorme gaffe sur la guerre froide est toujours dans l'article à l'heure ou j’écris.
a écrit le 19/08/2016 à 8:59 :
"Durant la guerre froide, la Roumanie était un allié de Washington" ... je suis au moins le 4e à commenter cette ineptie tant ça pique les yeux depuis hier après-midi. Et toujours pas d'erratum ou de correction dans l'article.
Elle devrait se relire Manon Flausch, elle est traductrice stagiaire... ?
La version originale de l'article mentionne bien évidemment que la Roumanie était alliée de l'URSS pendant la guerre froide (pacte de Varsovie).
a écrit le 18/08/2016 à 22:16 :
Je fais confiance aux occidentaux pour commencer à regarder de plus en plus un Etat pour nos amis Kurdes environ 40 millions pour 78 millions de Turcs un déséquilibre qui pourra se contracter par la fourniture d'armes de premier plan et par un peuple qui aura derrière lui des années de combats contre les barbares, anciens et peut- être encore en sous mains amis de la Turquie. La Turquie de M. Erdogan est dangereuse pour l'occident mais également pour son propre pays car il va vers une dictature dont les premiers à en souffrir seront les turcs. Les dictateurs se font élire sous une forme de démocratie avec des discours populistes et autres puis une fois au pouvoir celui qui a été adulé devient le diable pour son propre peuple. Demain une future diaspora turque pour fuir M. Erdogan le populiste dictateur!!!!!. La Turquie demain une dictature avec un peuple Kurde qui réclamera d'abord politiquement puis militairement s'il le faut, son pays
a écrit le 18/08/2016 à 21:48 :
Allié de Washington pendant la guerre froid la Roumanie? C'est n'importe quoi, virez moi ces stagiaires.
Réponse de le 18/08/2016 à 23:49 :
+1
a écrit le 18/08/2016 à 18:42 :
Le copain des Frères musulmans qui ont pris le pouvoir en Turquie par son entremise, n'est évidemment pas rassurant, et il est hautement préférable de ne pas luis laisser d'armes atomiques à sa disposition. Il déjà prouvé qu'il était un vrai maitre chanteur dans la crise des migrants, il serait dangereux de lui accorer le pouvoir d'utiliser le chantage atomique. ceci dit, le désengagement US sera pour lui probablement le commencement d'une longue fin, car l'alliance avec Moscou est un théâtre d'ombre, où il ne pèse que le poids des photos.
a écrit le 18/08/2016 à 18:37 :
Drôle de suite à la tentative de putsch manquée du 15 Juillet...
La Turquie avait elle décidé de quitter l'OTAN ?
On peux commencer à s’interroger.
a écrit le 18/08/2016 à 17:14 :
On ne sait pas ou va Erdogan, vers un système a l'iranienne avec la religion au pouvoir ? les américains ont raison d'être raisonnable et de se retirer !
Réponse de le 18/08/2016 à 18:50 :
Erdogan n'est pas fiable, il a été pris par les russes à faire du commerce pétrolier avec DAECH, qu'il était censé combattre. Il bombarde les positions kurdes en pointe au sol dans le combat avec DAECH. Comment prêter foi à ce maître chanteur.
a écrit le 18/08/2016 à 16:57 :
La provocation de l'Otan, avec des bombes atomiques dans un ancien pays du Pacte de Varsovie, pour faire monter la pression, justifier son budget et son existence. Le "Vilain Poutine" va devoir montrer ses muscles, malheureusement. Mais les médias ne vont entendre que le beau discourt (tout fait et plein de préjugé) de communication du beau Obama.

" Durant la guerre froide, la Roumanie était un allié de Washington." c'est du révisionnisme ?
a écrit le 18/08/2016 à 15:25 :
"Durant la guerre froide, la Roumanie était un allié de Washington.. "
Z'êtes sûrs?
Réponse de le 18/08/2016 à 18:32 :
En tout cas la Roumanie était tout à la cause du IIIème Reich en 1939-45.
A l'inverse, pour vaincre le Nazisme, la Russie a subit 23 Millions de morts.
Après, les détails...
Réponse de le 18/08/2016 à 20:00 :
Et l'odieuse dictature du couple Ceaucescu
a écrit le 18/08/2016 à 14:49 :
Qui peut avoir encore confiance envers des États-Unis qui joue double jeux, l'un de provocateur en coulisse pour ensuite intervenir au grand jour avec la bénédiction des médias?
a écrit le 18/08/2016 à 13:55 :
"Durant la guerre froide, la Roumanie était un allié de Washington"

C'est nouveau ça ! Certes, la Roumanie avait une politique étrangère relativement indépendante de l'URSS, lui permettant d'ailleurs certains bons coups diplomatiques (refus de participer au Printemps de Prague de 1968, accueil de Nixon en 1969, relation avec Tito, etc.). De là à en faire un allié susceptible d'accueillir des têtes nucléaires américaines... La Roumanie restait dans le pacte de Varsovie, pendant soviétique de l'OTAN.
a écrit le 18/08/2016 à 13:50 :
Comm le disait ma grand mere, le problème de la Turquie, c'est quelle pete plus haut que son c..
a écrit le 18/08/2016 à 13:12 :
Quel gachis ! un membre l'O.T.A.N depuis 1952, un allié sùr trahi par ses Amis. Voilà une occasion inespérée, il y a encore deux mois, pour le jeter dans les bras de Moscou et de Pékin, une position géo si stratégique. Les U.S.A, et l' " europe" vont le payer cher. Un peuple qui était historiquement si proche des français.
Réponse de le 18/08/2016 à 13:35 :
Trahir ? Pour une fois, j'ai envie de dire qu'un régime en voie d'islamisation devient un peu moins notre "ami"(liquidation de la parenthèse kemaliste suivant les propres propos d'erdogan). ça change un peu de nos autres "amis" du moyen orient qui finance allègrement les mouvements "rigoristes" (pour ne pas dire autre chose)...
Réponse de le 18/08/2016 à 14:36 :
Bof ce n'est pas une grosse perte car entre les grecques et les turques ce ne fut pas le grand amour. Dans les bras de moscou et pékin , je leur souhaite bien du plaisir avec erevan et le haut kharabak avec les turkmenes!!!!! lol Les USA et l'occident devrait plutôt soutenir la réunion de tous les kurdes dans un même Etat

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