Bruxelles : la définition des perturbateurs endocriniens par la Commission européenne provoque un tollé

 |   |  732  mots
L'exécutif européen était sous le feu des critiques depuis plusieurs années qui lui reprochaient son inaction pour préciser ces critères, alors que l'OMS avait publié sa définition dès 2002.
L'exécutif européen était sous le feu des critiques depuis plusieurs années qui lui reprochaient son inaction pour préciser ces critères, alors que l'OMS avait publié sa définition dès 2002. (Crédits : © Thierry Roge / Reuters)
La Commission européenne a établi mercredi des critères pour définir les perturbateurs endocriniens. Une décision qui va permettre à l'Union européenne de progresser dans l'application de sa réglementation sur les pesticides et les biocides. Mais les défenseurs de l'environnement sont loin d'être satisfaits.

La Commission européenne a publié mercredi 15 juin ses propositions très attendues pour permettre de définir, et donc encadrer, les "perturbateurs endocriniens", ces substances chimiques nocives présentes dans de nombreux produits de la vie courante.

Selon les critères définis par Bruxelles qui se fondent sur ceux de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un perturbateur endocrinien est une substance qui a des effets indésirables sur la santé humaine et qui agit sur le système hormonal, et dont le lien entre les deux est prouvé.

Déception des ONG...et des industriels

Cette définition - et notamment le fait de se focaliser uniquement sur la santé humaine -  a fait bondir l'Alliance Santé et Environnement (HEAL), un collectif de 70 ONG. "C'est désastreux" selon Lisette Van Vliet, l'un de ses représentants. Selon elle, "normalement on regarde non seulement toutes les preuves trouvées sur les humains mais aussi ce qui se passe chez les animaux". Et de poursuivre : "Toute possibilité de faire ce qu'on fait depuis des décennies dans la gestion des produits chimiques toxiques est effacée".

L'eurodéputée Verts-ALE Michèle Rivasi considère quant à elle que cette définition transforme les êtres humains en "cobayes".

De leur côté, les industriels se montrent aussi déçus de cette définition, mais pour d'autres raisons. L'ECPA, l'association européenne de l'industrie phytosanitaire (BASF, Bayer, Monsanto...) explique que les critères définis ne permettent pas de faire la différence "entre les substances qui sont vraiment nocives et les autres qui ne posent aucune menace à la sécurité des humains". Le directeur général de l'ECPA, Jean-Charles Bocquet, regrette '"que cela [puisse] mener à l'interdiction de pesticides avec les mêmes propriétés de pertubateur endocrinien que l'on retrouve dans des produits de la vie courante comme le café".

Améliorer la réglementation

L'établissement de ces critères va permettre à l'UE de progresser dans l'application de sa réglementation sur les pesticides et les biocides, c'est-à-dire les herbicides et fongicides, mais aussi par exemple les produits de protection pour le bois ou le cuir, ou les désinfectants pour les mains. Les substances nocives identifiées sur la base de ces critères seront interdites, sauf en cas d'exposition négligeable dans le cas des pesticides.

Selon une étude publiée dans le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism en 2015, les maladies et autres troubles chroniques coûtent chaque année près de 160 milliards d'euros à l'Union européenne.

Premier système réglementaire "à définir ces critères scientifiques sur le plan législatif"

Les "critères stricts" proposés "fondés sur la science, (...) feront du système réglementaire de l'UE le premier dans le monde à définir ces critères scientifiques sur le plan législatif", s'est félicité dans un communiqué le président de la Commission Jean-Claude Juncker.

La Commission a en outre demandé à l'Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa) et à l'Agence européenne des produits chimiques (Echa) de travailler dès à présent à déterminer si certaines substances susceptibles d'être des perturbateurs endocriniens le sont effectivement selon les critères présentés.

La proposition présentée mercredi par la Commission européenne doit encore être validée par les Etats membres.

Bruxelles, poussée par la justice européenne

Des législations existent pour réglementer les perturbateurs endocriniens dans d'autres domaines comme le recours à des agents chimiques sur le lieu de travail ou la sécurité alimentaire.

"Il est important de souligner que certains des effets indésirables causés par les perturbateurs endocriniens (par exemple les effets sur la reproduction) sont évalués depuis de nombreuses années, ce qui signifie que, dans la pratique, un grand nombre de substances établies comme perturbateurs endocriniens ont déjà été interdites par l'UE", précise en outre la Commission dans une note annexe publiée mercredi.

L'exécutif européen était sous le feu des critiques depuis plusieurs années qui lui reprochaient son inaction pour préciser ces critères, alors que l'OMS avait publié sa définition dès 2002.

En décembre 2015, la justice européenne avait rappelé Bruxelles à ses obligations, deux ans après la date promise par la Commission pour la publication de ces critères.

(Avec AFP)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 17/06/2016 à 6:31 :
La pollution, phytosanitaire également, est une réalité que nos politiques et les fonctionnaires de Bruxelles ne veulent pas voir, sous l'influence de lobbys multiples...Mais la seule chose qui est rassurante, est que cette pollution, touche tous le monde, sans distinction, y compris ceux qui sont responsables de cette pollution. Les perturbateurs endocriniens ne sont pas des élucubrations de "savants fous", mais bien une réalité qui impacte la santé immédiate et l'humanité future. Un exemple : entre 1975 et 2000 : 50 fois plus d'enfants autistes aux USA...
a écrit le 16/06/2016 à 9:55 :
Faut-il une définition européenne si l'OMS en donne une ?
Faut-il une loi pour valider les critères scientifique s ?
Faut-il dépenser tant d'énergie sur une menace aussi floue quand on ne fait rien contre le tabac et l'alcool ?
a écrit le 15/06/2016 à 18:54 :
Qu'attendre de mieux de la part de cette Cion quand on sait qu'elle a été son attitude vis à vis du Roundup ou du bisphenol ?
On n'en est pas encore à parler de la nocivité des nanoparticules que l'on retrouve de plus en plus dans nos achats alimentaires. Et parfois sans aucune indication sur l'étiquette. Alors que les PE sont connus depuis des lustres. Lamentable mais prévisible.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :